Belgique et Congo-Kinshasa: communication politique fondée sur les archives coloniales

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Bob Bobutaka Bateko, Professeur-docteur et spécialiste de la mémoire coloniale du Congo-Belge

bobbobutaka@yahoo.fr

Tel. 00243999924196

Introduction

Le Congo-Léopoldville n’est pas le seul pays colonisé au monde et toute entreprise coloniale est d’abord au service du pouvoir colonial ; c’est la raison pour laquelle le 30 juin 1960, la République du Congo a été déclarée le pays décolonisé. De ce fait, la Déclaration de l’indépendance du Congo stipule que : Le Congo accède, ce jour, en plein accord et amitié avec la Belgique, à l’indépendance et à la souveraineté internationale. Cet acte de la décolonisation du Congo est l’expression de la reconnaissance de la colonisation du pays de Simon Kimbangu ; il est teinté du reflet de l’harmonie en termes de l’amitié entre le Congo et la Belgique.

Nous tendons vers le soixantième anniversaire de la célébration de l’indépendance de l’ancien Congo belge, mais nous avons observé que les relations entre la République Démocratique du Congo et le Royaume de Belgique sont émaillées de plusieurs turbulences au lieu d’être un cadre de rapprochement responsable de ces deux nations partageant une mémoire coloniale commune de 81 ans (avec le roi Léopold II (29 ans) : 1879[1]-1908 et la Belgique (52 ans) : 1908-1960),laquelle ne saura être effacée, malgré les intentions et les turpitudes politiciennes de certains leaders.

Notre heuristique a démontré que l’intérêt de la Belgique, sinon des Belges au Congo date de l’œuvre du Portugais Diego Cao. Ce faisant, on note qu’en 1482, cette exploration portugaise « (…) a suscité notamment les activités économiques intenses ayant ainsi nécessité l’installation d’autres Européens, notamment les Hollandais et le premier Belge, Pierre Van Brouk, un commerçant qui s’y établit vers 1582 au Royaume Kongo. Plus tard,  en 1661, une mission de l’Église des frères capucins des princes belges arriva au Congo. Les capucins sont des religieux catholiques appartenant à une de nombreuses réformes de l’ordre de Saint François d’Assises: les frères mineurs capucins »[2].

A ce stade, il y a lieu de mentionner que le mot Congo est la déformation du concept Kongo (Royaume Kongo). 

1. Les archives coloniales

        Les archives sont le dénominateur commun entre l’Histoire, l’Archivistique et l’Archivologie. Si l’archiviste doit voir, lire, entendre et ne doit pas parler ; tel est le credo imposé à l’archiviste par l’historien dans la mesure où ce dernier était le seul à pouvoir faire parler les archives pour construire et expliquer scientifiquement les faits historiques. Cependant, avec l’émergence du profil d’archivologue, les archives doivent être exploitées judicieusement pour aussi participer à la construction des schèmes mémoriaux et scientifiques en vue d’expliquer les événements ou les activités aussi bien de la gestion que des considérations historiques et génétiques. Ainsi, il importe de souligner que l’archivologue doit exploiter rationnellement ses matériaux d’étude :les archives, afin de construire des schèmes philosophiques et archivologiques fondés sur la connaissance systématique de celles-ci.

        Nous avons défini les archives comme « (…) les informations cristallisées qui émanent des activités de toute personne morale ou physique dans une approche de matérialité, d’immatérialité et de dématérialisation ainsi constituées, traitées, conservées et communiquées à des fins de la gestion, de l’identité et de la connaissance de celle-ci »[3].

        La colonisation étant une activité, conséquemment, elle doit générer les documents d’archives pour ainsi justifier son activisme entrepreneurial. Et parmi les activités coloniales, nous pouvons énumérer entre autres : la gestion des territoires et l’administration des entités ainsi que l’économie, la justice, l’enseignement, la fin de l’esclavage, l’expansion du christianisme, la maîtrise des maladies tropicales, etc.

Certes, lorsqu’il s’agit des archives précoloniales, nous mettons aussi dans ce lot, les archives produites notamment entre le Portugal et le Royaume Kongo ainsi que les documents élaborés entre les Empires et les autres Royaumes avec le monde extérieur : les arabes, les explorateurs européens, etc. qui se trouvaient dans les futurs territoires de l’administration politique dénommée l’Association Internationale du Congo.

2. La communication politique entre la colonisation et la décolonisation

La compréhension du champ communicologique dénommé, communication politique, nécessite la maîtrise de deux concepts : communication et politique. Ce dernier est un terme androgyne, au singulier masculin, le politique« est un principe, un besoin inné de la nature humaine. En effet, étant donné la pérennité des relations conflictuelles au sein de la société, il se crée dans celle-ci un besoin naturel d’assurer l’ordre et le règne des fins (…) »[4]. Le politique est aussi la personne qui fait la politique. Quant au mot politique au féminin, il est un ensemble des options prises par le gouvernement d’État dans les domaines relevant de son autorité. C’est aussi la manière d’exercer l’autorité dans un État ou une société. Et s’agissant de la communication, elle prône la relation, l’interaction, la mise en commun, etc.

Du point de vue sémantique, il y a eu l’évolution de l’expression communication politique, en effet, « Au départ, elle désignait l’étude de la communication du gouvernement vers l’électorat, puis l’échange des discours politiques entre les détenteurs du pouvoir et l’opposition. Par la suite, elle s’est élargie à l’étude du rôle des médias dans la formation de l’opinion publique, ensuite à la réflexion sur l’influence des sondages sur la gestion de la cité. De nos jours, la communication politique englobe l’étude du rôle de la communication dans la vie politique au sens large en intégrant aussi bien les médias que les sondages, le marketing politique et la publicité avec un intérêt particulier pour les périodes électorales. Et enfin, avec la prise en charge de la bibliologie dans l’épistémologie des sciences de l’information et de la communication, la communication politique (…) épouse aussi les études relatives aux aspects de la bibliologie politique, de la bibliographie politique, de l’archivologie et de la légistique »[5].

Il est aussi important d’exploiter le schème émis par Dominique Wolton préférant une définition plus restrictive de la communication politique, en ce sens qu’elle est « l’espace où s’échangent les discours contradictoires des trois acteurs qui ont la légitimité à s’exprimer publiquement sur la politique et qui sont les hommes politiquesles journalistes et l’opinion publique à travers des sondages »[6].

Pour le professeur congolais Jean-Baptiste Mamba, la communication politique « désigne tout processus d’échange d’informations, de messages et/ou de symboles entre les acteurs politiques qui, par le biais des structures de transmission informelles ou spécialisées et différenciées, tentent de s’influencer réciproquement en vue de susciter l’adhésion à un certain type d’organisation de la Cité dont ils se réclament »[7].

La corrélation entre la politique et les archives est aussi fondamentale à telle enseigne que l’apport de la politique aux archives est souvent mis en évidence pour l’incidence de la bonne gestion des archives alors que les archives comme support politique sont à peine voilées dans une auréole d’une administration de développement. Les archives sont un outil indéniable pour la démocratisation de la cité au moyen des audits responsables, de l’administration de la justice, de la maîtrise des effectifs de la fonction publique, etc. Elles permettent la connaissance de son identité avec la traçabilité généalogique, comme l’a soutenu l’archiviste Canadien Jean-Pierre Wallot lors du colloque organisé sur la législation archivistique au Canada pendant la décennie 1990. La relation entre la politologie et l’archivologie peut se résumer en ce que les archives « sont fondamentalement au service de la communication politique ou dela communication administrative »[8].

En Afrique, il y a plus d’hommes forts que d’institutions fortes. Cet état des choses affaiblit les Etats africains. Et autant les médias internationaux cimentent la cohésion continentale, autant ils réconfortent les hommes forts par des émissions politiques affaiblissant ainsi les institutions fortes.

S’agissant de la communication politique pendant la colonisation, nous considérons que les archives coloniales ont joué un rôle fondamental pour asseoir les stratégies politiques et de comprendre les relations, voire les interactions entre les colons et les colonisés.

Quant à nous, la communication politique doit avoir un contenu holistique et systémique mettant en exergue toutes les interactions de la gestion de la cité. Celle-ci doit être un processus d’échange d’informations, de messages entre les acteurs politiques qui, par le biais des structures de transmission formelles, informelles ou spécialisées et différenciées, tentent de s’influencer réciproquement en vue de susciter l’adhésion à un certain type d’organisation de la Cité dont ils se réclament. Dans cet ordre d’idées, la « communication politique s’intéresse aussi bien à labibliographie politique qu’à la bibliologie politique»[9].

La bibliographie et la bibliologie sont des disciplines d’observation, de description et d’explication des phénomènes relatifs à l’écrit et à la communication écrite. L’entreprise coloniale avait aussi, comme outil stratégique, la communication politique. En considérant la communication comme un système interactif entre Emetteur-Récepteur avec la réciprocité des effets psychosociologiques, et la politique comme un système interactif, d’une part, entre les acteurs politiques et d’autre part, entre le gouvernant et le gouverné pour la cohésion et le développement de la cité ; la politique est donc la communication.

Enfin, nous avons appris et exploité que le savant belge Paul Otlet était contre l’œuvre de la colonisation au Congo. Pour ce faire, nous avons écrit qu’« Il a cherché à aller à contrecourant de la colonisation, notamment avec sa publication de 1888 qui a négativée l’establishment de la Conférence de Berlin de 1885. Cette approche est l’une de nos motivations pour construire une théorie de la communication citoyenne qui se traduit comme le modèle d’analyse et d’explication des phénomènes en rapport avec des revendications citoyennes contre les détenteurs du super pouvoir. La communication citoyenne se différencie de la communication politique qui s’intéresse à faire une grande partie la communication pour asseoir le pouvoir de l’establishment »[10].

3. Le Congo à travers la première exploration d’Henry Morton Stanley

La deuxième expédition africaine de Stanley a permis la collecte d’informations sur le Congo, avec une approche des mouvements de l’Est à Ouest, en vue de sa mise en forme étatique.

Henri Morton Stanley que nous avons qualifié de l’un des créateurs du Congo est l’élément moteur pour que le roi des Belges Léopold II arrive à asseoir son entreprise au cœur de l’Afrique. Pour ce faire, nous avons écrit : « La République Démocratique du Congo et la République du Congo sont deux pays émanant fondamentalement de l’Acte de Berlin de 1885. Le premier Etat a été l’œuvre du souverain des Belges, Léopold II avec l’appui considérable du Britannique Stanley ; le second État est une œuvre française, fruit de l’explorateur français, Pierre Savorgnan de Brazza »[11].

        A ce stade où nous faisons allusion aux deux Congo, il sied de dresser l’histoire toponymique de la République Démocratique du Congo, en fait, « Pour rationaliser cette dimension onomastique, notons que l’ancien Congo Belge a connu huit appellations :  (1) Association Internationale Africaine ou Association Internationale pour l’Exploration et la Civilisation de l’Afrique centrale, (2) Association Internationale du Congo, (3) État Indépendant du Congo, (4) Congo Belge, (5) République du Congo, (6) République Démocratique du Congo, (7) République du Zaïre et de nouveau, (8) République Démocratique du Congo »[12].

        Puisqu’il s’agit aussi de la République du Congo, nous profitons pour souligner le fait que « Pour établir la paternité, sinon les origines de l’appellation Congo entre le Congo-Kinshasa et le Congo-Brazzaville, l’histoire postcoloniale renseigne que les deux pays avaient la même appellation, République du Congo en 1960.

Pour la paternité de l’utilisation du concept Congo entre ces deux pays, on peut retenir que concernant le Congo Brazzaville, nous relevons qu’en 1885, le Congo devint l’un des quatre États de l’Afrique équatoriale française, et Brazzaville fut désignée la capitale de l’AEF. La colonie du Congo français est créée en 1891 ; l’actuel territoire gabonais en fait partie jusqu’en 1904. Certes, en 1886, un décret du ministre des Colonies institue deux territoires, le Congo français et l’Oubangui, administrés chacun par un lieutenant-gouverneur subordonné à un commissaire général. L’Afrique équatoriale française (AEF) était un gouvernement général regroupant au sein d’une même fédération plusieurs colonies françaises d’Afrique centrale. Elle s’étendait du désert du Sahara au fleuve Congo et de l’océan Atlantique aux monts du Darfour ; cet ensemble disparate était formé de quatre colonies : (Gabon, Moyen-Congo, Tchad, Oubangui-Chari) »[13].

Et s’agissant du Congo-Kinshasa, nous savons que « l’Association Internationale du Congo (en abrégé AIC) fut créée le 17 novembre1879 par Léopold II à partir du Comité d’études du Haut-Congo. L’Association fut dissoute en 1885 et ses structures reprises par l’État Indépendant du Congo. L’AIC fut présidée par le Colonel Maximilien Strauch. Le 10 avril 1884, le président américain fut autorisé par le Sénat à reconnaître le drapeau de l’Association Internationale du Congo à l’égal de celui d’un gouvernement ami. Le 8 novembre1884, l’Allemagne reconnut à son tour la souveraineté de l’Association Internationale du Congo »[14].    

De ce qui précède, on peut aisément constater que c’est le Congo-Kinshasa qui a été le premier à utiliser l’appellation du Congo. Certes, il faudra noter que le Congo-Brazzaville a l’avantage de constance dans l’exploitation de cette appellation.

        Revenons à l’exploration britannique et américaine de Henry Morton Stanleyqui a comme toile de fond la recherche de David Livingston. En effet, « La rencontre de Livingstone et de Stanley au Tanganyika ainsi que la publication des rapports des explorateurs qui venaient de pénétrer au cœur de l’Afrique équatoriale firent que l’Europe avait les yeux tournés vers celle-ci. Un vif courant d’intérêt et de sympathie se créait. Le roi des Belges, Léopold II, sentit immédiatement que l’occasion pouvait lui être donnée de réaliser enfin un rêve qu’il nourrissait depuis sa jeunesse et qui avait été celui de Léopold Ier: Assurer la prospérité de la Belgique en lui donnant une large expansion commerciale »[15].

Ce faisant et concernant particulièrement David Livingstone, nous avons retenu qu’il naquit en 1813 et mourut en 1873. Il  était médecin, missionnaire protestant et explorateur Écossais qui contribua à la fois au développement et à la promotion de l’empire commercial britannique d’une part, à la lutte contre la traite esclavagiste et à la socialisation de l’évangélisation du sud du continent africain, d’autre part. Il participa au mouvement d’exploration et de cartographie de l’intérieur du continent Africain ayant précédé le partage de l’Afrique entre puissances européennes et les États-Unis d’Amérique.

En outre, il fut notamment le premier Européen à découvrir la vallée du fleuve Zambèze et consacra une partie de sa vie à rechercher les sources du fleuve Nil. Livingstone fut l’un des héros britanniques les plus populaires et les plus emblématiques de l’époque victorienne. De par sa volonté d’articuler la recension des richesses de l’Afrique dans une perspective commerciale et d’évangélisation, il correspond à un tournant dans la perspective missionnaire. La haute idée qu’il avait de sa culture d’origine et sa volonté de faire bénéficier les Africains des avantages de la civilisation britannique en font un précurseur de l’impérialisme colonial européen qui se déploiera après sa mort. Sa disparition, suivie de l’expédition de Henry Morton Stanley pour le retrouver ajoutèrent à la glorification et au mythe victorien de cet explorateur majeur de l’Afrique.

Sur ce, après avoir retrouvé David Livingstone à Udjidji le 9 novembre 1871 pour le compte du New York Herald, au grand dam de la Royal Geographical Society (La société anglaise de l’exploration de l’Afrique), Henri Morton Stanley, pendant le mois de novembre 1874, va lancer une expédition pour la cartographie du grand lac africain.

Mais après son extraordinaire traversée du continent africain (17 novembre 1874 – 7 août 1877), Stanley[16] n’a pas obtenu en Grande-Bretagne le concours et l’attention espérés, et ce, malgré le succès de certaines de ses conférences publiques à Manchester ou Liverpool. Il accepta alors les propositions de Léopold II et s’engagea à le servir en Afrique pour un terme de 5 ans, en n’importe quel lieu. Arrivé le 14 août 1879 avec un contingent de Zanzibarites, Stanley donna, le 21 du même mois, le signal du départ. Au bout d’un mois de navigation sur le fleuve, il installa à Vivi, à 150 km de la côte, la première base du Comité d’Etudes du Haut Congo.

Il sied de se rappeler de la carrière journalistique de Stanley telle que nous avons stipulé en ces termes : «Il mena une vie nomade en Amérique. A la fin de la guerre civile, Henry Morton Stanley alla en Turquie et en Asie Mineure comme correspondant de presse. En 1867, il devint l’envoyé spécial du New York Herald et c’est à ce titre qu’il accompagna, en 1868, l’expédition punitive britannique menée par l’officier Robert Cornelis Napier contre le roi éthiopien Théodore II et fut le premier à transmettre les nouvelles de la chute de Magdala, alors capitale de l’Éthiopie. Sa réputation grandissait et, en 1869, le rédacteur en chef du New York Herald l’envoya en Afrique équatoriale. On lui confia la mission de retrouver David Livingstone parti à la recherche de la source du Nil et porté disparu depuis 1866. Il lui fallut de longs mois pour retrouver le célèbre explorateur Livingston »[17]

En plus, nous avons noté que « Revenu en Angleterre en juillet 1872, Stanley reçut un accueil enthousiaste et la grande médaille de la Société de géographie. Les deux organes de presse :New York Herald et le Daily Telegraph lui confièrent en 1874 la direction d’une expédition au centre de l’Afrique. Stanley, à la tête de 300 hommes, explora la région du lac Victoria-Nyanza, puis le lac Albert-Nyanza et découvrit qu’il n’avait aucune communication avec le Tanganyika ; et que le grand cours d’eau découvert par Livingstone, et qu’il croyait être le Nil, était en réalité le fleuve Congo. Le New York Herald et le Daily Telegraph de Londres se partagèrent le coût de l’expédition suivante de Stanley qui désirait poursuivre le travail de Livingstone mort en 1873. En novembre 1874, Stanley quitta Zanzibar pour l’intérieur, accompagné de 359 personnes »[18].

Et pour son aventure au Congo, on retient qu’il visita le roi Mutesa de Buganda et navigua ensuite autour du Lac Victoria. Il devait faire face à plusieurs escarmouches avec les habitants des rives du lac. Il descendit vers le sud, navigua autour du lac Tanganyika et se dirigea ensuite vers l’ouest jusqu’à la rivière Lualaba, une source du fleuve Congo. Lors d’une grande journée de découverte, Stanley descendit sur le Lualaba et le fleuve Congo en bataillant contre les Bangalas jusqu’aux chutes qu’il baptisa chutes de Livingstone (actuellement les chutes de Kinsuka). Il continua alors par route sur une courte distance jusqu’à l’Océan Atlantique qu’il atteignit en août 1877. Environ la moitié de ses compagnons était morte pendant ce laborieux voyage.

Il faudra souligner qu’à cause des hostilités que Henry Morton Stanley a vécues en naviguant sur le fleuve Congo contre les peuples Basoko et les Bangala (Bobangi à Bolobo) qu’il a conseillé au roi Léopold II de mettre en place une armée devant avoir comme combattants ces puissants peuples guerriers du fleuve. Et à en croire les recherches effectuées par le professeur émérite Jean-Marie Makombo Mutamba, l’historien, c’est la raison pour laquelle l’une des premières bases de la Force publique était à Yumbi qui est la déformation de Yombe (un fief de Banunu-Bobangi).

 4. La seconde expédition de Stanley au Congo

La toute dernière mission expéditive de Henry Morton Stanley au Congo a favorisé effectivement la mise en forme d’un pays, selon une approche de circulation de l’Ouest à l’Est.

Il y a lieu de rappeler quela première expédition de Stanley dans l’actuelle RD Congo date de 1874 à 1877 ; et la mission était sa rencontre avec David Livingstone. À cet effet, retenons que « Stanley rencontre Tippo Tip à Kasongo. Ensemble, ils montent une expédition forte de 400 hommes pour explorer l’ouest. Ils quittent Nyangwe le 5 novembre et pénètrent dans la forêt équatoriale. Après cinquante jours, Tippo Tip renonce, mais Stanley continue vers l’ouest. Pour traverser ces régions, comme le bassin du Congo, où les échanges sont organisés selon les règles strictes du commerce par relais, Stanley doit forcer le passage à plusieurs reprises. Le 20 décembre, 150 personnes réparties sur 23 bateaux entament la descente du fleuve. Le 6 janvier 1877, ils sont bloqués par les chutes Boyoma qu’ils mettent 20 jours à éviter. Le 1er février, au confluent avec l’Aruwimi, ils combattent contre les Basoko »[19].

Par ailleurs, « le 14 février, ils affrontent les Bangala(les Bobangi) dans l’actuel territoire de Bolobo. Le 9 mars, ils atteignent le confluent de la rivière du Kasaï, et Ntamo [Kintambo] le 12 mars, future implantation de Léopoldville (Kinshasa). Les chutes Livingstone constitueront le plus redoutable des obstacles : 5 mois seront nécessaires pour couvrir les quelques centaines de kilomètres qui les séparent de BomaAlexandre Delcommune recueillant finalement une expédition décimée. Stanley est le dernier des quatre Européens encore vivants, et des 356 compagnons Africains, seulement 115 parvinrent sur la côte atlantique en août 1877[] »[20].

En 1878, revenant de l’Afrique, Henry Morton Stanley reçut les deux délégués de Léopold II qui lui annoncèrent que ses découvertes avaient fait naître un projet grandiose pour un plan général de la conquête du bassin du Congo. C’est ainsi en janvier de la même année, il rencontra, le baron Greindl et le général Sanford qui sont les deux envoyés du roi Léopold II le rencontrèrent à Marseilleen France et lui firent part des projets du roi Léopold II, entre autres, celui de créer un État dans le bassin du Congo.

Ayant éprouvé de difficultés pour obtenir le soutien des Britanniques[], comme bien avant lui son compatriote Cameron, il accepta d’être approché par le souverain des Belges. Le 10 juin 1878, Léopold II rencontre Stanley et ils passent un accord pour cinq ans. Stanley va acquérir le Congo pour Léopold II. Stanley obtient un financement du roi, mais doit cependant se trouver des moyens additionnels pour financer ses expéditions. Henry Morton va intéresser notamment les missionnaires.

Sa seconde expédition est alors effectuée entre 1879 et 1884. En effet, dès le mois de février 1879, Stanley, à bord du bateau Valbion, quittait l’Europe par le port d’Anvers où il allait recruter des travailleurs et des porteurs pour Zanzibar. En mai, dans cette expédition, Henry Morton Stanley se fait accompagner de deux Anglais, d’un Français, de quatre Belges, de trois Américains et de deux Danois ; au total treize personnes l’accompagnent.

Lors de son périple, Stanley arracha beaucoup de contrats d’achat des terres le long du fleuve du Congo. Il signa des contrats de cession des terres avec les chefs de tribus en langues étrangères au moyen desquelles les deux parties communiquaient sans communiquer vraiment d’autant plus que les chefs de tribus africains ne savaient pas exactement ce qu’ils faisaient. Il y avait des dispositions contractuelles qui  stipulaient que non seulement le sol, mais aussi la force de travail des habitants devenaient possession de Léopold II. Cette période, de 1879 à 1884, a permis à Stanley d’installer une série de comptoirs commerciaux le long du fleuve Congo pour le compte de Léopold II. Il usa de la force pour atteindre son but.

La fin de l’Association Internationale Africaine a donné lieu à l’Association Internationale du Congo. En effet, « la réalisation de ce projet de créer un Etat souverain allait s’accélérer grâce au remplacement du Comité d’Etudes par un nouvel organisme à savoir, le Comité d’Etudes du Haut-Congo, après quelque temps, s’était dissout pour des raisons financières, et Léopold Il l’avait remplacé par une structure, plus souple, sur laquelle il avait des pouvoirs beaucoup plus étendus: l’Association Internationale du Congo. C’est au nom de cette nouvelle association que continua l’occupation progressive du pays; c’est elle qui allait bientôt engendrer l’Etat Indépendant du Congo »[21].

Somme toute, Henry Morton Stanley a effectué quatre expéditions dont trois en Afrique et une seule en Asie. Ces éléments sont ainsi énumérées : (1) En 1867, il devint l’envoyé spécial du New York Herald et c’est à ce titre qu’il accompagna, en 1868, l’expédition punitive britannique menée par l’officier Robert Cornelis Napier contre le roi éthiopien Théodore II et fut le premier à transmettre les nouvelles de la chute de Magdala ; (2) En 1869, le rédacteur en chef du New York Herald l’envoya en Afrique équatoriale. On lui confia la mission de retrouver David Livingstone parti à la recherche de la source du Nil et porté disparu depuis 1866. Il lui fallut de longs mois pour retrouver le célèbre explorateur Livingston ; (3) En 1874,New York Herald et le Daily Telegraph de Londresfinancent son expédition au centre de l’Afrique. Il explora la région du lac Victoria-Nyanza, puis le lac Albert-Nyanza et découvrit qu’il n’avait aucune communication avec le Tanganyika ; et que le grand cours d’eau découvert par Livingstone, et qu’il croyait être le Nil, était en réalité le fleuve Congo ; (4) De 1879 à 1884, Stanley a installé une série de comptoirs commerciaux le long du fleuve Congo pour le compte de Léopold II. 

Il faudra également noter que les Britanniques ont consolidé leur position au Congo à travers leurs missionnaires chrétiens protestants qui ont créé les bastions importants, notamment à Bolobo avec les Bobangi déjà en 1879, après Ngombe (village Humbu),à Ntambo (actuellement dans la commune de la Gombe, un siège de l’Eglise du Christ au Congo). C’est ainsi que les missionnaires britanniques baptistes tels que Grenfell, Bentley, Macbeath, etc. vont évoluer positivement et intimement avec les peuples autochtones Banunu-Bobangi pour l’expansion de l’évangélisation chrétienne le long du fleuve Congo.

Et concernant l’autre britannique Henry Morton Stanley, il sied de rappeler que le 14 février 1877, son premier contact avec le peuple de Bolobo, c’était par le biais d’une communication de crise, voire une bataille fluviale. Alors que ses contacts suivants avec les Banunu-Bobangi étaient pacifiques à partir de 1879 pour la mise en place d’un comptoir à Bolobo pour Léopold II.

Par ailleurs, il est utile de noter que c’est l’exhibition du bébé du missionnaire William Holman Bentley, à bord de la navire Peace, qui a été un des éléments importants d’acceptation des Blancs par les Banunu-Bobangi pendant la seconde expédition de Stanley à Bolobo[22] au courant de cette année. Et pour installer leur base à Bolobo, les missionnaires britanniques ont négocié avec le chef Ngoy de Banunu-bobangi. Il sied de noter que pendant cette expédition, il y a eu encore une guerre entre l’équipe de Stanley et le Banunu-Bobangi et selon certaines sources, les Blancs avaient utilisé la redoutable arme, le canon Krupp qui a mis en mal ces guerriers africains.

Enfin, avant les expéditions de Stanley au Congo, les Bobangi, faisaient le commerce d’ivoire, de fer, etc. au marché de Nsasa[23] (l’actuel Kinshasa), précisément dans les environs de l’hôtel du fleuve. Et, pour se souvenir de leurs excellents contacts avec les Humbu, les Bazombo et les autres Bacongo venant de l’embouchure du fleuve Kongo.

 5. Congo : l’entreprise léopoldienne

Léopold II, de son vrai nom Léopold Louis Philippe Marie Victor, est né le 9 avril 1835 et décédé le 17 décembre 1909. Il est le deuxième roi des Belges dont le règne s’est étalé sur 44 ans, soit du 17 décembre 1865– 17 décembre 1909. Son père était Léopold Ier et sa mère, la fille de Louis-Philippe Ier : roi des Français. Il a succédé à son père sur le trône belge en 1865.

Ce souverain a traversé une longue période de vie troublée à cause de la mort prématurée de sa mère, alors qu’il n’avait que 15 ans, « (…) sa vie familiale fut un échec patent marqué par les morts prématurées de sa mère et de son fils qui lui inspirèrent un profond dégoût de la vie (…) »[24].

Longtemps après, il eut des visées colonialistes consolidant ainsi le rêve de son père. Pour justifier sa conquête expansionniste au service de son royaume, il écrivit à son frère, le comte de Flandre, en 1888, en lui adressant une lettre dont la substance était « la patrie doit être forte, prospère, par conséquent posséder des débouchés à elle, belle et calme »[25].

Dans sa logique colonialiste, nous avons enrichi les éléments sur le roi des Belges en écrivant que « Le Roi Léopold II de Belgique aimait lire les journaux. Soucieux de la sauvegarde et du prestige de son petit pays coincé entre deux grandes puissances ennemies, la République française et l’Empire allemand, le jeune monarque cherchait à acquérir des colonies. Plusieurs tentatives pour les obtenir avaient déjà été amorcées et tentés, mais en vain. L’Afrique était alors la chasse gardée de la France et du Royaume-Uni. Léopold II commença ainsi par fonder une société philanthropique pour l’exploration du Congo. En septembre 1876, il organisa une grande conférence géographique à Bruxelles sur  ce thème »[26].

Il commença à nourrir des « ambitions colonisatrices à l’égard du Congo en 1877 après avoir cherché d’autres territoires dont la Chine, le JaponBornéoFidji, le Haut-Nil, etc.»[27].

Le professeur Isidore Ndaywel note que pour consolider sa vision colonialiste, Léopold II «  vouait une grande admiration à l’œuvre coloniale hollandaise, impressionné par le revenu important que les territoires occupés pouvaient rapporter à la mère patrie »[28].

Son aventure au Congo lui a permis de construire plusieurs édifices : les bâtiments et les monuments, notamment à Bruxelles, à Ostende ou en Ardenne. Parmi lesquels, nous avons retenu « la construction du Musée de Tervuren, la transformation du Palais Royal et du château de Laeken avec la création de ses serres exotiques, la création du Parc du Cinquantenaire. Il fit aussi donation à l’Etat belge des parcs et des propriétés boisées et il incita au traçage des grandes avenues, telles que l’Avenue de Tervuren, l’Avenue Louise, le Boulevard Général Jacques, etc.»[29].

Certes, il sied de rappeler que les aspirations expansionnistes de Léopold II étaient exprimées avant même son intronisation en 1865. En effet, il publia en 1861 un livre intitulé : Le complément de l’œuvre de 1830. En d’autres termes, si la révolution belge a favorisé l’indépendance de la Belgique, celle-ci devrait chercher des débouchés par de–là  les mers.

Pour réaliser cet objectif, « Le Royaume de Belgique qui a vu octroyer à son Roi l’Association Internationale Africaine, a été représentée à la Conférence de Berlin par Auguste Lambermont et Gabriel Auguste van der Straten-Ponthoz. Avec Alexis Brialmont, Émile-Théodore-Joseph-Hubert Banning et Auguste Lambermont sont les trois mousquetaires de Léopold II. Pendant cette époque, Auguste Beernaert et Léopold II étaient respectivement chef du Gouvernement et roi de Belgique. Emile Banning était la mémoire et l’archiviste-stratège du roi des Belges pour le Congo, il a ainsi favorisé la seconde expédition de Henry Morton Stanley au Congo pour avoir les documents fonciers auprès des Africains analphabètes»[30].

Ces archives foncières seront exploitées minutieusement lors du forum de Berlin comme traces contractuelles de cession de leurs terres africaines au souverain des Belges que Henry Morton Stanley avait signées avec les chefs africains. Et elles ont été l’argument de base pour l’octroi du Congo à Léopold II par la conférence de Berlin. (Voilà un des rôles indispensables que remplissent les archives bien gérées.)

Le monarque des Belges était un excellent chef d’entreprise et avait sa propre colonie privée, l’État indépendant du Congo sur lequel il exerça sa souveraineté de 1885 à 1908 ; et, à la fin de sa vie, n’ayant plus de fils, Léopold II légua le Congo et ses propriétés immobilières à la Belgique via la Donation royale. Cette dernière est une institution publique autonome en Belgique ayant une personnalité juridique et créée par le roi Léopold II

En effet, à l’occasion de son 65e anniversaire de naissance en 1900, il émit le souhait de céder son important patrimoine privé à l’État belge à condition, pour celui-ci, de ne pas l’aliéner, d’en conserver les beautés naturelles et de laisser l’usage de certains biens à la famille royale belge et à la Nation. Le roi Léopold II ne voulait donc pas que son patrimoine privé soit divisé après sa mort entre ses trois filles mariées à des princes étrangers »[31].

L’État belge accepta la donation du roi en 1903 à la seule condition que ce patrimoine génère lui-même les revenus nécessaires à son entretien pour qu’il ne soit pas budgétivore.

Le 18 octobre 1908, c’est la cession de l’Etat Indépendant du Congo à l’Etat belge suite à la promulgation de la loi sur le Gouvernement du Congo-Belge dite La charte coloniale et devient ainsi la 10e province du Royaume de Belgique. Le 17 décembre 1909, soit une année après (à 74 ans d’âge), survint la mort du Roi bâtisseur, celle-ci  précipitée par la perte de sa propriété privée.

L’œuvre léopoldienne sur l’Etat Indépendant du Congo prit fin le 15 novembre 1908. L’EIC devint le Congo belge et Renkin fut nommé Premier Ministre belge des Colonies. Ce sont les pressions à l’encontre de Léopold II et les conséquences aux différents rapports produits principalement par les Britanniques, relatifs aux cas de violations des droits de l’homme orchestrés dans son territoire qui mirent fin à l’aventure colonialiste de Léopold II.

En effet, « grâce notamment au travail de Morel et la pression des gouvernements britannique et américain, des négociations entre le gouvernement belge et le roi Léopold II furent organisées en 1907 pour la reprise du territoire du Congo. Le 20 août 1908, la chambre des représentants belge approuva la Charte coloniale et le traité de reprise du Congo qui seront entérinés au Sénat en septembre et sanctionnés par le roi en octobre »[32].

Jules Renkin avait fustigé Morel et compagnie dans leurs allégations (…) dirigées contre le roi Léopold II (…) mais, aussi contre la Belgique, les Belges, et le gouvernement belge, allégations considérées comme une campagne de dénigrement et de calomnie.

L’impact financier de cette cession de l’EIC aux Belges peut être retracé de la manière suivante : « le montant de la reprise du Congo par la Belgique s’élevait à 95,5 millions [Francs] dont 50 millions à la charge du Congo et 45,5 millions à la charge de la Belgique. Ce dernier fonds était prévu pour l’achèvement des travaux entrepris par le roi dont notamment les transformations du Château de Laeken et les travaux de Heysel, sur la route de Meise, du palais de Bruxelles, etc. »[33].

Ce fonds à la charge du Congo était à verser en 15 annuités au roi ou à ses successeurs et destiné à diverses rentes (notamment pour le prince Albert), à des subventions aux missionnaires de Scheut, et à l’entretien des serres de Laeken et du musée colonial de Tervuren. Cette dernière somme fut « attribuée au roi en témoignage de gratitude pour ses grands sacrifices en faveur du Congo créé par lui »[34].

Toutefois, nous déplorons le fait que la colonisation belge n’a pas permis aux Congolais de manipuler, avec orthodoxie, l’une de deux langues importantes de la Belgique, à savoir : le flamand. Cet état des choses a impacté, jusqu’à ce jour, le Congolais dans sa quête de connaissance linguistique holistique des langues des Belges. En fait, les étudiants nous posent souvent la question : Pourquoi en RD Congo, il n’y a que le centre culturel wallon et pas le centre culturel flamand ? En plus, ils s’interrogent sur le fait qu’il n’existe pas un centre culturel belge au Congo, à l’instar de Centre culturel français ?

 6. Un État créé à partir de l’initiative privée

Rares sont des pays colonisés qui n’ont pas bénéficié du total engagement de leurs États-coloniaux, certes, le pays de Mobutu en est une exception. En fait, nos recherches ont su réunir les informations justifiant ce mode extraordinaire de la gouvernance d’une colonie à travers une approche unique à son genre : celle de gérer un territoire conquis grâce à l’ensemble d’actions non institutionnelles, sinon dans leur ensemble.

Delà, il nous semble important de rappeler que le Congo, dès ses débuts avec Léopold II, n’était pas colonisé, mais une entreprise privée et personnelle d’un souverain, alors que sa colonisation a commencé officiellement avec sa cession au royaume de Belgique en 1908.

Et à la différence de l’autre Congo qui est l’œuvre de la France, celui-ci a été colonisé dès le départ dans la mesure où  c’est la France officielle et institutionnelle qui s’est investie pour poser le jalon d’une entreprise publique ayant comme objectif la transformation du nouveau territoire acquis et de son peuple. Donc, en termes de la gouvernance politique, on peut souligner que la colonisation est un acte d’approbation officielle du pouvoir colonial institutionnel et étatique.

La construction du format primitif du Congo à partir de la décennie 1870 est une association de plusieurs composantes fédérées stratégiquement par le roi des Belges, Léopold II. En effet, nous avons retenu les composantes ci-après : (1)Les médias : New York Herald et le Daily Telegraph de Londres qui ont financé, en 1869, une expédition de Henry Morton Stanley pour la recherche de David Livingstone en quête de la source du Nil et porté disparu depuis 1866 ; (2) Henry Morton Stanley qui va produire les archives cartographiques du grand lac africain lors de sa première expédition. Apres le refus britannique, il accepte les propositions et son engagement au service de Léopold II ; (3)Léopold II, roi des Belges, qui nourrissait la conquête des nouvelles terres pour son royaume ; (4)

Les missionnaires baptistes qui ont  financé les moyens additionnels pour la seconde expédition de Stanley de 1879 à 1884 ayant l’objectif d’évangélisation du christianisme ; et (5) Les États-Unis d’Amérique à travers le fait qu’ils sont le premier pays à reconnaître officiellement l’Association Internationale du Congo en1884 et surtout d’avoir autorisé que ce nouvel État indépendant puisse avoir comme drapeau, un ancien emblème d’un de leurs États, à savoir : le Texas.

Enfin, avec les éléments susmentionnés, nous avons compris que l’ancêtre de la RD Congo est une conjugaison fondamentalement des initiatives privées avec les médias et les missionnaires chrétiens ainsi que les   personnes suivantes : Henry Morton Stanley et roi Léopold II. Il faudra également citer les Etats-Unis d’Amérique qui ont participé à la fondation du Congo, comme l’unique pays prônant ainsi l’officialisation de cette entreprise léopoldienne. Certes, il sied de noter que c’est le stratège roi des Belges, le fils de Léopold Ier, qui a favorisé la synergie de toutes les énergies et les intelligences, avec dextérité, pour la création du Congo : un État indépendant.

 7. L’Acte de Berlin et le Congo

Au début des années 1880, le Congo est au cœur des vives tensions entre la France, le Portugal, l’Allemagne et l’Angleterre. La course aux derniers espaces vierges est lancée. En 1884, le Portugal et l’Angleterre – qui craignent la poussée de la France vers le Congo – signent un traité stipulant l’attribution au Portugal de deux rives du fleuve Congo. Cet accord déclenche de violentes réactions hollandaises, françaises et allemandes – centrées sur la promotion de la Liberté du commerce mise en péril par le contrôle portugais des rives du fleuve.

L’Association Internationale du Congo (AIC), organisme régi par le roi des Belge Léopold II et notamment reconnu dès 1884 par les États-Unis d’Amérique, l’Allemagne et la France (1885), est contestée par certaines puissances coloniales, déniant à une structure privée le droit de conquête. C’est à partir de ces deux problématiques que la conférence de Berlin établit les règles du jeu entre puissances occidentales. Léopold II conclut un accord le 23 avril 1884 avec le Portugal.

La Conférence de Berlin qui est aussi appelé la Conférence du Congo avait comme objectif fondamental d’édicter les règles officielles de colonisation en vue de régler pacifiquement les litiges relatifs aux conquêtes coloniales en Afrique. L’Allemagne plaida en faveur de la liberté du commerce et de la navigation, notamment dans le bassin du Congo et dans celui du Niger.

Ce forum réunit les représentants de 13 pays européens et les États-Unis d’Amérique, de novembre 1884 à février 1885. L’Acte final de la Conférence de Berlin a fixé les règles de la colonisation de l’Afrique et a imposé le principe de l’effectivité pour reconnaître une annexion. L’Allemagne, sous l’impulsion du Chancelier Bismark[35], prit l’initiative de réunir les délégués de 14 nations dans un forum appelé  la Conférence de Berlin. Elle se déroula pendant 4 mois et le principal résultat était la consolidation de la paix entre les différents pays européens : les puissances coloniales telles que l’Angleterre, la France, l’Allemagne et le Portugal se mirent d’accord sur leurs litiges frontaliers en Afrique.

C’est ainsi qu’il y eut la signature du traité anglo-portugais qui marqua un tournant fondamental dans l’histoire de l’Afrique en fixant les règles de jeu et les conditions du partage des terres. En outre, une série d’accords bilatéraux sur des litiges frontaliers franco-allemands furent signés, et par ailleurs, les questions humanitaires, notamment, celle de la lutte contre la traite des esclaves, l’obligation d’améliorer les conditions morales et matérielles de la vie des indigènes, les problèmes économiques ou de droit international furent également abordés.

Pour toute fin utile, nous avons démontré que l’acte de Berlin est le document de la légistique pour l’Afrique. En effet, nous avons noté que « Nos recherches nous amènent à conclure que l’Acte de Berlin est le cadre juridique et stratégique, sinon la constitution de l’Afrique, régissant les pays africains même après leurs indépendances. A cet égard, ce texte légistique consolide l’intangibilité des frontières des pays africains issues de la colonisation. En plus, cet acte permet, de nos jours, d’assurer l’équilibre en Afrique nonobstant quelques problèmes y relatifs qu’on observe »[36].

En outre, du point de vue documentologique et archivologique, « L’Acte de Berlin est à la fois un document historique et un document d’archives d’actualité. Car, comme pièce historique, cet acte renferme des informations de la traçabilité historiographique ; puisque datant de plus d’un siècle. Mais, il s’inscrit dans la traçabilité managériale dans la mesure où il sert encore de la structure constitutionnelle pour l’Afrique, surtout subsaharienne. Ce texte est fondamental et constitue le fondement juridique de l’Afrique »[37].

Source : Tableau conçu par nous-même.

 Il importe de noter que les abréviations AT et DG signifient respectivement dispositions pour l’occupation d’autres territoires africains et dispositions générales.

8. L’analyse légistique de l’Acte de Berlin

La légistique est une discipline qui englobe les connaissances et les méthodes spécifiques de l’activité législative. Elle sert à l’élaboration des actes législatifs (lois, ordonnances du Conseil fédéral et de l’Assemblée fédérale, notamment) et a pour but de déterminer les meilleures modalités d’élaboration, de rédaction, d’édiction et d’application des normes juridiques. Elle est un domaine par essence du droit et des sciences politiques.

Notre heuristique a démontré que la légistique renferme nécessairement une quintessence juridico-politique et un contenu bibliologique, d’autant plus que les textes législatifs sont d’abord écrits. C’est ainsi que depuis 2000, nous nous efforçons de démontrer la prise en compte de la légistique dans l’univers de la bibliologie et, par conséquent dans les sciences de l’information et de la communication. Cette corrélation est évidente. En plus, ayant constaté les limites épistémologiques de la légistique, nous soutenons que la science de la législation est la légistologie.

Dans les lignes qui suivent, nous exploiterons les éléments fondamentaux mis en exergue dans le texte de l’Acte général de Berlin ou l’Acte général de la conférence africaine.

  • L’Acte de Berlin commence par des considérations religieuses en mettant au premier plan la divinité :Au nom de Dieu Tout-Puissant ;
  • Les 14 pays signataires de cet acte ont prôné l’approche pacifique dans le règlement des conditions favorables au développement du commerce dans certaines régions de l’Afrique (…) ;
  • Un autre aspect dans le préambule de ce document juridique et politique est la synthèse des parties fondamentales qui exploitent une déclaration relative à la liberté du commerce dans le bassin du Congo ; une déclaration concernant la traite des esclaves ; une déclaration relative à la neutralité des territoires compris dans le bassin conventionnel du Congo ; un acte de navigation du Congo; un acte de navigation du Niger; et une déclaration introduisant dans les rapports internationaux des règles uniformes relatives aux occupations qui pourront avoir lieu à l’avenir sur les côtes du continent africain ;
  • Avec une double approche légistique et bibliométrique (créant ainsi la légistométrie), nous avons retenu que ce texte est composé principalement de quatre déclarations, de deux actes et d’une rubrique consacrée aux dispositions générales ;
  • Enfin, la subdivision de l’Acte de Berlin est peu compréhensible ; car les rubriques et les sous-rubriques ont toutes une même dénomination : les chapitres. Cette uniformité a conduit, pour l’économie de notre publication, à clarifier et à préciser la structure dudit Acte par une subdivision comprenant les grands chapitres et les chapitres.

9. Le Musée de Tervuren : mémoire coloniale belgo-congolaise

        L’origine du musée royal de l’Afrique centrale remonte à 1897 lorsque la section coloniale de l’exposition universelle de Bruxelles est établie à Tervuren. Sous l’impulsion du roi Léopold II, il est intimement lié à l’histoire de la colonisation du Congo par la Belgique. Le musée du Congo, situé au milieu d’un parc somptueux appartenant à la Donation royale et qui est relié à Bruxelles par une double avenue spécialement créée et par une nouvelle ligne de tramway, était à l’origine destiné à éveiller l’intérêt et la curiosité du peuple belge pour ce qui était à l’époque de l’Association Internationale du Congo et de l’État indépendant du Congo (1879 à 1908).

Après 1908, il devint le musée du Congo belge puis le musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) en 1960. Jusqu’à cette année de l’indépendance du Congo, les collections ne cessèrent de s’agrandir par les envois d’objets et d’échantillons de toutes sortes effectués par les militaires, les missionnaires, les administrateurs coloniaux, les commerçants et les scientifiques. C’est ainsi qu’il est aujourd’hui propriétaire d’une importante collection de trophées de chasse, don du Baron Lambert. Par la suite, les acquisitions de cette institution muséale furent élargies à l’ensemble de l’Afrique, sinon des anciennes colonies belges.

Nous avons écrit que « Le musée de Tervuren est aussi une archivothèque et regorge des informations essentielles aussi bien pour la mémoire archivistique ou archivologique que pour la mémoire muséale et autres de l’ancien Etat Indépendant du Congo et du Congo-Belge. Nous qualifions ces informations de l’âme du Congo colonial. Cette institution de mémoire est à la fois un musée, un service d’archives, une bibliothèque et un lieu de conservation des esprits du Congo (spirothèque), d’après certaines sources »[38].

En outre, nous avons établi le rapport entre Léopold II et son institution de mémoire qui vaut encore sa raison d’être jusqu’à la décolonisation du Congo belge. En fait, nous avons ainsi écrit qu’« Une fois de plus, nous tenons à saluer la mémoire du fondateur de la République Démocratique du Congo, Léopold II qui avait une vision pour son royaume et un sens élevé de la conservation de la mémoire pour la postérité. Nous encourageons les efforts que les deux institutions de mémoire belge(le musée de Tervuren et les Archives royales de Belgique) fournissent pour la réhabilitation et la revalorisation de la gestion du système de traçabilité managériale et de recherche historique du Congo-Kinshasa. En fait, en 2010, par le biais de ces services, le Gouvernement belge a octroyé des bourses d’études aux Congolais pour la participation au colloque des archives de Bruxelles en 2010 et en 2013 pour leur participation à la première conférence annuelle du Conseil International des Archives »[39].

Pour le renouvellement du musée de Tervuren, nous notons qu’ « Après cinq ans de rénovations intensives dans le Musée royal de l’Afrique centrale (Musée de l’Afrique), l’institution rouvrira ses portes au grand public le 8 décembre 2018 avec une nouvelle exposition permanente sur l’Afrique contemporaine qui traitera également notre passé colonial d’une manière différente. (…). Le point de départ de cette conférence est la reconnaissance d’un passé partagé et d’un profond respect mutuel »[40].

De la lecture complète de la note conceptuelle sur l’organisation de cette rencontre internationale, nous avons noté avec bonheur que le renouvellement du Musée royal de l’Afrique centrale n’est pas seulement matériel, voire infrastructurelle ; mais il est aussi intellectuel dès lors que, les organisateurs ont émis le vœu que « Ce rassemblement veut offrir une réflexion critique sur la manière dont les Africains et les Européens collaborent de manière partagée et durable à l’avenir. Les attitudes vis-à-vis des relations entre l’Afrique et l’Europe du passé, du présent et du futur ne correspondent pas nécessairement entre elles et font l’objet aujourd’hui d’un débat souvent animé, en Europe comme en Afrique »[41].

Nous avons également exploité un autre paragraphe de cette note conceptuelle qui stipule que « La Conférence traitera des différentes stratégies de mémorisation du passé colonial sans nécessairement chercher à redéfinir le passé lui-même. La question est de savoir comment les sociétés européennes traitent ce passé qui est encore vécu par des personnes d’origine africaine comme quelque chose de très présent et qui n’est pas entièrement traité. La Conférence vise ainsi à identifier les différentes tendances dans ce débat en Europe comme en Afrique. Une attention particulière va être accordée à l’amélioration de l’accès aux archives, à la manière dont la résistance au colonialisme a pris forme et comment la connaissance de l’Afrique peut encore être décolonisée en faveur de l’expertise africaine. Parallèlement, un espace sera créé pour la manière dont le passé colonial est commémoré dans l’art africain contemporain »[42].

Compte tenu de l’orientation de ce forum sur la mémoire entre l’Afrique et l’Europe qui « s’inscrit dans la logique de notre communication faite lors des assises organisées au Musée de Tervuren en 2010, soutenue avec la publication de nos trois livres ci-après intitulés respectivement : RD Congo-Belgique : Archives, Bibliothèque et Bibliologie, publié en Allemagne en 2013 ; La France, la Belgique et les deux Congo : mémoire historique, approche archivologique et communication politique ainsi que Congo-Kinshasa et Congo-Brazzaville : Développement, langue, musique, sport, politique et bibliologie , tous deux publiés en France en 2017 »[43].

En ce qui concerne le patrimoine africain en Europe, il est pertinent de souligner le fait qu’il est de plus en plus discuté, grâce à sa position particulière dans l’espace public. Celui-ci est non seulement varié mais aussi diversifié, allant du patrimoine artistique aux archives et au savoir accumulé issu du contexte colonial. Au cours de ladite conférence, il a été ainsi question en même temps aussi d’envisager le traitement de ce patrimoine commun entre l’Europe et l’Afrique.

C’est ainsi que la gestion du patrimoine africain en Europe, voire ses modalités de restitution et la mise en place des stratégies d’échange et de coopération interinstitutionnelle, y compris la mise à disposition du patrimoine, et les techniques de conservation ont été largement analysées.

Comme archivologue, mémoirologue, congologue et belgologue, l’objectivité scientifique voulant, nous sommes d’avis que le patrimoine archivistique de l’Afrique se trouvant en Europe a une double paternité, sans toute subjectivité dans la mesure où la matière et l’espace géographique de la gestion de ces archives revenaient à l’Afrique (le principe de territorialité), et, il faudra aussi le reconnaître que ces archives ont été produites dans le cadre des activités de la colonisation, donc celles des Européens.

« Sur la problématique de la restitution de ce patrimoine, un distinguo est à établir dans cette stratégie de la mémoire : une différence entre la stratégie muséologique pour la restitution des œuvres d’arts et la stratégie archivologique qui entre en ligne de compte du contentieux archivistique. Pour ce faire, concernant les œuvres muséales, il a été mis en évidence que la colonisation a su spolier ou arracher (de force) ces documents de musée aux Africains ; c’est pourquoi, la mise en place des stratégies de restitution de ceux-ci est un acte de bravoure et d’honnêteté en faveur de l’ancien colon »[44]. Certes, il faudra aussi reconnaître que toutes les œuvres d’art n’étaient pas spoliées, d’où la nécessité de dresser des listes pour identifier les œuvres spoliées à celles acquises loyalement par les Belges pendant la colonisation.

A propos des archives produites pendant la colonisation, nous soutenons qu’il est une question complexe à élucider découlant de la matière des contentieux internationaux, il faut reconnaître que l’Unesco et le Conseil International des Archives s’y sont déjà penchés pour ainsi confirmer un contenu archivistique justificatif à double paternité. Ces éléments ont été abordés systématiquement dans notre communication faite lors des assises organisées à Tervuren en 2010. Donc, autant les Africains ont besoin de ces documents reflétant les traces des activités de la colonisation, autant les Européens en ont aussi grandement besoin. En décidant que les originaux de ces documents doivent être en Europe alors que leurs duplications devraient être remises aux pays africains, nous estimons que cette solution est équilibrée du point de vue archivologique.

Cependant, la vraie question sur la gestion du contentieux archivistique est celle de savoir si les Africains sont prêts à gérer avec orthodoxie les traces qui leur seront remises dans le cadre de ce contentieux. L’expérience et l’accumulation des résultats d’études dans les domaines des archives en Afrique ne nous réconfortent pas du tout dans un optimisme déclaré dans la mesure où les Africains qui éprouvent encore de sérieuses difficultés pour gérer avec dextérité leurs archives issues des indépendances de leurs pays, seront-ils, à plus forte raison, mieux outillés pour faire face aux archives du contentieux colonial ?

10. La philosophie de l’appropriation des archives du Congo par Léopold II

Aux premières heures de son entrée dans le concert des nations, l’Etat Indépendant du Congo a démontré l’importance des archives.  Le rôle sociétal  de la mémoire de la propriété de Léopold II a connu aussi bien des moments forts que des turbulences dans leur organisation et leur fonctionnement.

En effet, c’est à cette époque que remonte la première instruction sur les archives au Congo. En 1888, la note circulaire n° 59 du département de l’Intérieur relative au règlement sur le service des archives sera émise par Cam Janssen.  En 1907, la circulaire sur l’organisation du gouvernement central et local reviendra sur la gestion des archives. On notera pour cette époque que les archives avaient joué un rôle irremplaçable dans l’exploitation du Congo et dans la radicalisation de l’action du roi Léopold II. Cependant, durant cette période une bonne partie des archives coloniales fut déportée vers la Belgique et une autre partie fut détruite.

Le documentaliste–archiviste du quotidien congolais Le potentiel, Delphin Bateko Moyikoli, a noté que « le problème de la RD Congo dans la gestion des archives commence quand le roi des Belges, Léopold II, décida de les garder pour lui et refusa de céder une partie des archives de l’Etat Indépendant du Congo, plus précisément les archives de l’actuel district du Maï-Ndombe  (jadis district du Lac Léopold II, un domaine de la couronne ou terre domaniale) dans l’ancienne province de Bandundu. Ces archives se seraient retrouvées ensuite dans les murs de ses châteaux en Belgique. Faute d’information, le district du Maï-Ndombe était depuis considéré comme la partie la plus pauvre du pays. Mais le passage des Brésiliens pour l’exploitation du pétrole doit interpeller les autorités, à ce sujet archivistique»[45].

Dans notre livre de 2013, nous avons mis en exergue les propos de l’archivologue Papy Ibula de l’Institut Supérieur de Statistique de Kinshasa, selon lesquels les archives à l’époque léopoldienne ont connu un désastre mémorial. En fait, il a souligné que « (…) c’est durant cette période que les archives [de l’Etat Indépendant du Congo] subirent un traitement horrible, plus précisément lorsque la Belgique devait entrer en possession du Congo qui, jusqu’alors, était propriété privée du roi Léopold II. [Léopold II déclara :] Le Congo m’appartient, les archives y compris, tout doit regagner le palais royal, ils auront mon Congo, mais ils ne sauront pas ce qui s’y était passé, disait le Roi »[46].

Pour essayer de comprendre et d’expliquer ce phénomène sur les archives coloniales de l’ancien format du Congo-Kinshasa, nous avons exploité, dans ce livre de 2013 sur les archives de la Belgique et du Congo, deux approches : archivistique et archivologique.

Ce faisant, concernant l’analyse archivistique du comportement de Léopold II, nous avons analysé la perception des archives de L’Etat Indépendant du Congo. Notre point de repère dans cette analyse est cette citation susmentionnée du souverain belge Le Congo m’appartient, les archives y compris, tout doit regagner le palais royal ; ils auront mon Congo, mais ils ne sauront pas ce qui s’y était passé. Cette référence est pour nous un postulat qui nous servira de fondement aussi bien pour l’analyse archivistique que l’explication archivologique.

L’archivistique est, par définition, une technique de gestion des archives. Pour un historien, celle-ci est un outil de constitution, d’exploitation et de conservation des matériaux d’analyse pour atteindre son explication historique. Depuis la fin de la décennie 1980, quand nous commencions notre apprentissage académique aux techniques documentaires, nos formateurs archivistes ne cessaient de fustiger le comportement du roi Léopold II sur sa manie de détruire et de s’accaparer des archives de l’Etat Indépendant du Congo.

Si on part du principe selon lequel les archives sont pour l’archiviste l’essence de son métier, nous pouvons soutenir que cet acte de Léopold II est condamnable d’autant plus qu’il a empêché les historiens et d’autres chercheurs d’avoir les matériaux de construction de leur schème d’heuristique. Certains archivistes, surtout congolais, affirment que malgré le caractère privé de ces archives de Léopold II, lors de la cession de la colonie à la Belgique, cette dernière aurait dû se faire exproprier ces archives pour cause d’utilité publique. Cette approche est reflétée et corroborée à travers la législation archivistique congolaise, la loi de 1978 portant régime des archives en République Démocratique du Congo.

Cette disposition archivistique constitue un des préalables pour accroître les fonds d’archives. En d’autres termes, elle permet de consolider le paradigme de construction de l’information archivistique pour favoriser une gestion aussi contemporaine qu’historique des demandeurs des archives. L’archivistique étant la pratique des archives, Assister à la destruction ou à l’élimination des preuves, constitue un acte déplorable et va à l’encontre de l’esprit et de la lettre de la disposition de la légistique archivistique belge à l’instar d’autres législations archivistiques qui découragent ce genre des pratiques.

En Belgique, selon la loi du 24 juin 1955 modifiée par la loi du 6 mai 2009 qui protège les archives privées et publiques, « les Archives de l’État acquièrent et conservent (après tri) les archives d’au moins 30 ans des cours et tribunaux, des administrations publiques, des notaires, ainsi que du secteur privé et des particuliers (entreprises, hommes politiques, associations et sociétés, familles influentes, etc.), qui ont joué un rôle important dans la vie sociale. Elles veillent à ce que les archives publiques soient transférées selon les normes archivistiques »[47].

Par ailleurs, pour assurer le paradigme de conservation et le droit à l’information archivistique, la loi des archives du royaume de Belgique stipule que le délai de versement d’archives de droit public a été ramené de cent à trente ans. Cette mesure d’application suite à une période transitoire, vise à répondre aux attentes des citoyens désireux d’effectuer des recherches sur l’histoire récente ou la généalogie. En laissant son souverain s’emparer des archives de l’EIC, les archivistes, les archivologues et historiens congolais constatent que la Belgique n’a pas permis aux citoyens congolais de compulser les archives relatives à leur pays pendant le règne léopoldien.

En guise de synthèse archivistique, nous pouvons soutenir que le comportement ayant milité en faveur de la destruction des archives de l’EIC n’est pas appréciable.

Certes, d’après la seconde approche relative à l’explication  archivologique  du comportement de Léopold II, nous avons avancé que point n’est besoin de rappeler que de nos jours, de plus en plus le débat est animé sur la scientificité du domaine des archives. Et pour ce faire, le collègue professeur en Archivistique Eric Ketelaar, qui constitue pour nous une référence en la matière, nous conforte dans cette orientation épistémologique de la discipline des archives.

En effet, ce penseur hollandais estime que l’archivistique s’intéresse aux questions Que faire ? Et Comment faire ? Pourtant, la question de Pourquoi faire ? ne constitue pas du tout sa préoccupation. En clair, par rapport à cette ligne tendant à la consolidation scientifique de la discipline des archives, le débat entre l’archivistique et l’archivologie est circonscrit dans les limites de l’entreprise scientifique ou la rupture épistémologique. Autant nous nous attachons à l’archivistique comme archiviste, autant nous voulons promouvoir l’approche archivologique, cette fois-ci avec le profil d’archivologue. Cette partie de notre littérature sera un corpus pour démontrer un schème archivologique en exploitant l’interdisciplinarité, afin de chercher à comprendre ce refus de Léopold II et la destruction méchante des archives.

Affirmer que le roi Léopold II a péché pour avoir refusé de remettre les archives de l’Etat Indépendant du Congo au royaume de Belgique nous semble une position extrême ;  car ce geste constitue une matière à réflexion pour atteindre la vérité. La question portant sur les mobiles de ce comportement nous hante. Dans les lignes qui suivent, nous allons essayer d’y répondre en évoquant certains paramètres, à savoir : la légistique, la psychologie, la psycho-archivologie, etc.

S’agissant de la légistique, la première question qui nous vient à l’esprit est : Quelle était la législation archivistique pendant la période sous examen en Belgique ? Si la loi était muette ou n’existait pas du tout, pourquoi alors condamner ce souverain ? Par ailleurs, dans l’hypothèse où le roi des Belges aurait refusé de céder les archives de l’Etat Indépendant du Congo, quel crédit peut-on accorder à l’acte de cession de l’EIC au royaume de Belgique ? En guise d’illustration, comment réagirait un intellectuel lorsqu’après avoir signé l’acte de vente d’une parcelle, le vendeur ne remettait pas le livret parcellaire ou le certificat d’enregistrement à l’acheteur ? Ne serions-nous pas tenté de dire que l’Etat Indépendant du Congo n’aurait pas été cédé car sa mémoire n’a jamais été cédée ? La famille royale belge, la postérité du roi Léopold II, ne pourrait-elle pas un jour chercher à réviser ces accords de cession avec la Belgique  qui serait fait sans mémoire? 

A propos de la psychologie, nous pensons que le roi Léopold II avait un amour excessif pour son bien privé État Indépendant du Congo, pour lequel il s’était battu, investi et qu’il a obtenu malgré l’opposition de ses adversaires. Il est vrai que ce territoire devait servir de source de développement pour la Belgique selon la vision de son monarque ; mais, ce n’est pas pour autant qu’il n’a cessé de miser sur les conditions de vie des autochtones.

Ce roi des Belges était très possessif. Ne serions–nous pas tenté de croire que la perte de ses proches, notamment de sa mère, de sa femme et de ses enfants aurait eu un impact psychologique profond sur Léopold II à tel point que  son Congo était pour lui sa seule raison de vivre?

Concernant l’application psycho-archivologique, nous sommes ravi de confirmer que Léopold II a su revaloriser la profession d’archiviste ; car il  écoutait beaucoup son archiviste et appliquait les conseils de celui-ci, Emile Banning, qui connaissait bien le caractère destructif, mais aussi la valeur des archives comme outil de développement. Ne serions- nous pas tenté de dire que cette prise de position du roi Léopold II pour ses archives serait l’œuvre de Banning ou de tout autre archiviste qui était dans sa cour ? Léopold II, comme autorité qui a été attentive au métier d’archiviste, a mis à la disposition des archivistes aussi bien son attention que des moyens importants pour la gestion de la mémoire.

Nous pouvons retenir que l’analyse archivistique a permis de comprendre les phénomènes relatifs aux archives au regard du respect des principes ou des normes techniques en la matière. Alors que l’explication archivologique, quant à elle,  nous a facilité la compréhension des phénomènes des archives à travers une interdisciplinarité, voire une inter-pluridisciplinarité scientifique axée sur les archives. En d’autres termes, l’archivistique  mise sur la technicité tandis que l’archivologie cherche à donner le caractère scientifique au discours sur les archives. Si l’archivistique mise sur le paradigme de sciences de l’information, l’archivologie, quant à elle, est dans un contexte syntagmatique à travers une interdisciplinarité aussi bien scientifique qu’épistémologique.

 11. La Belgique : l’application de la théorie du pré-carré pour laRD Congo

Une théorie est une construction intellectuelle, hypothétique et synthétique, organisée en système et vérifiée par un protocole expérimental. Elle est aussi un ensemble de lois formant un système cohérent et servant de base à une science, ou rendant compte de certains faits. Elle est ainsi considérée comme un modèle. Le pré-carré, quant à lui, est un domaine réservé. La théorie de pré-carré est une théorie qui est surtout d’application dans les domaines de Relations internationales, de la politique étrangère, du droit international et de la géopolitique. Elle consiste en une explication visant la revalorisation des rapports particuliers régissant les anciennes colonies à leurs métropoles. Elle a aussi comme sémantique les relations entre les vainqueurs et les vaincus d’autrefois. Cette théorie a comme fondement principalement l’Acte de Vienne (1815) et l’Acte de Berlin (1885).

Les Relations internationales sont le contexte de prédilection définissant la théorie du pré-carré. Comme disciplines scientifiques, elles appartiennent historiquement au domaine de la science politique, mais elles mettent aussi en exergue les sciences politiques et le domaine économique à travers l’Economie politique internationale qui s’est beaucoup développée depuis les années soixante-dix. Pour démontrer son internationalisme, les Relations Internationales, étant dans la nouvelle génération des disciplines scientifiques, exploitent aussi le droit international, la philosophie, la géographie à travers la géopolitique, la sociologie, l’anthropologie, la légistique ou la légistologie, etc.

L’hypothèse de base de la théorie du pré-carré que nous avons créée est que les Etats qui ont en commun un passé historique défini soit par la colonisation, soit par la force des vainqueurs, est régi par la consolidation des relations internationales entre une suprématie dominante émettant l’idéologie dominante et les vaincus ou les colonisés d’hier en guise de protectorat.

Il est démontré que la Belgique est le godfather du Congo-Kinshasa, telle est la logique de l’establishment colonial issu de l’Acte de Berlin. Pour ce faire, nous avons écrit en 2015 que « La Belgique est le godfather de la République Démocratique du Congo, à en croire l’esprit de l’Acte de Berlin et de l’acte de cession de l’Etat Indépendant du Congo à la Belgique. Enfin, la République Démocratique du Congo et le Royaume de Belgique ont l’obligation d’honorer la mémoire de ce souverain qui a permis leur rapprochement. Pour l’appropriation de l’œuvre léopoldienne, ces deux nations doivent collaborer étroitement »[48].

 12. La cohabitation positive entre les deux nations

En tout état de cause, la Belgique comme d’autres nations colonisatrices ont cherché à améliorer leurs relations avec leurs anciennes colonies. Et s’agissant de la Belgique comparativement à la France, nous avons retenu qu’ « au même titre que les Français, les Belges se sont trouvés confrontés à la violence de leur passé colonial. Mais, alors qu’en France le débat est resté crispé, faussé par une tentative d’imposer des réponses par une loi affirmant le côté positif de la colonisation, il semble que les Belges ont mieux su regarder ce passé en face : ils lui ont donné une place dans un grand musée et ont ouvert un véritable débat à son sujet »[49].

De ce point de vue, nous pensons que la République Démocratique du Congo gagnerait plus en exploitant la sagesse politique de Nelson Mandela face aux Blancs, anciens détracteurs des Noirs en Afrique du Sud.

La Belgique et la République Démocratique du Congo doivent utiliser une autre approche pour implanter une nouvelle dynamique. Voilà pourquoi le synopsis de notre livre de 2013 se présente comme suit« Plus de 50 ans après son indépendance, l’ancien Congo-Belge a besoin d’une analyse approfondie du système de gestion de sa mémoire pour la réalisation de nouvelles perspectives. Léopold II avait acquisson territoire privé grâce à son archiviste nommé Emile Banning qui lui avait fourni les preuves ayant permis à la Conférence de Berlin de lui confier l’Association Internationale Africaine devenue, par après, l’Etat Indépendant du Congo. Les relations entre le Royaume de Belgique et la République Démocratique du Congo sont émaillées de plusieurs turbulences et pourtant, la Belgique partage une bonne partie de son histoire avec le Congo. Frantz Fanon n’avait-il pas soutenu en connaissance de cause, quel’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette est au Congo ? Pour que celle-ci ne soit pas rouillée, Kinshasa doit la lubrifier en se ressourçant auprès de la Belgique, sa mémoire stratégique dans la géopolitique planétaire »[50].

Dans notre quête tendant à inciter le véritable rapprochement entre ces deux pays à travers la réhabilitation des archives en République Démocratique du Congo, nous sommes en train d’éveiller la conscience du Congolais pour la gestion orthodoxe de sa mémoire et la prise en charge du système de traçabilité pour une administration du développement. Il y a de plus en plus des Congolais qui encouragent la coopération archivistique belgo-congolaise.

C’est pourquoi, un journaliste-documentaliste-archiviste, Delphin Bateko Moyikoli, a écrit un article dont la quintessence est que « Les archives sont un instrument important de développement d’une nation. Elles lui donnent la possibilité de procéder à l’évaluation de ses actions afin de lutter contre les antivaleurs, la fuite d’informations secrètes au niveau des services de sécurité. Elles permettent aussi de lutter contre l’insécurité, la pauvreté et de maintenir l’administration à son meilleur niveau. Raison pour laquelle les Belges, durant la colonisation, mettaient du sérieux dans la gestion et la conservation des archives de la colonie. Cela, afin de mieux gérer et contrôler ce pays-continent. Selon certaines indiscrétions, c’est grâce aux travaux de son conseiller principal Banning (archiviste et bibliothécaire) que le roi Léopold II a pu contrôler efficacement l’EIC, un Etat aux dimensions d’un sous-continent »[51].

La Belgique est aussi connue à travers la prise en charge du domaine des archives et la bibliothéconomie. Aussi, le professeur français en archivistique Bruno Delmas reconnait-il que « Pour la partie pratique et appliquée de l’archivistique, Henri Pirenne, en 1910, emploie le terme d’archivéconomie dans la préface du Manuel pour le classement et la description des archives de Cuvelier »[52].

Comme pour célébrer l’événement de ce centenaire, c’est-à-dire le premier forum international des archivistes, le Royaume de Belgique a organisé en 2010 un colloque des archives entre la Belgique et ses ex-colonies : la République Démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda. Ce forum a connu une participation des Congolais composés de professeurs Isidore Ndaywel, Jacob Sabakinu Kivulu et Bob Bobutaka ainsi que de l’Assistante Antoinette Monikutido.

Par ailleurs, nous avons observé que les présidents du Congo-Kinshasa, à leur arrivée au pouvoir, ils sont soutenus par la Belgique, mais vers le fin de leur règne politique, ils sont souvent en conflits ouverts avec la puissance coloniale de leur pays.

Enfin, « Pour son développement, sa sécurité, son armée, sa justice, son économie, son système d’enseignement fondamental et universitaire, etc., le Congo-Kinshasa a tout intérêt à conjuguer de bonnes relations avec la Belgique. Ces deux pays sont condamnés à vivre en harmonie afin d’éviter les turbulences politiques soutenues par l’esprit revanchard des événements passés pendant la colonisation »[53].

 13. Les objectifs de l’entreprise coloniale et le marketing politique du Congo

Il n’est plus utile de rappeler que le Congo a été créé par la Belgique, notamment par le biais de son souverain, Léopold II, qui a réussi à négocier ses frontières et à donner la forme cartographique de l’actuelle République Démocratique du Congo. Dans cette approche administrative, il faudra noter que ce pays été habité, mais, à titre d’illustration, le royaume Kuba ne partageait pas le même espace avec le Nandé, ou l’empire de Lunda ne savait pas être ensemble avec le royaume Kongo, etc.  

Grâce à l’entreprise léopoldienne et coloniale belge, l’Etat Congo a permis que ses habitants du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est s’identifient comme un seul et même peuple ayant comme objectif fondamental la sauvegarde des limites frontalières de leur pays en construisant ainsi une nation.

S’agissant toujours des conséquences de l’œuvre coloniale, nous apprécions à juste titre les Congolais d’origine qui sont devenus les professeurs des universités, les célébrités sportives, les politiques, etc. belges. Dans ce lot, nous citons : Michi Batshuayi, Romelu Lukaku, Vincent Kompany, Dedryck Boyata, notamment. Concernant Gisèle Mandaila Malamba, on retient qu’elle est née à Kinshasa le 4 septembre1969. C’est une femme politique belge d’origine congolaise (RDC) membre des Fédéralistes Démocrates Francophones (FDF). Elle a assumé au sein du gouvernement Verhofstadt II les fonctions de Secrétaire d’Etat aux Familles et aux Personnes handicapées, adjointe au Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique sous la bannière du FDF (Front Démocratique Francophone), composante du MR. Outre ses mandats, elle est active au sein de plusieurs associations culturelles et sociales, liées à la communauté congolaise de Belgique. Elle a été députée bruxelloise du 7 juin 2009 au25 mai 2014, etc. Quant à la diaspora congolaise en Belgique, elle est la plus importante de la RD Congo à travers le monde et le quartier Matongé[54] à Bruxelles constitue la continuité, voire l’appropriation de la culture autochtone congolaise par la Belgique. Donc, nous confirmons que les objectifs de civiliser les peuples autochtones du Congo par le roi Léopold II sont atteints.

Notre heuristique a réussi à expliquer que les atrocités coloniales ont favorisé la connaissance du Congo, non pas seulement par l’establishment, mais surtout par la communauté des humains de par la planète. C’est ainsi que les massacres de Bobangi par Stanley compte tenu de leur hostilité contre la présence des hommes Blancs, les violations des droits de l’homme orchestrées par Léopold II en imputant les membres des corps humainsdes Congolais, la mort inhumaine de Patrice-Emery Lumumba, les méfaits à l’endroit de Simon Kimbangu, les problèmes créés au premier universitaire congolais formé en Belgique pendant la colonisation : Panda Farnana, les massacres des ouvriers au Katanga, etc. sont des actes qui ont mondialisé l’image du Congo et de surcroît du Congolais. C’est pour autant dire qu’une action négative peut devenir un contexte du Marketing politique pour un peuple.

 Conclusion

Telle est la quintessence de la dédicace de notre livre intitulé : La France, la Belgique et les deux Congo : Mémoire historique, approche archivologique et communication politique publié en France en 2017 qui est ainsi stipulée : Cette œuvre de l’esprit est destinée aux peuples français, belge, congolais de Brazzaville et congolais de Kinshasa pour une meilleure prise en charge des acquis positifs de la colonisation afin de consolider une amitié sincère, fer de lance pour le développement durable de deux Congo.

En ce qui concerne particulièrement les relations entre la Belgique et le Congo-Kinshasa, nous militons pour une nouvelle dynamique d’autant plus que les Congolais ont beaucoup à y gagner. Ces derniers doivent adopter une approche constructive au lieu d’entretenir une approche revancharde en minimisant la petite Belgique qui ne vaut que le 1/80e de la surface géographique de la RD Congo.

La relation entre la Belgique et la RD Congo constitue une stratégie de communication politique et aussi, nous avons noté qu’Henry Morton Stanley, de par ses qualités de journaliste, a consolidé la communication politique entre Léopold II et l’EIC.

Nous sommes d’avis que la Belgique, étant une ancienne puissance coloniale, détient la mémoire stratégique (les secrets du Congo). Avec une approche bibliologique, il appert que les écrits précédant, pendant et ceux d’après la Conférence de Berlin (1885) démontrent à suffisance la part de responsabilité des Belges, par le biais de leur souverain, dans le parcourt historique de la République Démocratique du Congo.

Bientôt 60 ans de son accession à la souveraineté internationale, le Congo-Kinshasa devait remettre la Belgique au cœur de son système politique, économique et social pour son développement durable et le real politik.

L’on se rappellera que la Belgique l’a démontré avant l’indépendance du Congo en soutenant l’économie congolaise qui était prospère et florissante au point d’égaler l’économie canadienne, et de devenir de loin supérieure à celle de l’Afrique du Sud.

Nous encourageons aussi les efforts de minimiser les différends multiformes entre ces deux parties conséquents du passé difficile qu’ils ont su bien vue de prôner une nouvelle entreprise commune et responsable. Les Belges sont et resterons les Noko des Congolais de Kinshasa.

La sagesse africaine voulant, nous nous rappellerons toujours de la chanson de Papa Wemba qui a vraiment pleuré son fils musical King Kester Emeneya et qu’il a fait connaître à travers le monde. En fait, dans cet opus, il dit notamment que Mama moboti, baboyi aya na matanga ya mwana na ye (la mère a été interdite de participer aux funérailles de son fils). La Belgique, mère du Congo, mérite les considérations pour son entreprise au Congo, en sachant qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite.

Nous pensons que cette histoire humiliante entre les deux pays devrait aujourd’hui être un prétexte pour poser de nouvelles bases en vue de perspectives meilleures grâce à une réelle réconciliation et un rapprochement responsable entre la Belgique et la République Démocratique du Congo. Et ce, pour ne pas vanter les relations privilégiées entre la France et ses colonies, la Grande-Bretagne et ses colonies, le Portugal et ses colonies, l’Espagne et ses colonies, etc. nous estimons que la Belgique et la RD Congo doivent faire autant.

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