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RDC : Adama Dieng dénonce « l’étendue des atrocités » au Grand Kasaï

Au terme de sa visite en RD Congo du 19 au 24 juin 2017, le Conseiller Spécial du Secrétaire général de l’Onu pour la prévention du génocide, Adama Dieng, a dénoncé samedi à Kinshasa « l’étendue des atrocités » au Kasaï où il s’est rendu à Thsikapa, à Kananga où il a rencontré les autorités provinciales, les représentants de la société civile et de nombreuses victimes des violences.

« J’insiste beaucoup sur ces rencontres avec les victimes. Ce que je puis dire, c’est que ma visite dans la région du Kasaï a malheureusement confirmé mes préoccupations. L’étendue des atrocités, des destructions et des souffrances infligées aux populations civiles, par les miliciens de la mouvance Kamuina Nsapu, les forces nationales de sécurité, et des groupes dits d’auto-défense, mobilisés sur base ethnique ou pour des règlements de compte, est tout simplement révoltante », a-t-il déclaré au cours d’un point de presse.

Il a dit avoir« été particulièrement touché par les témoignages des victimes et de leurs familles », qui lui « ont décrit ce qu’elles ont subi, les décapitations de leurs proches, les décapitations de représentants de l’Etat, des, exécutions sommaires en grand nombre, y compris de femmes et d’enfants, mais aussi le pillage de leurs biens ».

« Il m’a été rapporté que des villages entiers et édifices publics avaient été brûlés par les miliciens de la mouvance Kamuina Nsapu, mais que malheureusement, dans certains territoires, deux fois plus de destructions peuvent être imputées aux forces de sécurité et autres milices ».

Adama Dieng a noté que « les enfants hélas, semblent être les victimes les plus affectées par ces violences. Ils sont recrutés par les uns pour servir de boucliers humains, ils sont également recrutés pour servir comme combattants, et deviennent ensuite la cible principale des opérations militaires ».

« La crise au Kasaï est aussi humanitaire. Le grand Kasaï compte aujourd’hui plus d’1,2 millions de déplacés, et 30 000 réfugiés sont entrés en Angola. La destruction des écoles remet en cause l’avenir de toute une génération. Il est urgent de faire cesser la violence. Il n’y a pas de solution militaire à ce conflit », a-t-il relé.

« Politique de la terre brûlée menée »

« Autant la violence déchaînée par la mouvance Kamuina Nsapu est intolérable et ses crimes doivent faire l’objet de poursuites judiciaires crédibles et systématiques, autant la politique de la terre brûlée menée par certaines unités des forces armées dans plusieurs territoires de la région, et l’usage disproportionné et indiscriminé de la force contre les populations civiles, ainsi que la mobilisation et l’armement de milices supplétives, notamment sur base ethnique, sont également inacceptables », a dénoncé Adama Dieng.

Il est d’avis que « leurs responsables doivent être également poursuivis avec la plus grande sévérité » car « la lutte contre l’impunité est essentielle pour prévenir efficacement de nouvelles atrocités ».

Il a souligné que « le gouvernement a la responsabilité première de protéger sa population ».

« J’ai présenté mes conclusions à Son Excellence M. le Premier Ministre Bruno Tshibala, et je suis encouragé qu’il les partage. Il est urgent de réduire aujourd’hui la militarisation de la réponse gouvernementale, et de privilégier la voix du dialogue avec toutes les parties au conflit, pour ouvrir l’accès humanitaire, obtenir la libération des enfants mobilisés par les milices, faciliter un programme de désarmement civil et progresser vers le règlement non-violent du conflit. Comme au Tanganyika, j’encourage le gouvernement à renforcer les moyens de la police nationale pour restaurer l’autorité civile de l’Etat et prévenir l’usage excessif de la force », a-t-il indiqué.

Le Conseiller Spécial du Secrétaire général de l’Onu pour la prévention du génocide se « félicite aujourd’hui des efforts des autorités provinciales et du Ministère de l’Intérieur, pour créer un cadre de consultation et de réconciliation avec les chefs coutumiers, et organiser un Forum pour la paix et la réconciliation, afin de résoudre pacifiquement les différends coutumiers et les tensions qui affectent la région, et sont à l’origine de la révolte Kamuina Nsapu ».  Il « les encourage à poursuivre cet effort sur la base de consultations transparentes et d’un partenariat étroit avec la société civile ».

Dans la foulée, il a « appelé l’Auditorat militaire, qui a déjà ouvert une procédure judiciaire contre des forces de sécurité, à accroître significativement ses efforts, et à faire appel d’urgence, si nécessaire, au soutien régional et international, afin de poursuivre avec la plus grande fermeté les crimes commis par les miliciens et par les forces de défense et de sécurité ».

« Son action doit être au centre des efforts de prévention de nouvelles violences, de règlement de la crise, et d’apaisement, afin de restaurer la confiance des populations civiles dans son gouvernement et ses institutions. Je me tiens à sa disposition pour aider à mobiliser les moyens destinés à soutenir de tels efforts », a-t-il ajouté.

Adama Dieng a « également demandé au Ministre de l’Intérieur de condamner publiquement la formation et la mobilisation de groupes d’auto-défense ou des milices par des hommes politiques sur l’ensemble du territoire national, et d’effectuer des enquêtes de police afin de permettre au Procureur général de la République d’entreprendre les poursuites nécessaires ».

« Politique de prévention »

Selon Adama Dieng, « à la veille d’un processus électoral qui s’annonce difficile, poursuivre les hommes politiques mobilisant des groupes armés ou incitant leur communauté à la haine, fait partie d’une politique de prévention des violences essentielle à la stabilité du pays ».

« Ces pratiques dangereuses, qui affectent dramatiquement le Nord-Kivu et d’autres provinces du pays, doivent être stoppées urgemment. Le gouvernement, les autorités provinciales et l’ensemble de la classe politique du Nord-Kivu ont la responsabilité de prévenir urgemment une nouvelle flambée de violence intercommunautaire dans leur province, la circulation des discours de haine dans les médias et les réseaux sociaux, de même que les déplacements forcés de populations », a-t-il recommandé.

Il a révélé s’être « convenu, avec la Ministre des Droits humains, d’apporter mon soutien au développement rapide d’une législation appropriée pour sanctionner les discours de la haine et de discrimination dans le pays ».

« Je tiens ici à féliciter les efforts déployés et les résultats obtenus dans la lutte contre les violences sexuelles et le recrutement d’enfants, par la représentante personnelle du chef de l’Etat et la justice congolaise. Je les encourage à poursuivre activement dans cette voix. Alors que l’enregistrement des électeurs a commencé, la République démocratique du Congo se trouve à nouveau à un moment historique et critique de son histoire », a-t-il dit.

En tout état de cause, a-t-il insisté, « il appartient à l’ensemble des responsables politiques, le gouvernement, l’opposition, de s’assurer que les mois qui viennent ne mèneront pas à une nouvelle crise ».

« Je continuerai à suivre la situation de près, et en informerai Secrétaire général [des Nations Unies]. Mon bureau est prêt à travailler avec tous les Congolais pour prévenir un tel scenario, et accompagner la transition vers la tenue d’élections libres, non-violentes et démocratiques », a assuré Adama Dieng.

Biographie

Le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon, a annoncé le 17 juillet 2012 la nomination de M. Adama Dieng, du Sénégal, au poste de Conseiller spécial pour la prévention du génocide.  M. Dieng remplace M. Francis Deng, auquel le Secrétaire général exprime sa reconnaissance pour son travail dévoué et les résultats qu’il a obtenus en remplissant un mandat difficile.

  1. Dieng effectue actuellement son troisième mandat de Greffier du Tribunal pénal international pour le Rwanda, un poste auquel il a été nommé en 2001.

Comme juriste et spécialiste des droits de l’homme, M. Dieng a eu une carrière remarquable au cours de laquelle il a contribué au renforcement de l’état de droit, à la lutte contre l’impunité et à la promotion du renforcement des capacités dans le domaine des institutions judiciaires et démocratiques, par le biais, entre autres, des missions d’établissement des faits, des publications et des médias.  Il a en outre contribué à la création de plusieurs ONG en Afrique.

  1. Dieng a commencé sa carrière au Sénégal comme Greffier des tribunaux régionaux et des tribunaux du travail, et a été Greffier de la Cour suprême du Sénégal pendant six ans.  En 1982, il est entré à la Commission internationale des juristes, où il a rempli plusieurs fonctions, notamment celles de Juriste pour l’Afrique et de Secrétaire exécutif, jusqu’en 1990.  Au cours des 10 ans qui ont suivi, il a été Secrétaire général de la Commission et, dans ce cadre, Expert indépendant des Nations Unies pour Haïti, de 1995 à 2000.
  2. Dieng a également assumé les fonctions d’Envoyé du Secrétaire général des Nations Unies au Malawi et a joué un rôle moteur dans la création de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que dans l’élaboration de la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption.

Le nouveau Conseiller spécial a enseigné le droit international et les droits de l’homme dans plusieurs instituts et universités dans le monde.  Il a été Consultant auprès de nombreuses organisations, dont l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le Bureau de la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, la Fondation Ford et l’Union africaine.  M. Dieng est un ancien membre du Conseil d’administration d’« International IDEA », membre d’« Africa Leadership Forum » et Président honoraire de « The World Justice Project ».

Né le 22 mai 1950, M. Dieng est diplômé en droit de l’Université de Dakar et titulaire d’un certificat délivré par le Centre de recherche de l’Académie du droit international de La Haye.  Il a également obtenu un certificat de l’Institut des hautes études internationales de Paris.

Angelo Mobateli

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