RDC-Inga III : Fatshi remet les compteurs à zéro, les Espagnols abandonnent

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En partenariat avec la Banque africaine de développement, la RD Congo se prononce en faveur de la version initiale du projet Inga 3 (4800 MW) et relance la procédure de recrutement des développeurs. Les Espagnols, hier en pole position, jettent l’éponge.

Lors d’un atelier organisé les 13 et 14 janvier 2020 à Abidjan (Côte d’Ivoire), avec la Banque africaine de développement (BAD) et d’autres bailleurs de fonds, Kinshasa a adopté une nouvelle feuille de route pour le projet de barrage sur le fleuve Congo Inga 3 eta relancé le processus de recrutement d’un développeur.

Les participants se sont prononcés en faveur du retour au schéma initial approuvé en 2013 par la BAD, dont les études de faisabilité sont terminées, d’un barrage et d’une centrale hydroélectrique de 4 800 MW, dont le coût, y compris les interconnexions vers l’Afrique du sud, est d’environ 14 milliards de dollars.

La feuille de route prévoit aussi un état des lieux général ainsi qu’une revue de la demande d’électricité qui en 2013 faisait l’objet de la clé de répartition suivante : Afrique du Sud (2 500 MW), industrie minière du Katanga (1.300 MW) et réseau national (1 000 MW). Les discussions d’Abidjan ont aussi porté sur le partage d’expériences sur le montage des projets en partenariat-public-privé.

L’heure est à la recherche de nouveaux partenaires, qui doit faire l’objet d’un nouvel appel d’offres ouvert, organisé avec des conseillers juridiques, techniques et financiers, agréés et financés par la Banque africaine de développement (BAD).

On voyait venir cette décision depuis le discours sur « l’Etat de l’Union », du 13 décembre 2019. du Président Félix Tshisekedi, alias « Fatshi ». Jouant la carte du réalisme, il s’était prononcé pour une réalisation par phases du projet de 4.800 MW d’abord, puis de 7.500 MW et de 11.000 MW seulement.

A Abidjan, non seulement le formatking size cher à Kabila a été revu à la baisse mais, en outre, le choix des partenaires a été remis en question de même que la procédure de sélection.

En 2017, l’Agence pour le développement et la promotion du projet Grand Inga (ADEPI) avait attribué le projet de gré à gré à un consortium sino-espagnol, formé par les représentants des deux groupements concurrents dirigés respectivement par l’espagnol Actividades de Construcción y Servicios (ACS) du Président du Real Madrid, Florentino Pérez, et par la firme chinoise Three Gorges International.

L’aveu par la partie chinoise en septembre de leur mésentente a sonné le glas du projet.

Le camp Kabila a dû se résigner. Malgré les proclamations d’intérêt de l’Angola pour 5.000 MW et de l’Afrique du Sud pour une capacité supplémentaire de 2.500 MW, le problème demeurait de savoir comment financer un méga-projet représentant un coût minimum de 18 milliards de dollars, interconnexions comprises, dans sa version la plus ambitieuse.

Preuve que la donne a changé: d’autres acteurs ont fait leur entrée sur la scène. A Abidjan, la RD Congo était représentée par le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Énergie, Eustache Muhanzi, membre de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) du dircab du Président Vital Kamerhe à côté du ministre des Finances, José Sele Yalaghuli, partisan du camp du « président honoraire » Kabila.

De plus en plus, le conseiller principal en charge des Mines et de l’Énergie de la présidence, Michel Eboma, a la main sur le dossier. L’homme est l’ancien avocat de l’Union pour la démocratie et le Progrès Social (UDPS), le parti de l’actuel président, Felix Tshisekedi.

En outre, le camp de Fatshi a été conforté par la position de l’ex-PDG de la Société nationale d’électricité (SNEL) Maximilien Munga, en faveur d’un retour au raisonnable.

En revanche, l’étoile du chargé de mission, à la tête de l’ADEPI, Bruno Kapandji, nommé par Kabila, a pâli.

Restent quelques inconnues : comment Félix Tshisekedi expliquera-t-il à l’Angola et à l’Afrique du Sud qu’il doit décliner leurs manifestations d’intérêt pour acquérir l’électricité d’Inga.

Si l’on ignore encore quelle sera la réaction des Chinois, relégués à la case départ, les Espagnols ont jeté l’éponge. Ce mardi, l’agence Bloomberg répercute un courrier du porte-parole d’ACS, annonçant que le groupe ibérique, « ne participerait pas à l’exécution du projet ».

A défaut d’explication du groupe espagnol, Bloomberg avance qu’ACS comme les Chinois, pensent que la version modèle réduit d’Inga 3 à 4.800 MW ne serait pas viable économiquement. Les Etats-Unis reviendront-ils dans le match, à la faveur de l’échec des Chinois et des Espagnols ? Rien ne le garantit. Pour ce faire, il faudrait annuler la décision du Congrès de 2014 hostile au financement de grands barrages.

Par François Misser (lalibre.be)

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