RDC-Massacres de Yumbi : les auteurs et les commanditaires attendus devants les cours et tribunaux (Dossier)

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Par Angelo Mobateli

Les Congolais attendent, avec impatience, de voir les auteurs et les commanditaires des massacres de civils opérés entre le 16 et le 18 décembre 2018 à Yumbi, dans la province de Mai-Ndombe (nord-ouest de RD Congo).
« A ce jour, 105 victimes ont été entendues, 83 témoins ont comparu devant les enquêteurs de l’Auditorat général (militaire) et 25 auteurs présumés de ces massacres ont été mis en détention préventive », a dévoilé, jeudi 23 mai 2019 à Kinshasa, la ministre des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa.

Elle a donné les principaux éléments contenus dans le rapport de la commission d’enquête sur ces massacres.

« Le rapport a documenté des cas d’atteintes et de violation des droits de l’Homme ayant causé 461 morts (…), dont l’administrateur du territoire de Yumbi et trois soldats congolais. En outre, 133 personnes ont été blessées: 56 par balle, 33 par arme blanche et 44 par brûlure », a-t-elle précisé.

« Des responsables politico-administratifs » impliqués

Sans autre précision sur l’identité des personnes interpellées, la ministre des Droits humains a révélé qu’ « il y a eu des responsables politico-administratifs qui ont attisé le feu, qui ont déjà été entendus par la justice militaire », déplorant le fait que « les autorités provinciales de l’époque auraient dû prendre des mesures adéquates pour prévenir et éviter ces terribles événements (…) qui ont terni l’image de notre pays ».

L’ancien gouverneur de Mai-Ndombe, aujourd’hui gouverneur de Kinshasa, Gentiny Ngobila Mbaka, a été entendu pendant deux heures par cette commission.

« Comme gouverneur de Mai-Ndombe au moment des faits, il devait nous donner des explications, nous expliquer ce qui a conduit à ce massacre, ce que lui a fait pour prévenir ou pour éviter, ou ce qui n’a pas été fait pour prévenir, éviter des massacres », a regretté », Marie-Ange Mushobekwa.

Ayant donc « péché par omission, par négligence, ils doivent en payer le prix », a-t-elle soutenu.

Les Nations Unies, se fondant sur leur propre enquête menée fin janvier 2019, ont fait état du massacre d’au moins 535 civils – hommes, femmes et enfants – dans trois villages du territoire de Yumbi, sur les bords du fleuve Congo, à quelque 300 km au nord de Kinshasa.

« Les victimes étaient principalement des membres de la communauté Banunu, visées par une communauté rivale, les Batende, qui officiellement contestaient le lieu d’inhumation d’un chef coutumier banunu. Des dégâts matériels importants ont également été enregistrés avec la destruction de 1.539 maisons, neuf centres de santé, vingt écoles ainsi que de trois marchés, 5.772 déplacés ont été recensés, 17.000 personnes se sont réfugiées au Congo-Brazzaville », selon le rapport onusien.

Ces violences meurtrières avaient motivé le report des élections présidentielle et législatives dans le territoire de Yumbi.

« La justice poursuit son travail »

L’Auditorat général des Forces armées de la RDC (FARDC) ayant engagé des poursuites judiciaires contre les présumés auteurs de ces massacres, Marie-Ange Mushobekwa a promis son implication pour que justice soit faite.

« La justice poursuit son travail. Je parle régulièrement avec l’Auditeur général des FARDC. Au nom du secret de l’instruction, je ne peux pas vous en dire plus. Mais, rassurez-vous que les crimes, les massacres commis à Yumbi ne resteront pas impunis », a-t-telle promis.

FIDH : « Les exactions recensées constituent potentiellement des crimes contre l’humanité »

La FIDH, qui s’est rendue à Yumbi mais aussi à Bongende, Nkolo I et Nkolo II pour documenter ces massacres, a rendu public son rapport vendredi 29 mars 2019.

Elle a indiqué que « les exactions recensées constituent potentiellement des crimes contre l’humanité : meurtre d’au moins 535 personnes, mutilations y compris sexuelles, actes de tortures et des traitements dégradants et inhumains, pillages, incendies de bâtiments, en grande majorité des lieux d’habitation ». Rapport.

Quelle est la cause de ces exactions ?

Ces exactions ont été commises « lors de violences entre les communautés Batende et Banunu vivant sur ce territoire, et dans un contexte de rivalités et tensions récurrentes entre ces communautés ». Les enquêteurs de la FIDH rappellent qu’en décembre 2018, les tensions étaient exacerbées après la mort de Mantoma Fedor, chef de la communauté Banunu, à la suite d’un désaccord sur son lieu d’enterrement. « En l’espace de trois jours, trois attaques ont été menées sur trois villages et la cité de Yumbi, majoritairement peuplés par la communauté Banunu, par des assaillants présumés issus de la communauté Batende et ciblant des civils de la population Banunu. »

Comment la FIDH a-t-elle enquêté ?

Elle s’est rendue sur place du 23 février au 1er mars 2019 et a recueilli « une dizaine de témoignages de victimes, témoins, représentants religieux, de la société civile et des autorités locales. L’objectif de la mission était de préciser les types de crimes commis lors des attaques, en déterminer les responsabilités présumées, et d’évaluer la situation politique et sécuritaire actuelle. »

Les témoignages recueillis laissent à penser que ces attaques « ont probablement été préméditées et soutenues par certaines autorités locales ». C’est pourquoi, elle appelle « les autorités congolaises à redoubler d’efforts pour faire toute la lumière sur ces crimes afin d’identifier et poursuivre en justice les responsables. Elles doivent également prendre des mesures sécuritaires et d’apaisement pour éviter de nouvelles violences à Yumbi lors des élections du 31 mars et après cette échéance. »

Depuis ces violences, au moins 16 000 personnes ont fui Yumbi. Certaines se sont déplacées sur des îlots au milieu du fleuve qui sépare les deux Congo, d’autres ont franchi la frontière et sont désormais réfugiées au Congo-Brazzaville.

Trois mois après le massacre de Yumbi, les rescapés sur la table d’opération

Plusieurs médiaux ont couvert les massacres de Yumbi. Certains d’entre eux ont recueilli des témoignages poignants, repris ci-dessous.

Des centaines de personnes ont été tuées ou blessées en territoire de Yumbi, dans la province de Mai-Ndombe, dans l’ouest de la RD Congo, lors d’une série d’attaques survenues à la mi-décembre 2018. Plus de trois mois après le massacre, les soins se poursuivent pour de nombreux rescapés. L’un d’eux, dont le gros orteil avait été découpé à la machette, revient sur sa récente opération dans un hôpital de Kinshasa.

Au moins 535 personnes ont été tuées et 111 autres blessées en territoire de Yumbi, entre le 16 et le 18 décembre 2018, d’après un rapport de l’ONU publié à la mi-mars. Les victimes ont été tuées ou blessées par balles, à l’arme blanche ou encore brûlées. En cause : des affrontements intercommunautaires, liés à des rivalités anciennes, comme nous l’avions indiqué dans un article publié en janvier.

À la mi-mars, Kinshasa a toutefois déclaré que ce conflit intercommunautaire avait également été « instrumentalisé par certains acteurs politico-administratifs locaux ». Un aveu allant dans le sens du rapport des Nations unies, qui soulignait que les attaques avaient été « perpétrées de manière planifiée et organisée », « avec le soutien de certains chefs coutumiers ».

« Les points de suture avaient été mal faits à Yumbi, sûrement car ils avaient été faits dans la précipitation »

Michée Eyoka Esingi, un pasteur de 46 ans, est l’un des survivants du massacre.

« Le 16 décembre, nous étions en train de célébrer la messe quand des hommes ont commencé à attaquer la cité de Yumbi. Nous nous sommes alors enfermés chez moi : nous étions 39. Quand les assaillants sont arrivés, ils ont senti qu’il y avait du monde à l’intérieur, donc ils ont tiré, puis ils ont mis le feu au bâtiment. Je suis alors sorti de chez moi, avec l’une de mes nièces, et je me suis retrouvé face à quatre hommes. L’un d’eux lui a coupé le bras, puis j’ai reçu un coup de machette à la cuisse, et un autre coup au gros orteil. Je me suis rendu compte quelques instants plus tard qu’il avait été coupé. Pendant ce temps, les autres personnes qui étaient chez moi ont tenté de fuir.

Ensuite, je suis resté caché derrière le bâtiment de la Ceni durant trois heures environ, puis j’ai été amené à l’Hôpital général de référence de Yumbi. Là-bas, j’ai vu de nombreux blessés. On m’a alors fait des points de suture au niveau de l’orteil qui avait été coupé et on m’a donné des antibiotiques ».

« Parmi les 39 personnes qui étaient chez moi, dix ont été tuées »

« Parmi les 39 personnes qui étaient chez moi, dix ont été tuées, dont ma mère, deux nièces, une belle-sœur, un petit-fils… Elles ont été tuées à la machette et brûlées.

Je suis resté à l’hôpital durant trois jours, puis j’ai quitté Yumbi le 21 décembre car l’insécurité était trop grande. Je me suis alors rendu dans un village de Mbandaka [une ville située dans la province de l’Équateur, au nord de Yumbi, NDLR], où j’avais de la famille. Là-bas, j’ai continué à me prendre en charge tout seul, en achetant moi-même des antibiotiques ».

« Ma famille m’a poussé à aller à Kinshasa pour me faire soigner, car j’avais des difficultés à marcher »

« Je suis resté dans ce village jusqu’à la mi-mars, puis j’ai rejoint Kinshasa. C’est ma famille qui m’a poussé à aller là-bas pour me faire soigner, car j’avais des difficultés à marcher.

Une fois arrivé dans la capitale, je suis allé à l’hôpital militaire central de camp Kokolo. On m’a expliqué qu’il y avait un problème au niveau de la partie de l’os restante, et que les points de suture avaient été mal faits à Yumbi, puisque les nerfs avaient été touchés. Ça avait visiblement été fait dans la précipitation, pour calmer l’hémorragie et car il fallait secourir beaucoup de gens. Puis j’ai été opéré dans cet hôpital, sous anesthésie générale, le 26 mars, durant plusieurs heures.

« Des gens ont été achevés à la machette »

Des affrontements intercommunautaires ont fait plusieurs centaines de morts en territoire de Yumbi, dans la province de Mai-Ndombe, dans l’ouest de la RD Congo, à la mi-décembre. Les victimes ont été tuées par balles, à l’arme blanche ou encore brûlées, et des centaines de maisons ont été détruites. Le 16 janvier 2019, l’ONU a annoncé un bilan provisoire d’au moins 890 morts. La rédaction des Observateurs de France 24 revient sur ce massacre.

Ce massacre s’est déroulé dans la ville de Yumbi, situé sur la rive gauche du fleuve Congo, et dans plusieurs villages des alentours. Cette zone est notamment peuplée par les communautés Batende (majoritaires) et Banunu (minoritaires). Selon Gentiny Ngobila, gouverneur de la province de Mai-Ndombe, environ 200 000 personnes vivent en territoire de Yumbi, dont environ 40 000 dans la ville du même nom.

Plusieurs photos ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux fin décembre, vraisemblablement prises dans la zone au moment du massacre et dans les jours suivants. Mais il a été difficile de vérifier la plupart d’entre elles, notamment en raison de la coupure d’Internet qui a touché l’ensemble de la RD Congo entre le 31 décembre – au lendemain de l’élection présidentielle – et le 19 janvier.

Qu’est-ce qui a déclenché la tuerie ?

Toutes les personnes interrogées par notre rédaction sont unanimes : c’est l’inhumation d’un chef coutumier Banunu à Yumbi, dans la nuit du 13 au 14 décembre, qui a mis le feu aux poudres. Une provocation, selon les Batende, qui assurent que les terres de Yumbi leur appartiennent.

Gentiny Ngobila, gouverneur de la province de Mai-Ndombe, lui-même de la communauté Batende, assure qu’à la suite de l’inhumation de leur chef coutumier, de jeunes Banunu auraient alors commencé à provoquer les Batende dans la rue, le 16 décembre au matin.

Les rivalités entre ces deux communautés sont anciennes, sur fond de conflits fonciers. Selon Gentiny Ngobila, elles remontent ainsi à 1943, à l’époque coloniale : « En 1963, il y avait déjà eu des centaines de morts lors d’affrontements entre Banunu et Batende. Dans cette zone, il suffit d’une étincelle pour déclencher les hostilités. »

Le 16 décembre : la ville de Yumbi attaquée

Selon tous les témoignages récoltés par notre rédaction, les violences ont débuté dans la ville de Yumbi le 16 décembre, en début d’après-midi, avec l’arrivée d’hommes Batende équipés d’armes à feu et d’armes blanches.

« Des enfants qui n’arrivaient pas à suivre leurs parents ont été tués à la machette »

Jean P. (pseudonyme), 27 ans, est un étudiant à Kinshasa originaire de Yumbi. Banunu, il est membre de la famille du chef coutumier inhumé. Il était en vacances chez ses parents quand le massacre a eu lieu. Par peur de représailles, il a souhaité garder l’anonymat.

J’étais chez moi, au centre de la ville, quand on a entendu des balles vers l’entrée de la ville, à 14 h 30. On a alors vu des personnes fuir et des maisons brûler. Avec ma famille, nous nous sommes enfermés chez nous : nous avons des portes et des fenêtres métalliques que l’on peut fermer à clef, ce qui nous a sauvés.

Depuis les fenêtres, j’ai pu voir un peu ce qu’il se passait, notamment quelques assaillants : quatre hommes grands, sportifs, habillés en noir, masqués et équipés d’armes à feu. Ils tiraient sur les hommes et les jeunes garçons.

Derrière eux, il y avait une équipe d’hommes non masqués qui détruisaient les maisons, les brûlaient et achevaient à la machette ceux qui avait été touchés par balles. Ils tuaient aussi à la machette les enfants qui n’avaient pas réussi à suivre leurs parents qui s’enfuyaient. La plupart des personnes touchées par les balles étaient des hommes. Mais certaines femmes ont aussi été touchées, selon moi sans avoir été ciblées.

L’attaque a duré 1 h 45 environ. Quand je suis sorti de chez moi, j’ai vu une vingtaine de cadavres autour.

D’après des habitants avec qui j’ai échangé, une dizaine d’équipes composées d’une dizaine d’hommes, dont 4-5 équipés d’armes à feu – semblables à celle que j’avais vue –, ont ratissé la cité de Yumbi, soit une centaine d’assaillants armés. Beaucoup de personnes auraient également été tuées au niveau du fleuve Congo, alors qu’elles essayaient de fuir. Beaucoup de corps sont donc tombés à l’eau, emportés par le courant.

Le mode opératoire des assaillants de la cité de Yumbi décrit par Jean P. a été confirmé par le colonel Olivier Gasita, commandant en chef des opérations et administrateur du territoire de Yumbi par intérim depuis le 20 décembre (l’administrateur précédent ayant été tué lors de l’attaque). Ce dernier a mené, avec son équipe, de nombreux entretiens avec les survivants du massacre, qui lui ont décrit le même type d’hommes et d’organisation.

« Nous avons vu des personnes brûlées, blessées à la machette et par balles »

Michel B. (pseudonyme) est médecin à l’Hôpital général de référence de Yumbi, où il était au moment de l’attaque. Lui aussi a préféré garder l’anonymat pour des raisons de sécurité.

J’étais dans mon bureau quand l’attaque a commencé. Mais je n’ai rien vu ou entendu, car nos locaux sont à 3-4 km de l’entrée de la ville, où le massacre a commencé.

Quand ça a commencé, une partie de la population a trouvé refuge dans nos locaux. Ensuite, une centaine de blessés sont venus pour se faire soigner [82 selon le président de la société civile du territoire de Yumbi, NDLR]. Nous manquions cruellement de place, mais tout le monde était mobilisé : il y avait entre 30 et 40 infirmiers.

Nous avons vu des personnes brûlées, blessées à la machette et par balles d’armes de chasse. Une dizaine de blessés n’ont pas survécu, dont des femmes et des enfants : certains avaient de graves brûlures, d’autres ont perdu beaucoup de sang. De plus, certains sont arrivés déjà morts.

Cette photo, floutée par France 24, a circulé sur les réseaux sociaux avant la coupure d’Internet le 31 décembre 2018. Elle montre l’Hôpital général de référence de Yumbi, comme l’a reconnu Sophie Sabatier, de l’ONG Médecins sans frontières. On voit également des personnes blessées, ce qui semble indiquer qu’elle a été prise peu de temps après l’attaque.

Certains habitants sont également allés se réfugier à la paroisse et au centre de santé tenu par les sœurs catholiques dans la ville de Yumbi, tandis que d’autres ont rejoint les îlots du fleuve Congo.

Sur cette photo prise le 23 décembre, un prêtre est entouré de trois hommes en uniforme, probablement des militaires, devant l’église de la ville de Yumbi.

En représailles, des Banunu auraient alors incendié les maisons et un cimetière des Batende dans la ville de Yumbi dans la nuit du 16 au 17 décembre, selon le gouverneur de la province de Mai-Ndombe.

Les 17 et 18 décembre : des villages attaqués autour de la ville de Yumbi

Les 17 et 18 décembre, les villages voisins de Nkolo, Bongende et Kambandi ont également été attaqués par des hommes armés, des Batende selon le gouverneur de la province.

Par ailleurs, l’administrateur du territoire de Yumbi a été tué dans la ville de Yumbi, près du bureau de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), toujours selon le gouverneur de la province. Une semaine plus tard, ce dernier a annoncé que les assassins de l’administrateur avaient d’ailleurs été arrêtés.

Le 18 décembre, trente militaires sont arrivés sur place pour rétablir l’ordre, selon RFI. Puis, le 20 décembre, des militaires envoyés depuis Kinshasa sont également arrivés, dirigés par le colonel Olivier Gasita, nommé commandant en chef des opérations et administrateur du territoire de Yumbi par intérim.

« La ville de Yumbi était ravagée quand nous sommes arrivés, mais nous n’avons pas vu les cadavres car ils avaient déjà été enterrés par les familles. En revanche, à Bongende, nous avons vu de nombreux cadavres qui étaient restés à l’air libre », détaille le colonel Olivier Gasita. Selon un membre de la société civile de Yumbi, ces corps ont été enterrés par la Croix Rouge.

Quel est le bilan humain et matériel de ces attaques ? Des centaines de morts

Concernant le nombre de personnes tuées, le bilan varie selon les sources et reste provisoire. Mais selon le gouverneur de la province, « plus de 90 % seraient des Banunu ».

Le colonel Olivier Gasita évoque un total de 534 morts. Il indique que 415 cadavres ont été retrouvés, dont 230 à Bongende, 166 dans la ville de Yumbi, 12 à Nkoko et 7 à Kambandi. Il ajoute que 119 autres personnes auraient été tuées, d’après les chefs locaux, mais que leurs corps n’auraient pas été retrouvés. Un habitant de Yumbi, membre de la société civile, avance des chiffres similaires.

De son côté, le Bureau des Nations unies pour les droits de l’homme estime qu’au moins 890 personnes auraient été tuées et 82 blessées. Il estime toutefois que le nombre de victimes est probablement « plus élevé ». C’est également ce que pensent Jean P., notre Observateur, ainsi que le père Norbet Longota, interrogé par RFI, dans la mesure où plusieurs personnes ont été brûlées, se sont noyées ou ont été jetées dans le fleuve Congo.

Notre rédaction a vu plusieurs photos montrant des hommes, des femmes et des enfants morts, blessés ou brûlés, vraisemblablement prises entre le 16 et le 17 décembre à Yumbi, bien que nous n’ayions pas encore pu toutes les authentifier formellement. Mais Sophie Sabatier, de l’ONG Médecins sans frontières, qui s’est rendue sur place dès le 22 décembre, ainsi que Michel B., médecin à l’Hôpital général de référence de Yumbi, confirment avoir vu des personnes blessées par arme blanche, par balles ou encore brûlées.

Des centaines de maisons brûlées

De nombreux dégâts matériels sont également à déplorer. « Dans la ville de Yumbi, nous avons vu des maisons détruites dans les quartiers sud de Bolu et Moyi. On parle de 400 maisons détruites », raconte Sophie Sabatier (Médecins sans frontières). Ces chiffres correspondent à ceux avancés par le Bureau des Nations unies pour les droits de l’homme : « Quelque 465 maisons et bâtiments ont été incendiés ou pillés, dont deux écoles primaires, un centre de santé, un poste de santé, un marché et le bureau de la Céni. »

Un habitant de Yumbi, membre de la société civile, évoque quant à lui 698 maisons brûlées dans la ville de Yumbi, 270 à Bongende et 235 à Nkolo.

Le bureau de la Ceni a été brûlé à la mi-décembre, dans la ville de Yumbi.

Que s’est-il passé à la suite des attaques, depuis un mois ?

Ces massacres ont engendré d’importants mouvements de population. D’après le Bureau des Nations unies pour les droits de l’homme, 16 000 personnes se sont réfugiées au Congo-Brazzaville, après avoir traversé le fleuve Congo. Sophie Sabatier (Médecins sans frontières) avance des chiffres semblables : « Nous estimons qu’il y a entre 20 000 et 30 000 personnes déplacées ou réfugiées : certaines se trouvent sur les îlots du fleuve, d’autres dans les terres. »

Selon son ONG, ainsi que le médecin Michel B., ces populations vivent actuellement dans des conditions précaires et sont exposées à différents problèmes sanitaires : malaria (notamment au niveau du fleuve), infections respiratoires, diarrhées ou encore malnutrition.

Certains habitants ont toutefois déjà commencé à rentrer chez eux, dans la ville de Yumbi. « Mais nous avons l’impression qu’à peine la moitié de la population se trouve dans la ville », raconte Sophie Sabatier, retournée à Yumbi en janvier, et rentrée de mission il y a quelques jours seulement.

Les tensions restent toutefois palpables entre Banunu et Batende, selon toutes les personnes que nous avons interrogées. De son côté, le gouverneur de la province de Mai-Ndombe assure avoir commencé à réfléchir à la manière de régler ces problèmes, « la haine ayant pris des dimensions incommensurables ».

Ouverture d’enquêtes

Le Bureau des Nations unies pour les droits de l’homme a ouvert une enquête sur ces violences, de même que les autorités judiciaires congolaises, selon l’institution onusienne. Sur RFI, le gouverneur de la province a indiqué qu’une enquête militaire était également en cours.

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