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RDC – Moïse Moni Della : « Pourquoi j’ai porté plainte contre Kabila devant la Cour constitutionnelle »

Quelques jours après le dépôt de sa plainte devant la Cour constitutionnelle contre Joseph Kabila, président de la RDC, l’opposant Moïse Moni Della fait part de ses motivations à Jeune Afrique.

Moïse Moni Della contre-attaque. À peine quatre mois après sa sortie de la prison de Makala, le leader des Conservateurs de la nature et démocrates (Conade) a déposé, vendredi 26 mai 2017, une plainte « en bonne et due forme » contre Joseph Kabila au greffe de la Cour constitutionnelle de la RDC.

L’opposant, cadre du Rassemblement et proche de Moïse Katumbi, dit avoir été le témoin oculaire d’un « massacre » les 19 et 20 septembre 2016 à Kinshasa.

Ces jours-là, l’opposition avait prévu de manifester pour exiger la tenue des élections dans les délais constitutionnels. Mais ces manifestations s’étaient vite

transformées en affrontements sanglants entre les militants de l’opposition et les forces de l’ordre. Plusieurs personnes avaient été arrêtées, dont Moïse Moni Della. Ce dernier bénéficie d’une liberté provisoire depuis fin janvier, à la suite de pourparlers politiques organisés sous l’égide des évêques catholiques.

« Mais la décrispation politique voulue par l’accord de la Saint-Sylvestre n’est pas totale : plusieurs autres opposants demeurent encore en prison, d’autres sont contraints à l’exil », nuance le président des Conade, très remonté contre « le non respect du jeu démocratique » par le camp Kabila.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous décidé de porter plainte contre le président Joseph Kabila ?

Moïse Moni Della : J’ai déposé plainte contre Kabila et son entourage par devoir de mémoire. Les 19 et 20 septembre, j’ai entendu et j’ai vu des militaires tirer à bout portant sur un peuple qui manifestait pacifiquement. Plus de 100 personnes ont été tuées [au moins 56 selon Human Right Watch, NDRL], d’autres ont été brûlées au siège de l’Union démocratique pour le progrès social et la démocratie (UDPS). Plusieurs manifestants ont également été arrêtées. J’en faisais partie. Ils m’ont même accusé d’être l’ « auteur intellectuel » de ce qui s’était passé.

C’est devenu lourd de supporter les cris des victimes qui exigent justice

Rescapé de ce massacre commandité par M. Joseph Kabila, chef des armées, j’étais dans le devoir de porter plainte. Et puis c’est devenu lourd de supporter les cris des victimes qui exigent justice. C’est donc un acte qui me décharge et qui remet Kabila et ses proches collaborateurs face à leurs responsabilités.

Sont également cités dans ma plainte le général Gabriel Amisi pour avoir commandé l’opération sur le terrain à bord de l’un de ses deux Hummer, Kalev Mutond, chef des services de renseignement, pour avoir tout organisé, et Évariste Boshab, vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur au moment des faits [ces trois officiels sont déjà sous le coup de sanctions de l’Union européenne, NDRL].

Pourquoi maintenant ?

Je voulais porter plainte déjà quand j’étais encore en prison. Mais j’ai subi une forte pression des camarades du parti et de ma famille, qui ont cherché à m’en dissuader. À ma sortie de la prison, j’ai échappé à leur surveillance pour initier cette action.

Je vis sous menaces de mort, je ne peux me permettre d’aller dans la tombe sans avoir mis sur la place publique ce qui s’est réellement passé les 19 et 20 septembre. Ma conscience était chargée, il fallait porter cette plainte devant la Cour constitutionnelle. Et initier cette action judiciaire un vendredi, à la veille du mois de ramadan, pour le musulman que je suis, présente également une dimension spirituelle forte.

JA/CR

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