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RDC : « Le président de la République doit commencer par faire le ménage »

RDC : « Le président de la République doit commencer par faire le ménage »

Entretien Avec Jean-Claude Mputu, porte-parole de la plateforme d’ONG Le Congo n’est pas à vendre. Depuis l’annonce de la signature d’un accord entre Dan Gertler et les autorités congolaises, cette structure demande la publication de ce texte. Un appel qui n’est pas entendu et le pouvoir en place à Kinshasa semble plus motivé par la diabolisation de ceux qui le critiquent que par la publication d’un document qui engage l’État.

M. Mputu, vous êtes politologue et porte-parole de la plateforme d’ONG Le Congo n’est pas à vendre. Depuis l’annonce d’un accord entre le gouvernement congolais et Dan Gertler, vous réclamez la publication de cet accord mais vous ne semblez pas entendu ?

Jean-Claude Mputu

Malheureusement non. Différentes personnalités nous expliquent dans toutes les langues possibles que l’accord ne peut être publié mais que c’est un bon accord. Tantôt, on doit d’abord le montrer aux Américains, tantôt à cause des clauses de confidentialités, par ailleurs illégales, ou dernièrement parce que certaines clauses comportent des conditionnalités, il faut attendre leurs réalisations avant que l’accord ne soit publié. Bref, tout est bon pour ne pas rendre cet accord public. Ce qui évidemment laisse la porte ouverte à toutes les suppositions.

Pourquoi, selon vous, le gouvernement ne publie-t-il pas cet accord ?

Sans doute parce qu’il n’est pas aussi bon qu’on le dit… Sans doute parce qu’il a peur en le publiant qu’on y découvre des clauses suspectes. Une chose est sûre tant que cet accord ne sera pas publié, Le Congo n’est pas à vendre et la société civile congolaise à l’instar de la COGEP (La Coalition pour la Gouvernance des Entreprises publiques) continuera à demander sa publication. Si comme le gouvernement et la présidence l’affirment, c’est un accord historique et profitable à la RDC, ils devraient être fiers de le montrer plutôt que de le cacher. C’est pour nous une question de principe et de conformité à nos lois. N’en déplaise à ceux qui affabulent sur des raisons X ou Y pour ne pas le publier.

Vous pensez donc que Dan Gertler conserve des actifs en RDC ?

Nous ne pensons rien mais la présidence a affirmé clairement que Dan Gertler conserve ces royalties. En fait Dan Gertler s’est juste débarrassé des actifs qui étaient bloqués et qu’il possède depuis des années sans jamais les avoir mis en valeur et pour lesquels en plus le gouvernement lui paye plus de 200 millions de dollars qui, selon les explications du directeur de cabinet, seraient le fruit des études menées pour ces gisements. Mais par contre, il garde des royalties qui lui rapportent 200.000 dollars par jour, soit pour près des deux milliards pour les années à venir.

Le vrai problème est que depuis des années Le Congo n’est pas à vendre n’a eu de cesse de demander un audit général de tous les contrats de Dan Gertler et surtout la saisie conservatoire de tous ses actifs en attendant de faire la lumière sur la manière dont il les a acquis. On n’a jamais été entendu. Ensuite, notre dernier rapport a clairement montré que les royalties étaient acquises dans l’illégalité absolue et que donc elles devraient revenir à l’Etat congolais et à la Gécamines. Mais aujourd’hui on nous dit non ces royalties appartiennent à Dan Gertler. Franchement, mon pays n’a pas de chance et le président de la République n’a pas de chance. Car connaissant son amour du Congo, il n’aurait jamais accepté un tel protocole s’il avait été bien informé. Je pense que, pour lui, le moment semble venu, trois ans après son installation au pouvoir, de faire le ménage parmi ses conseillers. Car on ne peut conduire et parler des affaires de l’Etat de cette manière.

Dans le communiqué sur cet accord, émis par Ventora Development, la société de DG, on peut lire : « Il était donc vital de trouver une nouvelle façon d’avancer qui libérerait ces actifs vitaux pour être développés, sans les contraintes des tribunaux, et me permettrait de poursuivre des intérêts commerciaux légitimes… Quelques lignes plus loin il est indiqué : « Je confirme que TOUS les permis et licences détenus par le groupe Gertler seront restitués » ?

Je suis personnellement fatigué des bonnes paroles et des belles déclarations. Les sanctions pour corruption contre Dan Gertler datent de 2017 alors qu’il avait déjà ces actifs depuis longtemps et qu’il n’y avait fait aucun investissement… Il est facile de publier ce protocole comme ça le peuple congolais pourrait voir de lui-même ce que le Congo a gagné et ce qu’il a perdu. La vérité est parfois très éloignée des affirmations médiatiques.

Pensez-vous que légalement, cet accord puisse éteindre toutes les poursuites judiciaires contre Dan Gertler ? La justice congolaise peut-elle être complètement tenue par un accord, fût-il signé par le ministre de la Justice ? Et quid des sanctions américaines ?

Si cet accord vaut amnistie pour Dan Gertler, à mon sens ça sera uniquement vis-à-vis de ce pouvoir et de la RDC actuellement. Car comme l’a dit le dernier envoyé spécial américain, les sanctions continuent. Je pense qu’il en va de même pour le peuple congolais. Si cet accord est gardé confidentiel, il sera considéré de la même manière que tous les précédents accords signés par Dan Gertler sous Joseph Kabila, donc susceptible d’être remis en cause par tout nouveau pouvoir légitime en RDC. Il faut, pour briser ce cycle de corruption, pillage de nos ressources, inscrire la transparence et la légalité au cœur de la gestion et de l’exploitation de nos ressources naturelles. Condition sine qua non de la légitimité des transactions. Et la transparence ne se décrète pas en paroles et en interview mais en actes concrets et légaux et en l’espèce par la publication de ce protocole endéans les 60 jours de sa signature conformément au Code Minier. Faute de quoi Le Congo n’est pas à vendre pourra saisir la justice pour entraves à la transparence.

Le nom de la plateforme d’ONG que vous représentez est Le Congo n’est pas à vendre. Vous pensez que cet accord dont on ne sait rien est une manière de vendre une partie des avoirs du pays ?

En tout cas tout accord qui cédera une partie ou la totalité d’un actif quelconque du pays en violation des lois sera considéré par nous comme une vente illégale des ressources du Congo. C’est une question de principe et de valeurs. On peut comprendre comme par le passé que certains soient encore nostalgiques de cette époque et veulent reproduire les mêmes comportements, menaces et intimidations mais ça ne passera pas.

On a eu le dossier des 100 jours, on a eu le RAM, maintenant le dossier Gertler, pour ne citer qu’eux, les casseroles financières s’amoncellent autour du quinquennat de Félix Tshisekedi. Comment expliquer cette situation ? Simples erreurs de communication ?

On ne peut pas parler de simples erreurs mais de fautes de gestion et d’un mauvais casting. Franchement, le président doit bien choisir ses collaborateurs. On ne peut pas comprendre qu’il faille deux ans pour construire six pauvres saute-moutons dans Kinshasa, on ne peut imaginer le fiasco du programme des 100 jours sans se poser des questions. Et que dire du RAM, cette taxe illégale qui pendant des mois à fait crier la population et fait souffrir les plus faibles en toute illégalité. Et je ne parlerai pas ici du scandale de l’Agence anticorruption de la présidence où le premier coordonnateur a été viré pour… corruption. Oui, vous avez raison, les casseroles s’amoncellent pas mal. Si le président de la République veut redresser la situation, il doit commencer par faire le ménage, car ça fait désordre. S’il n’agit pas, le peuple risque de le rendre responsable. Une des premières choses à faire c’est de revoir totalement les termes de l’accord avec Dan Gertler et ça, c’est maintenant qu’il faut le faire.

Peut-on encore espérer que le Congo en finira avec ce cycle de turbulences économiques ?

Evidemment, il faut toujours garder espoir, ne jamais renoncer ! Le peuple congolais s’est levé pour barrer la route à un dictateur, il a accepté des sacrifices immenses pour cela et il n’abandonnera pas le combat pour la démocratie, le développement et la bonne gouvernance. Le temps est notre meilleur allié. Gertler était intouchable sous Kabila et Yuma. Aujourd’hui, il ne l’est plus. Ceux qui continuent à user de la corruption aujourd’hui rendront compte demain. C’est inéluctable. Et quoi qu’il en soit, Le Congo n’est pas à vendre continuera à crier et à dénoncer la corruption. TOUTE LA CORRUPTION. Celle d’hier, comme l’a montré Congo Hold up, et celle d’aujourd’hui, comme les 100 jours ou le RAM.

Le Directeur de cabinet adjoint du chef de l’état vous accuse d’être à la solde des Occidentaux et d’être contre Felix Tshisekedi. Il affirme que certaines de vos organisations ont participé à la désignation du candidat commun de l’Opposition à Genève. Qu’en dites-vous ?

En d’autres circonstances, je n’aurais pas répondu à cette question car c’est une vieille rengaine qui ne fonctionne plus. Mais par égard pour vous et pour le peuple congolais, je ferai trois observations.

Primo, j’ai eu du mal à entendre ce discours car il me rappelait furieusement les discours kabilistes contre ceux qui demandaient la fin de la corruption et de la dictature. Comme si les Congolais ne pouvaient pas penser par eux-mêmes et ce qui est surprenant c’est d’entendre ce discours de la part de quelqu’un qui en a été lui-même victime. Incompréhensible.

Secundo, c’est tellement triste et facile de présenter Le Congo n’est pas à vendre comme opposé au président de la République. Mais pour quel but ? Le Congo n’est pas à vendre, c’est une dizaine d’organisations congolaises et internationales. Ce sont des centaines de Congolais à travers tout le pays et parmi nous, il y a des vrais tshisekedistes. Le Congo n’est pas à vendre ne fait pas de la politique mais combat la corruption d’où qu’elle vienne car cette dernière tue le Congo. C’est tellement facile d’essayer de nous salir. On oublie qu’il y a trois ans, on était les seuls à dire qu’il fallaitt récupérer les actifs de Dan Gertler. Une fois pour toutes, aucune organisation membre du Congo n’est pas à vendre n’était à Genève.

Et tertio, permettez-moi de changer de casquette pour prendre celle de politologue, analyste et observateur de la vie politique congolaise. Quel pourrait être le lien entre vouloir récupérer les actifs de Dan Gertler et ce qui s’est passé à Genève ? Ce raccourci est trop facile car ceux qui l’utilisent pensent ainsi faire plaisir au Chef de l’Etat. Mais c’est tout le contraire qu’ils obtiendront. Le président de la République est un acteur majeur du processus de Genève en dépit des aléas politiques. Son gouvernement et l’Union sacrée aujourd’hui sont remplis des participants de Genève. Et pourquoi ? Parce que le président sait lui que Genève – comme les documents publiés par la Fondation Kofi Annan l’ont montré (mais les gens ne lisent pas) – avait pour but essentiel de remettre le peuple au cœur de la gestion du Congo en mettant fin à un régime autoritaire, dictatorial et corrompu. Les acteurs savent que Genève avait pour but de rétablir la légitimité au sommet de l’Etat et de combattre toutes les antivaleurs. D’ailleurs, le président de la République comme ses six pairs de Genève avaient convenu d’organiser des élections inclusives et transparentes dans les deux ans pour permettre à tous de se présenter devant le peuple. Et dans la déclaration de Genève, la lutte contre la corruption était une priorité. D’ailleurs, le président lui-même ne s’y est pas trompé puisque la lutte contre la corruption fait partie de ses priorités. Au lieu de tenter de diaboliser faussement Le Congo n’est pas à vendre, ses collaborateurs auraient dû solliciter l’accompagnement de notre structure pour analyser et étudier ce dossier. En notre sein, nous avons des experts des questions minières qui suivent au quotidien ce qui se passe dans le secteur. Et je peux vous assurer qu’ils sont de loin meilleurs et reconnus par les acteurs du secteur. Je ne leur arrive pas aux chevilles et je tiens à les remercier, eux qui de Kolwezi à Bunia, de Kinshasa à Lubumbashi m’ont guidé dans ce secteur.

Par Hubert Leclercq (La Libre Afrique)

angelo Mobateli

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