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La souveraineté alimentaire, utopie ou réalité ?

La pandémie de coronavirus a mis en lumière l’importance stratégique de l’alimentation. Les appels se multiplient pour rebâtir la souveraineté alimentaire et manger français. L’équation est complexe. Un article de notre partenaire,Ouest-France.

Avec des importations qui ont doublé depuis l’an 2000, la France affiche une dépendance alimentaire croissante. La relocalisation de ce secteur, valorisée durant le confinement, fait désormais partie de la feuille de route du gouvernement.

La souveraineté alimentaire, c’est quoi ?

Ce concept est apparu dans la sphère altermondialiste. Il s’oppose au modèle agricole intensif qui s’est développé au XXe siècle et éloigne le producteur du consommateur jusqu’à plusieurs milliers de kilomètres. La pandémie du coronavirus a montré les limites de cette longue chaîne d’approvisionnement. Pas de pénurie à grande échelle, mais un secteur mis sous forte tension. Depuis, la souveraineté alimentaire a resurgi. « Déléguer notre alimentation à d’autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle », a déclaré Emmanuel Macron le 12 mars. Il faut « investir dans notre indépendance agricole » a-t-il affirmé dans son allocution dimanche.

Quel est le degré d’autonomie de la France ?

Premier pays agricole en Europe, la France produit chaque année plus d’aliments qu’elle n’en consomme. Pourtant, sa dépendance alimentaire s’amplifie ! Près de la moitié des fruits et des légumes, un tiers de la volaille et un quart du porc consommés viennent de l’étranger. Depuis 2000, les importations ont quasi doublé (+ 87 %) tandis que les exportations ont augmenté de 55 %.

Prenons la farine : le confinement a provoqué des pénuries alors que la France est l’un des plus gros exportateurs de blé, car la moitié des sachets de farine grand public sont importés, notamment d’Allemagne et d’Italie. Certains produits sont forcément exotiques (café, chocolat, fruits tropicaux…). Mais Laurent Duplomb, agriculteur et sénateur (LR), l’affirme : « Une partie importante des produits importés pourrait être produite sur le territoire ».

Les stocks agricoles s’apprêtent à redevenir d’actualité

L’UE se prépare à modifier sa politique de stockage agricole alors que la crise sanitaire a fait ressortir les faiblesses de ses réserves.

Comment y parvenir ?

Relocalisation de productions, étiquetage des origines, appels d’offres favorisant le local dans les cantines, augmentation des prix, frein sur les traités de libre-échange, harmonisation des normes en Europe… Depuis trois mois, les tribunes et les plans de relance se multiplient. À chacun sa conception de la souveraineté alimentaire. La FNSEA, syndicat agricole majoritaire, refuse de tirer un trait sur le modèle actuel et demande un « pacte avec la société et l’État » pour assurer la transition écologique en échange de soutiens financiers. Des ONG (Confédération paysanne, Greenpeace…) dénoncent une « instrumentalisation de l’agriculture industrielle » et défendent un modèle paysan. Des arbitrages politiques sont attendus.

Par Fanette Bon | Ouest-France

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