Société

Problématique de la dot en RDC, un député national lance le débat


La République démocratique du Congo est une mosaïque de cultures. Chacune d’elles a sa façon de célébrer le mariage. Seulement, voilà que depuis un certain temps, celui-ci s’apparente à une activité lucrative. Un elu du peuple, le Député National Daniel MBAU lève l’encre en voulant proposer une loi qui fixe la dot à 500 $ en milieux urbains et 200$ en milieux ruraux.

Soudain, deux chercheurs en sciences sociales s’invitent au débat :
Le premier, c’est un sociologue, le Pr Philippe Doudou KAGANDA ( enseignant à l’université évangélique en Afrique) répond sans vergogne au député en indiquant que le titre matrimonial ou la dot est avant tout une transaction coutumière et non pécuniaire. D’où pour lui, insister sur le coût de la dot, c’est en faire l’élément central du mariage, et ériger un objet vendu ( la femme ou la fiancée) et l’acheteur ( l’homme, le fiancé). Ce qu’il qualifie d’ aberration et une déformation culturelle.
Pour ce sociologue, le discours de « prix » pour une transaction culturelle est déplacé car il n’y a pas de prix pour une femme, , c’est contre les valeurs d’égalité et de dignité humaine insiste t-il.
La dot est une cérémonie pour sceller le lien d’alliance entre les familles car en Afrique le mariage unit fondamentalement les familles et non les individus mariés. Ces derniers ne sont que des usagers, a t-il indiqué avant de conclure:
La réaction de l’anthropologue à cette réponse du sociologue ne s’est pas faite attendre. Pr Mwendanga Musengo Désiré, DG/INTS et enseignant à l’INA, car c’est de lui qu’il s’agit, répond à son tour à son collègue en des termes clairs, soutenant son argumentaire par des prescrits de la loi.
Il soutient que le code de la famille, en la partie qui traite du mariage, mérite d’être revu suite aux Trois Changements majeurs intervenus dans la pratique de la dot (chez les Bashi, par exemple):
1) la valeur dotale : on parle vaches, mais en réalité c’est l’argent qui compte; et le prix de la vache s’estime selon le niveau social.
2) la source de provenance : jadis c’est la famille du marié qui assurait la dot pour le fils. Aujourd’hui, l’intéressé se débrouille lui-même pour la réunir, puis implique la famille au moment de la remise.
3) le sens : jadis, la dot ne pouvait se diluer ; elle servait de compensation, permettant à la famille de la fille (qui ne bénéficiera plus de ses services ) d’avoir la possibilité de payer la dot pour son fils qui pourra ramener dans la famille une autre femme qui vient combler le vide créé par le départ de la soeur. Et de surcroît, unissait les deux familles. Aujourd’hui, nenni. La dot se dilue avant même que le mariage ne soit consommé.
Le professeur Mwendanga Musengo rappelle à son collègue la genèse de la dot. Il dit que toutes les sociétés primitives s’en sont servies en guise d’acte matrimonial. C’est ce qui explique son caractère public. De nos jours, cet acte est assuré par le certificat de mariage qu’on obtient à la commune. C’est pourquoi les pays développés ont abandonné cette pratique.
L’institut national du travail social qu’il dirige documente chaque année que la plupart des enfants de rue à Kinshasa sont issus des couples dénommés « yaka ~ tovanda « ; ces mariages ~ de ~ fait sont la résultante d’une dot qui a fait défaut. Ceci vulnérabilise des individus.
Lanthropologue Mwendanga encourage le député dans sa démarche, et le suggère plutôt qu’il fasse sortir du code de la famille, le caractère obligatoire de la dot tel que stipulé dans ces deux articles:
L’art. 361: le mariage ne peut être célébré que si la dot a été effectivement versée ;
L’art 426: est nul le mariage contracté sans convention relative à la dot.
Pour une fois, un projet de loi en gestation peut bénéficier d’un argumentaire scientifique au profit de la société.

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