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RDC-Affaire Minembwe : Muhindo Nzangi, un député national fort « honorable »

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Elu du Territoire de Lubéro, au Nord-Kivu, le député national Muhindo Nzangi Butondo est l’initiateur de l’interpellation du ministre de la Décentralisation et des réformes institutionnelles Azarias Ruberwa, réputé très proche de « Joseph Kabila ».

« L’affaire Minembwe » est une question qui touche non seulement la sécurité nationale mais aussi l’intégrité du territoire congolais. Un débat vigoureux, commencé le lundi 19 octobre 2020, à l’Assemblée nationale, s’est clôturé, mardi 27 octobre, par la réplique de l’interpellé.

Lors de la plénière du 19, tous les intervenants ont salué l’initiative prise par leur collègue Muhindo Nzangi Butondo. A titre indicatif, on retiendra les propos tenus par le député Guy Mafuta: « Cette initiative nous permet de réaffirmer notre appartenance à la nation congolaise. C’est une question nationale. Minembwe appartient au Congo. C’est la mort dans l’âme que nous apprenons les actes de barbarie qui s’y passent ». Comme il fallait s’y attendre, deux caciques du Fcc/Pprd se sont complaints dans le rôle de « l’avocat du diable ». Il s’agit de Felix Kabange Numbi et de Geneviève Inagosi. Ce sont les seuls parlementaires qui ont pris la « défense » de Ruberwa.

Accusé unanimement de « tricherie » et de « conflit d’intérêts » dans le processus d’érection de la localité de Minembwe, au Sud-Kivu, en « commune rurale », Azarias Ruberwa, ministre de la Décentralisation et réformes institutionnelles, a éprouvé du mal à démolir les griefs articulés à son encontre.

L’ART DE BOTTER EN TOUCHE

Azarias Ruberwa, ministre de la Décentralisation

L’interpellé a botté en touche en arguant qu’il était absent du gouvernement à partir de fin 2006 pour ne revenir qu’en 2016. On devrait, selon lui, interroger ses prédécesseurs. A savoir, Antipas Mbusa Nyamuisi et Salomon Banamuhere. Au nom de la continuité de l’Etat, il assume les actes de ses devanciers. En clair,« il a trouvé Minembwe sur la liste des agglomérations devant être élevées au rang de commune ». Le Premier ministre Adolphe Muzito a été le premier à signer le décret y relatif. Son successeur Augustin Matata Ponyo a fait de même en mai 2015. Le ministre n’a pas été capable d’expliquer sa présence dans la caravane de paix conduite par son collègue de la Défense. Caravane qui serait arrivée, « par coïncidence », à Minembwe juste au moment de l’installation du bourgmestre.

Au total, le ministre Ruberwa n’a pas convaincu. Il n’a pas été en mesure de donner des réponses précises aux questions des parlementaires. Les accusations de « tricherie » et de « conflit d’intérêts » sont restées inébranlables. Azarias a, par contre, dit son adhésion – avait-il le choix? – à l’envoi d’une commission d’enquête sur le terrain dans le sens annoncé à Goma par le chef de l’Etat. Il espère que les « commissaires » devraient examiner le cas de toutes les entités territoriales décentralisées. Pour lui, « le contraire serait un acte discriminatoire ». Le ministre de la Décentralisation feint d’ignorer que Minembwe est l’unique cas où une « communauté » d’allochtones, épaulée par des milices communautaires (Ngumino, Twigwaneo) tente de conquérir par la force des terres appartenant historiquement à des autochtones.

LES CONGOLAIS DE 2020 NE SONT PAS LES ZAIROIS DE 1997

Il importe d’ouvrir une petite parenthèse. Fatigués par la longue « transition démocratique » (1990-1997) sous la IIème République et divisés par le bras de fer entre le maréchal Mobutu Sese Seko et Etienne Tshisekedi wa Mulumba, le leader de l’UDPS, les Zaïro-Congolais ont accueilli à bras ouvert les « libérateurs » autoproclamés du 17 mai 1997. Ce n’est qu’après qu’ils découvriront que l’Afdl (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre) n’était qu’un « monstre » dont le « visage » était congolais (LD Kabila) tandis que le « corps » était rwando-ougandais.

C’est en 1998 que la rébellion pro-rwandaise du RCD va ériger la localité de Minembwe en Territoire. Le constat est là: les Congolais de 2020 ne sont pas les Zaïrois de 1997. On peut gager que sous la présidence de « Joseph Kabila » un tel débat parlementaire n’aurait jamais eu lieu. La très kabiliste Jeanine Mabunda, présidente de l’Assemblée, a dû admettre, mardi 27, qu’il n’y avait ni majorité ni opposition dans les discussions sur Minembwe. C’est une question nationale. Fermons la parenthèse.

Clôturant son interpellation mardi, Muhindo a demandé au ministre Ruberwa, ancien cadre du « canal historique » de l’Afdl, au même titre que « Joseph Kabila », de« démissionner de lui-même ».

« OFFENSE AU CHEF DE L’ETAT »

Le député national Muhindo Nzangi en tenue de « bagnard ».

Le député national Muhindo Nzangi a acquis sa « notoriété » suite à un événement fâcheux. Le 11 août 2013, des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR) l’ont arrêté manu militari avant de le transférer, tel un « colis postal » à Kinshasa. Quarante-huit après, c’est une Cour suprême de justice aux ordres qui le condamnera, en procédure de flagrance, à trois ans de prison ferme. Les accusations sont gravissimes: « atteinte à la sécurité de l’Etat » et « outrage au chef de l’Etat ».

A l’époque, le mouvement rebelle pro-rwandais du « M13 » faisait plus la pluie que le beau temps au Nord-Kivu. De passage à Goma, Muhindo est invité à un débat organisé par une radio de la place. Aux intervenants qui déploraient l’indolence de la brigade internationale de la Monusco pour éradiquer les groupes armés, le parlementaire dira ces mots:« Prenez-vous en charge ». Au grand dam du nouveau « raïs » « Joseph Kabila » dont l’attitude était plus qu’ambiguë à l’égard des combattants du M23. Des pistoleros « manipulés » par le maître de Kigali, dixit Patrick Karegeya, ancien chef du service rwandais de contre-espionnage.

Tous les regards sont désormais tournés vers la Présidence de la République et le gouvernement. Azarias Ruberwa démissionnera ou ne démissionnera pas? En attendant, il faut saluer le courage et l’esprit patriotique de Muhindo Nzangi Butondo, un député national qui mérite bien l’épithète « honorable ».

B.A.W. (Congo Indépendant)

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