
Pour le président de la République démocratique du Congo, les états généraux sont une occasion pour réinventer la profession. « Une fois que cette mise à jour sera opérée par les journalistes eux-mêmes, le Gouvernement sera à vos côtés pour l’appui nécessaire que requiert cette mutation », a-t-il rassuré, mardi 25 janvier 2022. À l’occasion, il a aussi affirmé que le Gouvernement accorde un moratoire sur la dépénalisation des délits de presse. Mais ceci exige de la profession de renforcer ses organes de régulation et d’autorégulation pour s’assurer que le travail se fait de manière professionnelle.

C’est le président de la République, Félix Tshisekedi qui a lancé à Kinshasa les états généraux de la communication et presse, sous le thème : « Médias congolais : quelles perspectives à l’ère du numérique face aux défis du développement durable ? ».
La tenue de ces états généraux de la communication et des médias vient se poser comme cadre de réflexion et d’interrogation qui doit permettre de confronter les idées, les styles et les écoles pour ensemble dégager des modèles de médias, de journalistes et de professionnels de la communication qu’il nous faut en vue de répondre aux besoins d’informer, d’éduquer, de divertir et de communiquer pour éclairer la lanterne de notre peuple.
De nos jours, des questions se posent pour savoir, qui est réellement journaliste et qui ne l’est pas ; Quelle est la limite entre les faits et les opinions ; Que faire pour construire la viabilité de nos organes de presse ; Comment faire face aux défis technologiques pour ne pas rater la mutation ; Que faire pour que les journalistes d’hier et ceux d’aujourd’hui parlent le même langage dans un environnement où les outils de travail ont radicalement changé, alors que l’intérêt d’informer est resté le même ; Comment la société apprécie la production des professionnels des médias pour son évolution ; Quel est le rôle de l’Etat congolais dans ce processus ; Comment il pourrait bénéficier de l’accompagnement des médias dans la marche vers le développement de notre pays.
Ces états généraux de la communication et des médias se justifient amplement par l’urgence existentielle d’arrimer notre paysage médiatique aux enjeux actuels. Ils rappellent au journaliste, lui-même, la nécessité de se remettre en question et sécuriser le journalisme, sa profession. Car, face au flot des nouvelles et l’apparition de nouveaux acteurs donneurs de nouvelles, il se crée parfois une confusion entre les professionnels et ceux qui s’apparentent aux journalistes.
Oui au moratoire

Dans son discours, le président de la République a indiqué que vos assises sont celles de la réinvention de votre profession. « Les médias classiques (radio, télévision et presse écrite) se trouvent devant un choix crucial, à savoir il faut s’adapter. Arriver à vous réinventer techniquement et déontologiquement pour assainir votre corporation ; vous réinventer économiquement pour assurer la viabilité de vos entreprises de presse, et technologiquement pour ne pas rater le train de la révolution technologique », indique Félix Tshisekedi, qui pense que cette mise à jour entraine le changement de paradigmes au niveau du métier d’informer. Et une fois cette mise à jour opérée par vous-mêmes journalistes, le Gouvernement sera à vos côtés pour l’appui nécessaire que requiert cette mutation.
Il a même précisé que cela entrait dans les responsabilités régaliennes de l’Etat. Car sans une presse responsable, la démocratie et son corollaire de respect des droits n’est qu’un leurre. Même le nouveau narratif que nous mettons en place ne serait que du vent, sans une presse responsable. Refondez votre profession.
Le chef de l’Etat a aussi informé que le gouvernement accorde un moratoire sur la dépénalisation des délits de presse. Pour lui, il convient donc de renforcer les organes de régulation et d’autorégulation, pour s’assurer que ceux qui travaillent le font de manière professionnelle. « Aux termes de ces assises, il faut en sortir avec une proposition de loi portant sur la liberté de la presse ainsi que d’autres textes y relatifs », mobilise-t-il.
« Autant je m’assurerai que le journaliste bénéficie de la sécurité dans l’exercice de son métier, partout où il se trouve, je suis conscient de vos difficultés qui sont inhérentes aux conditions générales. Cela n’empêche aux populations d’être informées de la marche de leur pays et du monde. Je serais heureux de savoir un peu plus sur les défis liés à la viabilité économique des médias, avant de voir comment les relever », encourage-t-il.
Les défis de la profession
Revenant sur la thématique centrale choisie : « Médias congolais : quelles perspectives à l’ère du numérique face aux défis du développement durable ? », le ministre de la Communication et médias, Patrick Muyaya a indiqué que cela nous place au cœur même de notre action, comme corps, devant les enjeux auxquels le pays fait face.
Et de poursuivre que nous voulons nous interroger sur ce que nous sommes devenus en ce temps du numérique et sur ce que peut être notre apport pour relever les défis du développement durable dans un pays présenté comme ‘’pays solution’’.
Ces questions refondatrices ont porté sur : La fiabilité et viabilité des médias pour les consolider et en faire des entités fortes professionnellement (éthique et déontologie) et indépendantes financièrement ; L’actualisation et la mise en cohérence des textes légaux et règlementaires pour engager des réformes profondes, en vue d’assainir l’espace médiatique et l’adapter aux impératifs des nouvelles technologies. Dans une dynamique d’ensemble, nous allons nous acquitter de l’obligation d’enrichir les avant-projets de textes relatifs notamment à :
– La Loi sur l’exercice de la liberté de la presse. Cette loi mère est le résultat des états généraux de 1995 qui ont proposé des modifications de la loi de 1981. Aujourd’hui, une nouvelle modification s’impose pour donner le cadre légal à l’existence des médias en ligne, des radios communautaires, etc.
– La Loi sur le statut du journaliste congolais. Au regard des dérapages constatés dans le chef de certains journalistes, la faiblesse des structures de régulation et d’autorégulation nous pousse à penser, comme c’est le cas pour les Avocats, à créer un Ordre des journalistes congolais avec une Commission de discipline qui se chargera de gérer les dérapages constatés dans l’exercice du métier ;
– La dépénalisation des délits de presse, j’y reviendrai ; et
– La Loi sur l’accès à l’information publique. Des propositions faites vont également dans le sens de la mise en place d’une instance indépendante chargée de veiller à l’application effective de cette loi et coordonner les activités au niveau des institutions publiques pour que toutes les sources soient accessibles.
La politique nationale de communication pour s’inscrire dans la dynamique stratégique visant le développement des médias en RDC. Elle constitue, pour le Gouvernement et pour les professionnels de médias, un instrument d’orientation stratégique et de mobilisation des ressources, en faveur du développement dans le domaine de la communication et médias, en vue de l’émergence d’un nouveau narratif sur la République Démocratique du Congo.
Elle fixe la ligne à suivre et les limites à observer pour que dans l’exercice de la profession, on protège toujours les intérêts liés à la sécurité et au développement du pays.
« Ce vide constaté par tous les acteurs du secteur de la communication et des médias sera comblé par un texte dont l’avant-projet disponible a été élaboré peu avant le début de ces travaux avec nos experts les plus éminents. Il sera soumis à l’approbation du Gouvernement à l’issue de ces assises », explique Muyaya, qui pense que l’option du moratoire sur la délivrance de la carte de presse a été préconisée au terme de ces réflexions préparatoires. L’Union nationale de la Presse du Congo (UNPC), inspirée par cette recommandation, en a anticipé la mise en œuvre en prenant des mesures conservatoires pour renforcer les conditions d’octroi de la carte, l’application des sanctions pour plus de discipline et d’autorégulation.
Terminons par dire que l’un des défis auxquels fait face le Linistère de la Communication et médias, c’est l’identification et le dénombrement des médias. « Aujourd’hui, je dois reconnaître une faiblesse de mon héritage dans ce Ministère, celle de l’inexistence de répertoire de tous les médias opérant en République Démocratique du Congo. L’arrivée des médias d’information en ligne complique davantage cette donne en ce qu’à l’état actuel, ils ne sont régis par aucun texte légal », souligne Patrick Muyaya.
A l’en croire, la maitrise de ces effectifs permettrait au Gouvernement de mieux implémenter sa politique dans ce secteur vital et de mieux étudier la faisabilité des subventions à accorder à la presse. « Nous y travaillons et comptons sur la collaboration de tous », rassure-t-il.
Par LEQUOTIDIEN