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L’Afrique à la rescousse de ses ressortissants en Ukraine

ACCUSATIONS. Alors que la guerre fait rage entre la Russie et l’Ukraine, l’Union africaine dénonce le racisme anti-africain dans les opérations de rapatriement de ses ressortissants.

L'UA s'inquiète du "racisme" contre les Africains bloqués en Ukraine

Des réfugiés originaires de nombreux pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Inde, au poste frontière de Medyka, dans l’est de la Pologne, le 27 février 2022  –  

Des images qui choquent l’Afrique. Parmi les centaines de milliers de personnes qui tentent de fuir l’Ukraine vers les pays voisins, notamment la Pologne, figurent de nombreux ressortissants africains – pour la plupart étudiants. Et les accusations de comportements racistes à leur égard se multiplient, vidéos à l’appui. Elles sont partagées sur réseaux sociaux sous le hashtag #AfricansinUkraine. 

L’évacuation des ressortissants africains plus complexe qu’il n’y paraît

Sous forte pression diplomatique, après que quelques États africains ont trouvé les moyens de répondre aux appels à l’aide de leurs concitoyens, au cas par cas, l’Union africaine (UA) a haussé le ton et s’est dit « particulièrement préoccupée par les informations rapportées selon lesquelles les citoyens africains, se trouvant du côté ukrainien de la frontière, se verraient refuser le droit de traverser la frontière pour se mettre en sécurité ». Le chef de l’État sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’UA, et le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, rappellent que « toute personne a le droit de franchir les frontières internationales pendant un conflit (…) quelle que soit sa nationalité ou son identité raciale ». Appliquer un « traitement différent inacceptable” aux Africains serait « choquant et raciste » et « violerait le droit international », soulignent-il. Jusqu’ici, les réactions en Afrique sont peu nombreuses suite à l’invasion russe de l’Ukraine. 

Concrètement, la prise en charge des ressortissants du continent s’avère particulièrement complexe, puisque seule une dizaine de pays disposent d’une représentation diplomatique ambassade ou consulat en Ukraine.

Vives réactions des États les plus concernés

Le Nigeria n’a pas attendu cette prise de parole pour réagir, dès lundi le pays a exhorté les autorités frontalières d’Ukraine et des pays voisins à traiter « avec dignité » ses citoyens. « Des informations regrettables » indiquent que « la police ukrainienne et le personnel de sécurité refusent de laisser les Nigérians monter dans les bus et les trains » vers la Pologne, a déclaré le porte-parole de la présidence nigériane Garba Shehu. « Dans une vidéo qui circule largement sur les réseaux sociaux, une mère nigériane avec son jeune bébé a été filmée en train d’être forcée physiquement de céder son siège », a-t-il poursuivi, ajoutant que selon d’autres informations, des fonctionnaires polonais ont refusé l’entrée en Pologne à des Nigérians venant d’Ukraine. « Tous ceux qui fuient une situation de conflit ont le même droit au passage en toute sécurité en vertu de la convention des Nations unies, et la couleur de leur passeport ou de leur peau ne devrait faire aucune différence », a-t-il insisté.

Même réprobation depuis l’Afrique du Sud. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Clayson Monyela, a lui aussi affirmé que les Africains étaient victimes de « mauvais traitements » à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne et que l’ambassadeur d’Afrique du Sud s’y était rendu pour aider un groupe de Sud-Africains, majoritairement des étudiants, coincés, à entrer en Pologne.

Ces accusations de racisme ont été rejetées, notamment par l’ambassadrice de Pologne au Nigeria, Joanna Tarnawska. « Tout le monde reçoit un traitement égal. Je peux vous assurer que, selon les informations dont je dispose, certains ressortissants nigérians ont déjà franchi la frontière avec la Pologne », a-t-elle déclaré à des médias locaux. Selon Mme Tarnawska, les documents d’identité invalides sont acceptés pour franchir la frontière et les restrictions liées au Covid-19 ont été levées. Certains Nigérians qui ont franchi la frontière ont décrit leur voyage dans l’obscurité jusqu’aux frontières bondées où des fonctionnaires donnaient la priorité aux femmes et enfants ukrainiens.

Désormais en Pologne, Stéphanie Agekameh, étudiante en médecine, a ainsi affirmé que les responsables du poste-frontière de Medyka s’occupaient d’abord des Ukrainiens : « un des officiers est venu et nous a dit que c’est plus dur pour nous, les étrangers, parce qu’ils doivent contacter notre gouvernement dans différents pays ». Depuis le début de l’offensive russe, plus de 600 000 Ukrainiens ont gagné des pays frontaliers, dont la moitié ont rejoint la Pologne, selon l’ONU.

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Les États s’organisent

Au-delà du hashtag #AfricansInUkraine, les représentations diplomatiques africaines s’organisent d’abord pour diffuser l’information, et ensuite pour rappatrier leurs concitoyens. Plusieurs groupes WhatsApp et Telegram ont été créés pour organiser leur assistance. Le pays d’Europe de l’Est accueille également des travailleurs et des sportifs professionnels africains.

Selon les chiffres officiels, plus de 76 000 étudiants étrangers sont présents en Ukraine dont 20 % sont issus du continent africain. Les université ukrainiennes sont très prisées des étudiants du monde arabe, notamment pour les études de médecine et d’ingénierie. Les Marocains forment le principal contingent d’étudiants arabes avec les Egyptiens. Au moins 12 000 Marocains dont 8 000 étudiants y résident habituellement. Mais 3 000 sont rentrés avant l’offensive russe jeudi dernier en Ukraine, selon les Affaires étrangères à Rabat, notamment grâce à des vols spéciaux.

Selon le média marocain Le matin, « depuis le démarrage de l’opération d’évacuation des Marocains établis en Ukraine, ce sont 1.534 personnes qui ont quitté le pays via les postes frontaliers avec la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Hongrie. Un nombre appelé à évoluer indique le ministère des Affaires étrangères et dont une grande partie étant constitué d’étudiants qui seront rapatriés au Maroc. » Le journal a receuillis leur témoignage.

L’ambassade d’Egypte, pays qui compte 6 000 ressortissants en Ukraine dont plus de la moitié sont des étudiants en majorité inscrits à Kharkiv, a affirmé sur Facebook coordonner l’évacuation de ses ressortissants vers Roumanie et Pologne. 

Un premier groupe de 106 étudiants tunisiens évacués d’Ukraine est arrivé ce mardi à Tunis à bord d’un avion militaire en provenance de Bucarest, ont constaté des journalistes de l’AFP. Ils ont été accueillis à leur arrivée par des parents émus et visiblement soulagés après avoir connu plusieurs jours d’angoisse depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février. « C’est un premier vol de rapatriement par avion militaire parti de Bucarest hier soir. Ils sont 106 étudiants et un bébé, ils sont en bonne santé », a déclaré à l’AFP le ministre tunisien des Affaires étrangères, Othman Jarandi, venu les accueillir à l’aéroport. Selon lui, 480 autres étudiants tunisiens doivent être rapatriés dans les prochains jours à bord d’avions en provenance de Roumanie et de Pologne. « On a vécu un cauchemar, dans des conditions de guerre exceptionnelles », a affirmé à l’AFP Aymen Badri, étudiant en ingénierie informatique. Hamdi Boussa’a, lui aussi étudiant en ingénierie dans le sud de l’Ukraine, décrit sa traversée de la frontière vers la Roumanie comme « une opérations très compliquée, une grande aventure ». Quelque 1700 Tunisiens vivent en Ukraine, parmi lesquels 80 % d’étudiants.

L’Algérie et la Libye ont pour leur part mis en place un dispositif pour faciliter le départ de leurs ressortissants en Ukraine vers des pays limitrophes mais aucun vol de rapatriement n’est prévu à ce stade. L’Algérie, qui compte près de 10 000 étudiants et qui est, par ailleurs, liée à la Russie par des accords militaires, s’est distinguée dans un premier temps, en n’appelant pas ses ressortissants à quitter le pays. Mais elle les a exhortés à « une extrême prudence et à ne sortir de chez eux qu’en cas d’urgence ».

Plus au sud du continent, pour l’heure, plus de 260 Nigérians ont été accueillis par les ambassades, éparpillés entre Roumanie, Hongrie et Pologne. Près de 200 autres sont attendus lundi, d’après le ministère nigérian des Affaires étrangères.

Le ministre des Affaires étrangères de République démocratique du Congo (RDC), Christophe Lutundula, a de son côté affirmé qu’il recevrait mardi l’ambassadeur de Pologne pour favoriser le passage de quelque 200 ressortissants de RDC actuellement en Ukraine. « Ils sont à la frontière où on n’accepte pas qu’ils accèdent à ces pays » voisins, a affirmé le ministre.

Le gouvernement ghanéen a quant à lui déclaré qu’il rencontrerait les parents des étudiants bloqués en Ukraine et a envoyé des fonctionnaires de l’ambassade aux postes frontaliers pour les aider.

La Côte d’Ivoire, qui compte environ 500 ressortissants en Ukraine d’après les médias locaux, a également indiqué prendre des dispositions pour leur évacuation.

D’après le ministère kényan des Affaires étrangères, 201 Kényans sont en Ukraine, majoritairement des étudiants. Le ministère a récemment indiqué qu’ils étaient tous sains et saufs, même si certains restaient bloqués à la frontière polonaise en raison de restrictions de visa.

Le Sénégal compte environ 70 ressortissants en Ukraine, principalement des étudiants. Pour leur venir en aide, le ministère des Affaires étrangères, en coordination avec l’ambassadeur du Sénégal en Ukraine et en Pologne, Papa Diop, a mobilisé une cellule de crise. Ce dernier a expliqué sur la radio RFI, les conditions des évacuations. « À la frontière, il y a une affluence massive de tout le monde : des Ukrainiens et des étrangers. Bien sûr, les difficultés ne manquent pas. Mais selon les informations que j’ai avec mes représentants sur place, on a une dizaine de Sénégalais qui ont pu traverser, alors qu’ils étaient environ 25 à la frontière. Le temps d’attente étant donné l’affluence est long. Il y en a qui ont passé la nuit. Certains ont même attendu deux jours. »

Plusieurs témoignages confirment cette longue attente, l’épuisement et les dérapages vus et entendus à l’endroit des ressortissants africains aux frontières. « On a marché plus de 27 kilomètres jusqu’à la frontière. Il faisait froid. On avait peur. On a passé presque deux jours et demi là-bas. À part mes documents, je n’avais rien du tout. J’avais mes documents et mes diplômes. En période de guerre, tout le monde est perturbé. Les rangs n’étaient pas respectés. On se bousculait de gauche à droite. Et ils disaient des mots blessant parfois. Je ne veux pas utiliser le mot de “racisme”. C’est quelque chose qui pèse trop lourd. Par contre, je peux souligner l’hospitalité polonaise qui vous demande si ça va, si vous n’êtes pas blessé. Ils te donnent de quoi te couvrir, à manger et prennent soin de toi. Ils nous traitent de la même façon que les Ukrainiens qu’ils étaient venus héberger aussi », a ainsi témoigné Taigau, sur Radio France International, un étudiant qui vivait à Kharkiv, dans l’est de l’Ukraine.

Pour information, les étrangers, originaires de pays hors Union européenne, peuvent rester seulement 15 jours sur le sol polonais, le temps d’aller vers d’autres destinations.

Par Le Point Afrique

angelo Mobateli

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