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RD Congo : le procès de Vital Kamerhe reporté au 25 mai 2020

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 Sur le banc des accusés du tribunal de grande instance de la Gombe, Vital Kamerhe, le directeur de cabinet, toujours en fonction, du chef de l’État congolais.

C’est la première fois dans l’histoire de la RDC qu’un directeur de cabinet du président se retrouve sur le banc des accusés pour détournement de fonds publics.

En détention préventive à Kinshasa depuis le 8 avril 2020, celui qu’on surnomme parfois le « président bis », 61 ans, est poursuivi avec deux autres personnes pour le détournement présumé de plus de 50 millions de dollars. Après une longue attente lundi 11 mai 2020, le tribunal a annoncé le report de cette audience d’ouverture au 25 mai 2020.

En attendant, il se prononcera dans 48 heures sur la demande de remise en liberté du directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi.

« Jamais dans l’histoire politique congolaise de ces deux dernières décennies, un acteur aussi important de la scène politique ne s’est retrouvé derrière les barreaux », résument les experts du Groupe d’études sur le Congo (GEC) de l’Université de New York. Mais selon des sources judiciaires, l’audience de ce lundi ne traitera pas encore du fond de l’affaire, elle permettra seulement l’identification et l’examen des préalables.

Un procès à suivre en direct

Les poursuites contre Vital Kamerhe entrent dans le cadre d’une vaste enquête anticorruption supposée marquer le « renouveau » de la justice congolaise dans la lutte contre la corruption et l’impunité des élites depuis l’indépendance le 30 juin 1960.

Ancien président de l’Assemblée nationale, principal allié du président Félix Tshisekedi dans sa conquête du pouvoir, Vital Kamerhe est convoqué devant les juges du tribunal de grande instance de Kinshasa Gombe, avec un entrepreneur et un autre responsable de la présidence. Le procès devait s’ouvrir en « audience foraine », c’est-à-dire délocalisée dans l’enceinte même de la prison de Makala où il est incarcéré. Seule la chaîne d’État RTNC ainsi que la radio nationale ont le droit de retransmettre en direct le procès.

Pour le site d’information Cas-Info : « C’est un match comme les Congolais n’en avaient pas vécu depuis bien longtemps. Ce procès, inédit, tient en haleine tout le pays et promet de rester dans les annales de l’histoire congolaise » peut-on lire en une ce matin. « Tout l’enjeu pour Vital Kamerhe sera d’éviter de devenir le symbole de l’État de droit que Félix Tshisekedi, son principal allié, appelle de tous ses vœux, depuis son entrée en fonction. (…)Tant les dossiers se sont accumulés sur sa seule personne : l’affaire des 57 millions, le mariage bling-bling, la distribution de cadeaux de luxe à des proches. Sans oublier la fuite d’un neveu recherché par la police criminelle pour participation à ce même détournement de fonds. »

Que reproche-t-on à Vital Kamerhe ?

Vital Kamerhe est bien plus qu’un simple collaborateur du chef de l’État. Natif du Sud-Kivu (est), le président de l’Union pour la nation congolaise (UNC) s’était désisté en faveur de Félix Tshisekedi avant l’élection présidentielle du 30 décembre 2018, qui a marqué la première alternance pacifique dans l’histoire de la RDC. Les deux hommes ont scellé un accord politique pour constituer leur plate-forme Cap pour le changement (Cach), qui gouverne la RDC en coalition avec les forces politiques de l’ex-président Joseph Kabila, toujours majoritaires au Parlement et dans les autres institutions de la République.

Cet accord signé à Nairobi en novembre 2018 prévoit même que Vital Kamerhe, qui a déjà tenté sa chance en 2011, soit candidat à la présidence de la République en 2023. Le parti de Kamerhe compte plusieurs ministres dans ce gouvernement de coalition dont un est également dans le viseur de la justice. Le ministre de la Formation professionnelle John Ntumba est également soupçonné de détournement de fonds.

Nommé directeur de cabinet au lendemain de l’investiture du président Tshisekedi le 24 janvier 2019, Vital Kamerhe doit s’expliquer sur l’utilisation de fonds publics destinés au financement des grands travaux lancés le 2 mars 2019 par le chef de l’État et dénommés « programme d’urgence des 100 jours ».

Considéré comme l’ordonnateur des dépenses, Vital Kamerhe est soupçonné du détournement des fonds destinés à la construction de logements sociaux (4 500 maisons préfabriquées).

Il nie ces accusations. Il estime que tous les marchés publics ont été « hérités » du précédent gouvernement, affirmant qu’« aucun contrat de marché public de gré à gré ne porte sa signature », selon l’ordonnance de rejet de sa demande de remise en liberté provisoire du 11 avril 2020.

Si son arrestation est présentée comme un signal fort dans la lutte contre la corruption des élites, une partie de l’opinion reste sceptique et évoque un règlement de compte au sein de la coalition ou une manœuvre. Au lendemain de son incarcération, les élus du parti de l’UNC avaient dénoncé « l’arrestation arbitraire » et l’« humiliation » subie par leur chef de file. Sur les réseaux sociaux, ses partisans dénoncent une affaire visant à l’écarter de la présidentielle de 2023.

Incarcéré depuis le 8 avril, Vital Kamerhe n’a pas démissionné de son poste de directeur de cabinet, ni a été révoqué.

Cette affaire « ne représente pourtant qu’une partie du programme d’urgence pour les 100 premiers jours du chef de l’État », affirme les experts du GEC, selon qui d’autres enquêtes « portent sur des projets couvrant plus de 70 % du budget initial du programme. Des projets qui peinent à être menés jusqu’au bout, en raison notamment des possibles détournements des fonds ».

Par LeLe Point Afrique

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