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RDC : arrestation du ministre de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende


Célestin Tunda Ya Kesende, à Paris en septembre 2015.

Le vice-Premier ministre en charge de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende, a été arrêté samedi 27 juin 2020 à Kinshasa. Cette interpellation intervient en pleine polémique sur la réforme judiciaire initiée par le camp Kabila.

C’est une étape de plus dans l’escalade constatée ces derniers jours au sein de la coalition au pouvoir qui unit le Front commun pour le Congo (FCC) et Cap pour le changement (FCC-Cach).

Alors que la polémique bat son plein autour de la proposition de réforme judiciaire, initiée par les députés du FCC Aubin Minaku, proche de Joseph Kabila, et Gary Sakata, le ministre de la Justice Célestin Tunda Ya Kasende a été arrêté ce samedi à Kinshasa.

La police s’est présentée à son domicile aux alentours de 14h, munie d’un « mandat d’arrêt ». Visiblement non informé de la procédure, Tunda Ya Kasende s’est d’abord enfermé chez lui, le temps de passer quelques coups de fil et de s’enquérir des raisons de cette interpellation.

« Sa garde policière lui a été retiré deux heures avant son arrestation et il s’est rendu quand la police a menacé de forcer l’accès de sa résidence », rapportent nos sources.

« Manque de sincérité »

Cette interpellation intervient au lendemain d’un conseil des ministres houleux, au cours duquel la réforme proposée par les deux députés du FCC a été évoquée. Les membres du conseil des ministres ont appris – « avec surprise » précise le compte-rendu diffusé par la présidence – que le ministre de la Justice avait déjà transmis, sur « initiative personnelle », ses observations à l’Assemblée nationale.

« Le conseil des ministres a jugé inopportun de poursuivre l’examen de cette question laissant la procédure parlementaire en cours se poursuivre à l’Assemblée nationale », concluait sobrement le compte-rendu. Selon nos informations, le président Félix Tshisekedi, qui a dû quitter le conseil pour participer à une réunion de l’Union africaine,  a tout de même dénoncé un « manque de sincérité » dans la démarche du ministre de la Justice.

Célestin Tunda Ya Kasende, qui occupe l’un des postes les plus stratégiques parmi ceux qui reviennent à la coalition de l’ancien président Joseph Kabila, est actuellement auditionné au bureau du procureur près la Cour de cassation. Quelques membres FCC sont actuellement rassemblés à l’extérieur du bâtiment.

Manifestations

Déposées le 5 juin 2020, les trois propositions de lois au coeur de ce nouveau bras de fer entre le FCC et Cach ont été votées samedi 27 juin 2020 par la commission politique et administrative de l’Assemblée nationale en l’absence des députés de l’opposition et de ceux de Cach, qui ont suspendu leur participation aux travaux.

Les trois textes visent notamment à consolider les attributions du ministre de la Justice. Celui-ci verrait son autorité sur les magistrats du parquet croître et ce alors que Tshisekedi a fait du renforcement de la justice l’une de ses priorités.

Ces propositions ont provoqué de violentes protestations cette semaine à Kinshasa. Le 24 juin 2020 plusieurs manifestants se sont rassemblés aux alentours du Palais du peuple pour dire leur opposition à cette réforme.

Les résidences de certains cadres du FCC, dont celle d’Aubin Minaku, ont été ciblées. L’opposition et la société civile ont dénoncé ces initiatives du FCC qui selon eux, visent, à « museler » la justice.

Pour la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui a réagi dans un communiqué, « chercher à faire passer l’examen de ces questions par des coups de force risquerait de plonger le pays dans le chaos ».

Par Stanis Bujakera Tshiamala (JA)

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