Élise Muhimuzi au séminaire de la Dynamique des politologues: « la société civile est un acteur majeur dans la moralisation de la vie publique »

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Par Oscar Bisimwa

Les rideaux sont tombés, ce mercredi 29 mai sur l’atelier consacré à « la moralisation de la vie publique », organisé par la Dynamique des politologues (DYPOL), du 27 au 29 mai au centre CEPAS, dans la commune de la Gombe à Kinshasa.

Invitée à entretenir les séminaristes sur le rôle de la société civile dans la moralisation de la vie publique, la présidente de l’organisation regionale « Synergie femmes et paix », a affirmé que la Société civile est la sentinelle de la moralisation de la vie publique dans tous pays du monde.

Devant un auditoire avisé composé de plusieurs dizaines de participants représentant différentes couches de la population, en particulier la crème intellectuelle, Élise Muhimuzi a d’abord expliqué brièvement la mission de la société civile.

A en croire cette figure féminine emblématique de la lutte pour l’égalité des chances et les droits des femmes, les organisations de la société civile concourent notamment à promouvoir la démocratie, la bonne gouvernance et le développement harmonieux dans un climat de paix à travers :

– Une implication effective des citoyens dans la définition, le contrôle et la mise en œuvre des politiques publiques à tous les niveaux ;
– Une participation effective des citoyens dans le processus électoral afin qu’il soit crédible, transparent et apaisé ;
– L’instauration d’un dialogue social et politique, la médiation la réconciliation nationale, la prévention et la gestion des conflits ;
– L’éducation civique, l’information, la communication et le renforcement des capacités des acteurs de la société civile pour leur permettre de jouer efficacement le rôle de veille, d’interpellation et de proposition sur des questions d’intérêt national et international ;

Partant de ces nobles missions, a-t-elle indiqué, la société civile est un observateur actif, pour ne pas dire un acteur important dans la lutte contre les antivaleurs multiformes dans la vie publique: « les églises, les syndicats, les médias, les organisations des droits de l’homme, les mouvements des jeunes et des femmes, tous ensemble doivent constituer une force pour pouvoir faire pression et chercher à tout prix à faire en sorte que la vie publique soit vécue en conformité avec les règles éthiques et morales ».

De la même manière qu’il est exigé aux acteurs politiques particulièrement ceux qui ont la charge de conduire les affaires d’Etat, un esprit de recevabilité vis-à-vis du peuple souverain, toutes ces organisations de la société civile ont le devoir de faire le suivi de l’action gouvernementale et un contrôle citoyen de qualité, affirme Élise Muhimuzi.

En ceci, elle doit savoir de manière claire quels sont les projets à réaliser en faveur de la population, les objectifs et les résultats attendus. Elle doit suivre de près tout ce qui est prévu dans différents secteurs et se rassurer que cela se fait dans le respect des règles éthiques. Le contrôle citoyen dont il est question ici doit permettre de répondre aux questions de savoir si les objectifs définis ont été atteints, si les moyens affectés ont réellement été disponible, si le budget a été bien exécuté.

Après intervient l’étape de la sanction. À ce niveau la société civile doit d’abord prendre conscience de sa force. Un responsable qui ne fait pas correctement les choses après le contrôle doit subir la sanction de la société civile. Et il y a plusieurs manières de le faire. Il ne suffit pas seulement d’attendre les élections, ce qui est, par ailleurs, le moyen par excellence de sanctionner les gouvernants, mais il est possible aussi d’écourter leurs mandats. La société civile en a le pouvoir. La loi donne plusieurs outils d’action qui permettent aux organisations de la société civile de faire pression et même de faire partir les gouvernants qui se seraient compromis dans l’exercice de leurs fonctions. C’est pourquoi j’affirme que la société civile est un grand acteur de changement, un grand acteur dans le processus de moralisation de la vie publique », a insisté Élise Muhimuzi.

La cheffe de file de la « synergie femmes et paix » à partagé son expérience personnelle avec l’assistance pour démontrer qu’il est possible de faire cohabiter la vie publique et la moralité. « Je partage ma modeste expérience pour que ceux qui pensent qu’ils peuvent copier mon modèle le fassent, et ceux qui, à partir de mon expérience peuvent créer quelque chose de plus adapté et de plus efficace le fassent aussi ».

UNE SOCIÉTÉ CIVILE INDÉPENDANTE POUR UNE ACTION EFFICACE

À une question des participants sur l’efficacité de la société civile actuelle dans l’exercice de ses attributions, l’ancienne Coordonnatrice nationale de CONAFED et ex Questeur adjoint de la Commission électorale nationale indépendante fait observer une petite différence entre la société civile d’aujourd’hui et celle d’hier. « celle d’aujourd’hui s’est focalisée sur les événements. C’est devenu une sorte de société civile événementielle qui se rattache à tout bout de champ, aux événements ponctuels. Elle n’est plus du tout bien structurée. Ce qui a un grand impact négatif sur son efficacité.

Selon Élise Muhimuzi, pour être plus efficace, la société civile doit fondamentalement être indépendante. Elle doit refuser la subordination aux partis et regroupements politiques.

L’oratrice a souligné que « cette attitude ne constitue pas un refus d’engagement politique individuel  » mais les organisations de la société civile doivent refuser de s’identifier à un parti ou une idéologie politique, pour assurer plus de légitimité dans leur prise de position afin de veiller à la prise en compte des revendications sociales.

Lorsque les acteurs de la société civile sont soumis aux conditionnalités des acteurs politiques, ils perdent leur représentativité et peuvent être ainsi déséquilibrés, basculés du coté de l’Etat et détruire la condition d’existence de la société civile voire de la démocratie.

« Il sera donc impossible pour les organisations de la société civile, dans une condition de totale dépendance, de jouer véritablement leur rôle de pression, de dénoncer des actes et comportements immoraux dans le chef des acteurs majeurs de la société, si ces derniers, bienfaiteurs de circonstances, s’érigent en patrons et/ou autorités morales de la société civile sensée les rappeler à l’ordre.

FAIRE PARTICIPER LA SOCIÉTÉ CIVILE À LA GESTION DU PAYS

Au cours du débat, les intervenants sont revenus, à l’unanimité ou presque, sur la nécessité de faire participer la société civile à la gestion du pays. Les raisons, chacun en a évoqué des nombreuses, avec des illustrations puisées des modèles de plusieurs pays du monde.

Élise Muhimuzi, qui a pratiquement parcouru le monde, particulièrement l’Afrique, dans le cadre de son activisme au sein de la société civile, tenant des conférences en occident, animant des ateliers en Orient, a affirmé la nécessité d’intégrer les leaders de la société civile dans les institutions, car, a-t-elle souligné, elle demeure l’oeil et l’oreille de la population et la gardienne de ses intérêts.

Il convient de signaler parmi les orateurs, l’ex Ministre d’État au commerce extérieur Jean-Lucien Bussa, les Députés Jacques Djoli et Delly Sessanga, l’ancien Vice-président Azarias Ruberwa, le Professeur Kambayi Bwatsha etc.

À l’instar de Madame Muhimuzi Kindja, tous se sont accordés sur la nécessité d’intégrer la société civile dans le gouvernement et autres instances de gestion dont les entreprises et établissements publics ainsi que les structures d’appui à la démocratie :

« Dans des jeunes democraties et dans des pays comme la Rdc qui se reconstruit, il est utile d’integrer la societe civile dans la gouvernance pour son expetise avérée dans la gestion et la conduite des affaires publiques dans le respect des règles éthiques », ont-ils conclu.

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