Nation

La réappropriation des institutions et des appareils répressifs de l’État, une nécessité pour l’émergence politique et économique de la R.D.CONGO (Par Innocent BUGANDWA)

LA REAPPROPRIATION DES INSTITUTIONS ET DES APPAREILS REPRESSIFS DE L’ETAT. UNE NECESSITE POUR L’EMERGENCE POLITIQUE ET ECONOMIQUE DE LA RDCONGO.

Par Bugandwa Zigabe Innocent

Depuis les élections de 2011, on a assisté à la caporalisation des institutions de l’Etat ainsi que de ses appareils répressifs et idéologiques. Depuis ces élections, Monsieur Joseph Kabila et sa famille politique étaient l’articulation centrale du fonctionnement de l’Etat. Tout était fait par eux et pour eux. On a ainsi assisté aux modifications cavalières de la constitution, à l’utilisation souvent abusive et en toute impunité de la police et de la justice. Les manifestations non violentes pour exiger l’alternance politique ont été réprimées dans le sang. Quoi qu’il en soit, et comme l’avait prédit l’une des victimes de l’usage abusif de la violence de l’Etat, Monsieur Rossy Mukendi, le peuple gagne toujours.

Les pressions conduites par les confessions religieuses avec en tête l’Eglise catholique et l’Eglise du Christ au Congo, ont, malgré cette répression abouti au départ de Monsieur Joseph Kabila. Celui a quitté le pouvoir sans le quitter.

En effet, Joseph Kabila n’a pas quitté le pouvoir sans au préalable positionner quelques officiers qui lui étaient proches. Des dizaines d’officiers sont promus en grade. Le chef d’Etat Major est remplacé par le général Célestin Mbala, le général Numbi devient inspecteur général des FARDC, pendant que le général Amisi dit Tango four et le feu général Delphin Kayimbi prennent la tête des renseignements militaires. Dans la foulée, les généraux et autres officiers militaires sont dotés des véhicules Prado à titre personnel et pour un usage privé et officiel comme l’affirme un général en charge de la distribution dans la troisième zone de défense à Goma. D’aucun voit dans ce geste un achat des conscience.

La justice n’est pas en reste. Monsieur Alexis Tambwe Mwamba trône sur le Ministère de la justice à sa tête et ne se prive pas de manier les dispositions constitutionnelles (Articles 149 et 151) et celles du code d’organisation et des compétences judiciaires (Article 10) qui lui reconnaissent un pouvoir d’injonction sur le parquet. Les opposants à Joseph Kabila seront systématiquement arrêtés, détenus ou contraint à l’exil. Le système de justice, y compris la cour constitutionnelle sont contrôlés par le pouvoir en place. La Commission Electorale Nationale Indépendante est gérée de façon peu orthodoxe par un président et son vice-président issus du parti politique du chef de l’Etat.

En janvier 2019, la RD Congo assiste à sa première passation pacifique du pouvoir. Mais le Président de la République et son allié Vital Kamerhe doivent évoluer dans un écosystème politique et sécuritaire intégralement miné et acquis à son prédécesseur qui comme par enchantement, détient la majorité au Parlement National et dans quasiment toutes les assemblées provinciales. Dans cet environnement qui est entièrement sous emprise, le Chef de l’Etat subi quotidiennement les brimades et les insultes des chefs des différentes institutions. Il est dans l’impossibilité de mettre en œuvre sa politique. Le besoin de se débarrasser de la coalition FCC/CACH s’impose.

Il faut déconstruire le système hérité du FCC pour reconstruire un système qui permette au Président d’avoir une marge d’action plus grande. Ceci par la « décaporalisation » des appareils répressifs de l’Etat ainsi que des institutions de la République.

Des actions courageuses sont prises. Les nominations sont faites aussi bien dans l’armée qu’au sein de la magistrature au grand dam du FCC. Toutes les hautes juridictions sont dotées de nouveaux animateurs. L’ordonnance n° 20/38 de mai 2020 portant nomination des officiers bien que timidement, annonce le souci pour le chef de l’Etat de remettre l’armée au service de la Nation plutôt que d’un individu ou des groupes d’individus

Des plaintes s’élèvent au sein de la famille politique de l’ancien chef de l’Etat. Elles relèvent des violations de la constitution et d’autres textes légaux. La société civile dénonce la  terreur, l’intimidation et la corruption notamment lors de la constitution de la nouvelle majorité au parlement. On se plaint du fait qu’un sénateur doive vivre en clandestinité parce qu’il continue à soutenir sa plateforme politique. On se plaint du fait qu’un bureau provisoire ait le pouvoir de statuer sur une motion de censure et puisse déchoir un gouvernement alors que l’article 13 du Règlement intérieur de l’Assemblée Nationale limite exhaustivement ses missions. On se plaint du fait qu’en violation de l’article 24 du Règlement précité, qui fixe les critères pour postuler au bureau de l’Assemblée nationale, les candidatures de certains députés aux différents postes du bureau de l’assemblée nationale aient été rejetées. Pourtant la disposition sus évoquée n’a prévu ni le consentement du parti, ni l’appartenance à une majorité comme critères pour être éligible au bureau de l’assemblée nationale.

Ces forcings juridiques récurrents sont à coup sûr applaudi par la population qui dans son ras le bol envers le régime précédent, espère faire un grand bond vers une véritable démocratie et vers le progrès social. La tolérance de ces atteintes aux droits ne se justifie que par le désir profond de la population d’accéder à davantage de bien-être.

Cependant les congolais n’attendent pas renoncer indéfiniment à leurs droits civils et politiques. Ce qui signifie que les congolais espèrent qu’à l’issue de cette période d’éviction du FCC, où l’exercice de leurs droits civils et politiques semble être suspendu comme en période d’urgence ou en état de guerre, les violations des textes légaux, les atteintes aux droits des particuliers devraient s’arrêter et que dès la mise en place du nouveau gouvernement, on assisterait à moins d’usage abusif de la force légitime de l’Etat mais à l’émergence progressive d’un véritable État de droit, État dans lequel tous les citoyens quels que soient leurs rangs leurs appartenances politiques et leurs statuts seraient soumis à la loi. A l’issue de ce processus, toutes les institutions de la République devraient retrouver leur fonctionnement normal sans qu’il y en est une qui écrase les autres. Les sénateurs dont l’honorable Eric Rubuye, devraient pouvoir reprendre en toute sérénité leur session. A l’issue de ce processus, on devrait pouvoir assister aussi aux actions de mise en œuvre de la politique du chef de l’Etat. Une identification effective de la population basée sur l’état civil, une numérisation effective de l’administration publique. L’acquittement du Président de l’Union pour la Nation Congolaise dont le procès apparait de plus en plus comme une des nombreuses manœuvres du FCC pour l’affaiblissement du Chef de l’Etat, serait un signal fort d’une justice qui a recouvré son indépendante.

A l’issue de ce processus d’éjection de Kabila et du FCC, la population devrait assister à une maîtrise du cadre macro-économique qui serait caractérisée par la réduction de l’inflation et le renforcement du pouvoir d’achat du citoyen, l’assainissement du climat des affaires. On s’attend à la survenue d’une économie endogène et autogérée, une économie qui encourage et protège la production locale, la transformation et l’exportation. La population espère une exploitation minière qui contribue à l’élargissement de l’assiette fiscale, par une lutte effective contre la fraude minière sur l’ensemble du territoire National et particulièrement dans les provinces de l’Est.

La population congolaise attend assister à une lutte réelle contre le chômage grâce à la poursuite de la réforme de l’administration publique et surtout à l’arrivée des tant attendus investisseurs occidentaux.

Les populations Congolaises notamment celles de Beni, de l’Ituri et du Sud Kivu devrait pouvoir vivre sur un territoire national totalement sécurisé à travers la mise en œuvre effective des lois de programmation de l’armée, de la police et de la justice. Aussi, les animateurs des services de sécurité (police, armée, justice et service de sécurité) doivent remettre leurs épées aux fourneaux car si après l’achèvement en cours de la constitution de l’Union Sacrée, les répressions contre les individus et les atteintes aux textes de lois sont relevées par les organisations des droits de l’homme nationales et internationales, l’opinion aura la triste impression d’avoir cautionné le surgissement d’un régime totalitaire qu’elle a combattu depuis 1960 à coté de ses héros nationaux dont Monsieur Etienne Tshisekedi wa Mulumba.

Les congolais espèrent vivement qu’avec l’avènement du prochain gouvernement, l’Etat va prendre en charge le transport (réhabilitation/construction des infrastructures routières ainsi que les routes de desserte agricoles), et que l’accès aux soins de santé de qualité ainsi que la gratuité de l’éducation seront effectifs.

Bref, dans un délai relativement court, les congolais et leurs dirigeants, désormais débarrassés de tout entrave, pourront se mettre debout et unis dans l’effort pour l’indépendance politique et économique de notre beau pays.

C’est uniquement quand ils se rendront compte que le pouvoir en place privilégie désormais ses intérêts et ses droits que les congolais seront rassurés et feront confiance au régime. Ils pourront ainsi tirer profit des sacrifices consentis au cours de ces quatre derniers mois pour réduire les influences néfastes du système mis en place par le régime précédent.

Les prochains animateurs des institutions du pays, (Ministres, députés nationaux/provinciaux, sénateurs) ont chacun la lourde responsabilité d’aider le chef de l’Etat à réaliser les promesses faites à la population congolaise pendant et après les élections de 2018.

BUGANDWA ZIGABE Innocent

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