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Allemagne, les Verts à moitié pleins…

Devenu une force politique incontournable, le parti des Verts pourrait-il conquérir la Chancellerie? Les marchés ne semblent pas s’en émouvoir.

Tandis que les Chrétiens Démocrates se déchiraient, c’est à la quasi-unanimité que les Verts ont désigné Annabela Baerbock comme leur candidate à la succession d’Angela Merkel aux élections du 26 septembre 2021. Un récent sondage a couronné ce choix, en conférant un net avantage à son parti avec 28% d’opinions favorables contre 21% seulement à la CDU/CSU1.

Au pays des coalitions multicolores, le parti des écologistes est déjà présent dans 11 des 16 gouvernements des Länders du pays, et à la tête de l’un d’entre eux, gouvernant tantôt avec la CDU/CSU, tantôt avec le SPD, ou encore le FDP, sans pour autant sembler se galvauder, mais en ayant acquis une réelle expérience dans la conduite des affaires publiques. Né dans les années 80, le parti des Verts, allié au SPD, participe au gouvernement de Gerhard Schröder, représenté entre autres par Joschka Fischer, Vice-Chancelier et Ministre des Affaires Etrangères. En remportant pour la troisième fois consécutive la présidence du Bade-Wurtemberg (siège de Daimler et SAP entre autres), les Verts sont plébiscités pour leur pragmatisme et leur capacité à combiner les enjeux écologistes avec la politique industrielle du pays. Ainsi, le parti écologiste allemand incarne le modèle de la synthèse réussie entre les diverses tendances qui le composent, adoptant ces dernières années un programme qualifié de centre-gauche, propre à rallier une plus large majorité, tout en se rapprochant ouvertement des milieux économiques du pays.A tous points de vue, les écologistes allemands sont dans l’air du temps.

Ainsi, les positions et le programme du Parti des Verts apparaissent plus nettement en phase avec la majorité du pays. Déjà clairement rallié à l’Union Européenne, le programme des Grünnen reconnaît désormais officiellement «la primauté de l’économie de marché» tout en appelant à sa régulation et en centrant son ambition sur la prise en compte des externalités négatives, c’est-à-dire la taxation du carbone. Plutôt que de dangereux trublions, les Verts à la Chancellerie d’Allemagne ne deviendraient-ils pas les moteurs les plus crédibles de la politique européenne en matière climatique?

A tous points de vue, les écologistes allemands sont dans l’air du temps. Il faut dire aussi que certaines des décisions d’Angela Merkel, comme l’arrêt de la production nucléaire après Fukushima en 2011, ont probablement contribué à sensibiliser l’opinion publique aux thèses du parti. Empiétant sur le projet traditionnel des sociaux-démocrates – qui ont par ailleurs souffert de leur alliance avec la CDU ces dernières années – les Verts prônent le renforcement des politiques sociales et de soutien aux plus défavorisés. Alliant enfin leur rejet des industries traditionnelles et polluantes – que sont la chimie, l’automobile et les machines-outils – qui ont fait la force du pays, à la promesse d’un programme national et européen de relance de l’investissement vers la transformation digitale et l’énergie décartonnée, le programme des Verts entend répondre aux attentes des électeurs au sortir de la récession liée à la pandémie.

Et après tout l’Allemagne en a les moyens et son plan présenté à la Commission Européenne en inscrivant près de 80% des fonds du plan de relance européens à la politique de protection du climat, n’a rien pour contrarier le parti d’Annabela Baerbock (même s’il n’a pas manqué de le critiquer). De plus, l’Allemagne a encore les poches pleines: l’augmentation de près de 370 milliards d’euros de sa dette publique, si elle angoisse les comptables publics, laisse encore celle-ci à des niveaux parfaitement acceptables (à peine 70% du PIB), et même confortables au regard de la dette de la France ou de l’Italie, ses principaux partenaires européens.

Rien n’est encore acquis, alors que l’exaspération monte dans le pays, que la percée de l’AfD semble irrésistible, et que le patronat exprime encore son scepticisme, voire ses réticences, à l’égard des propositions vertes. Cependant à six mois de l’échéance, c’est devant Annabela Baerbock que le tapis de la victoire, rouge cette fois-ci, pourrait se dérouler.

Par Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

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