UE : Jean-Claude Juncker prend congé de l’Europe

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Lors de son ultime conférence de presse, le président sortant de la Commission européenne a dit regretter l’échec du système du « Spitzenkandidat », qui lui avait permis de décrocher le poste en 2014.

Ne pas appliquer la procédure du « Spitzenkandidat » en 2019 « était une erreur », a déclaré Jean-Claude Juncker en répondant à une question d’Euractiv, ajoutant que ce système constituait « un petit pas vers la démocratie ».

C’est à l’issue de ce processus que lui-même avait été élu à la tête de l’exécutif européen. Selon cette procédure, le Conseil européen doit respecter le résultat des élections européennes en proposant à la présidence de la Commission l’un des « Spitzenkandidaten » (candidats principaux) des partis politiques européens.

Le Luxembourgeois avait été soutenu par les chefs d’État de l’UE après que le Parti populaire européen, la famille politique à laquelle il appartient, avait remporté les élections européennes en 2014, et ce malgré l’opposition de la Hongrie et du Royaume-Uni.

Ursula von der Leyen, qui lui a succédé dimanche 1er décembre à la tête du collège des commissaires, n’était pas en lice durant le scrutin européen du mois de mai dernier. Elle a été choisie par les dirigeants de l’UE lors d’un sommet de trois jours en juillet, après qu’ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour désigner l’un des « Spitzenkandidaten ».

Son élection a été vivement critiquée par le Parlement européen, qui a accusé les dirigeants de l’UE d’avoir procédé à des « négociations d’épiciers à huis clos ».

Après avoir obtenu une faible majorité en faveur de sa candidature en juillet, Ursula von der Leyen a finalement vu sa Commission gratifiée d’un large soutien du Parlement européen le 27 novembre.

Le Parlement adoube la nouvelle Commission européenne

Le nouvel exécutif d’Ursula von der Leyen, qui se veut l’instigateur d’un « nouveau départ pour l’Europe », a été approuvé par le Parlement mercredi 27 novembre à une large majorité de 461 voix pour, 151 contre et 89 abstentions.

Dernière préoccupation

Avant de présider l’exécutif de l’UE, Jean-Claude Juncker avait été Premier ministre du Luxembourg pendant 18 ans et avait présidé l’Eurogroupe pendant près d’une décennie.

Lors de sa dernière conférence de presse en tant que chef de la Commission, Jean-Claude Juncker n’est pas revenu sur son bilan. Il avait déjà passé en revue ses réalisations et ses échecs au cours des derniers mois, après son dernier sommet en octobre, puis devant le Parlement européen.

Il avait alors admis des regrets pour avoir évité la presse lors de l’éclatement du scandale LuxLeak et pour avoir gardé le silence pendant la campagne référendaire au Royaume-Uni qui a conduit au Brexit.

Il considère également l’absence de progrès dans la réunification de Chypre comme un échec. La mauvaise gestion de la crise migratoire et l’Union économique et monétaire toujours inachevée doivent aussi être inscrites à son passif.

Au chapitre des succès, le président sortant a salué le travail accompli par sa Commission pour créer des emplois, développer l’Europe sociale, renforcer la croissance de l’UE au lendemain de la crise financière de 2008 et, dans ce contexte, empêcher la Grèce de quitter la zone euro.

Interrogé sur la détérioration de l’État de droit au cours de son mandat, Jean-Claude Juncker a admis être très inquiet. « Dans plus d’un pays, la primauté du droit n’est pas suffisamment respectée », a-t-il déploré. Sa Commission a lancé des procédures administratives ou juridiques contre la Pologne, la Hongrie et la Roumanie concernant des violations des normes démocratiques de base.

La Cour de Justice de l’UE retoque la réforme judiciaire en Pologne

L’abaissement de l’âge de la retraite des juges polonais contrevient à la loi européenne. Cette décision creuse un peu plus le fossé entre Bruxelles et Varsovie en matière de normes démocratiques.

Jean-Claude Juncker a rappelé que son prédécesseur à la tête de l’Eurogroupe, le Français Jean-Claude Trichet, se disait « très préoccupé » chaque fois qu’il voulait attirer l’attention des ministres.

« J’emploie les mêmes termes au sujet de l’État de droit : je suis très inquiet », a-t-il déclaré en guise d’avertissement.

Il n’a toutefois pas commenté le cas de Malte, où les enquêtes sur l’assassinat de la journaliste d’investigation Daphne Caruana semblent désigner le gouvernement en place. « Je n’ai ni les détails ni les éléments pour formuler une réponse », a indiqué le président sortant de la Commission.

Pas de conseil pour Ursula von der Leyen

Dimanche 1er décembre, les nouveaux dirigeants de l’UE ont célébré le 10e anniversaire du traité de Lisbonne dans la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles.

Ce fut le premier acte officiel des nouveaux présidents du Conseil européen et de la Commission, Charles Michel et Ursula von der Leyen, qui ont, ce jour-là, officiellement pris la relève de Donald Tusk et Jean-Claude Juncker.

Lorsqu’on lui a demandé s’il allait laisser une lettre avec des recommandations à l’attention d’Ursula von der Leyen – comme le font souvent les présidents américains -, Jean-Claude Juncker a répondu qu’il n’en avait pas trouvé en 2014 et qu’il n’en laisserait aucune.

« Je ne me permettrais pas de donner des conseils à Mme von der Leyen sur la manière dont elle doit passer ses nuits au Berlaymont », a déclaré le président sortant de l’exécutif de l’UE. Il lui a cependant adressé un message : prenez soin de l’Europe.

Laissant affleurer une dernière fois sa personnalité insolente et peu conventionnelle, Jean-Claude Juncker a brusquement mis fin à son ultime conférence de presse par ces mots : « J’ai faim ! »

. Luxembourgeois prend sa retraite après plusieurs décennies passées dans les hautes sphères de la politique européenne. En octobre dernier, après son dernier Conseil européen, l’émotion avait brisé sa voix alors qu’il déclarait : « Je resterai fier jusqu’à la fin de ma vie d’avoir servi l’Europe».

Par Beatriz Rios (EurActiv)

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