RDC : l’arrivée de RwandAir menace-t-elle le secteur aérien congolais ?

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Le territoire de la République démocratique du Congo est desservi par plusieurs compagnies aériennes africaines sur des vols régionaux et intercontinentaux. La plupart de ces compagnies ont des hubs dans leurs pays qui ne sont pas frontaliers avec la RDC, à la différence de RwandAir qui va bientôt y opérer , et dont le hub est situé à notre frontière de l’Est.

Des enjeux stratégiques à l’Est de la RDC

Je suis d’avis que l’autorisation à RwandAir d’exploiter des lignes en RDC devrait, au préalable, faire l’objet d’une étude (ou du moins de précautions) pour évaluer son impact sur le développement de notre propre secteur aérien. Car, il s’agit d’un concurrent direct. Nous devrions d’abord travailler à le restructurer pour éviter sa sclérose définitive.
Il ne s’agit pas de discriminer une compagnie, mais il y a des enjeux stratégiques à l’Est du pays. Il ne faut pas offrir gratuitement un avantage à un concurrent naturel. Je dis « naturel » parce que le Rwanda n’a pas le même potentiel économique que le nôtre dans le secteur aérien. Il ne peut prospérer que grâce à ceux de ses voisins en termes de clientèle. Et justement, la clientèle visée par RwandAir pour se développer dans la région est principalement celle de la RDC. Celle-là même sur laquelle comptent nos compagnies internes pour se développer également.

La clientèle congolaise constitue un réservoir stratégique pour RwandAir
Kigali n’est pas géographiquement bien situé pour devenir un grand hub international à l’instar d’Addis-Abeba (situé plus au nord, vers la méditerranée et la mer rouge) pour attirer la clientèle d’Afrique de l’ouest. Tout au plus RwandAir peut évoluer dans le couloir austral et oriental où Kenya Airways et Éthiopian sont déjà bien placés.
Ainsi, c’est la clientèle congolaise qui constitue un réservoir stratégique pour la compagnie rwandaise. C’est d’ailleurs dans cette optique que certaines infrastructures aéroportuaires sont en train d’être reconstruites, notamment celles proches de nos frontières, comme à Kamembe (Cyangungu) qui est situé en face de Bukavu, pour pouvoir capter la clientèle du Sud-Kivu où l’aéroport (aérodrome ?) de Kavumu fait pâle figure.
Bientôt Kamembe pourra accueillir de gros aéronefs et Rwandair siphonnera toute la clientèle congolaise de la région. Nous devons avoir une stratégie nationale pour contrer cette redoutable concurrence qui se profile à un horizon pas lointain et songer à développer notre propre secteur aérien en rattrapant l’immense retard que nous avons.

Conclure un accord de partenariat entre RwandAir et Congo Airways
Je comprends et j’appuie la stratégie du président Félix Tshisekedi qui veut renforcer la paix et relancer les relations économiques avec le Rwanda. Mais, cela ne doit pas se faire au détriment de nos propres intérêts économiques.
C’est vrai que le président Félix Tshisekedi peut avoir une attitude décomplexée pour se rapprocher du Rwanda, serrer la main en riant à Kagamé sans être soupçonné de traîtrise, annoncer en pompe une visite officielle sans accusations de complicité. C’est d’ailleurs une bonne chose que cette indulgence à son égard fasse avancer la paix.
Mais, vouloir acheter de l’eau et de l’électricité au Rwanda pour desservir l’Est de la RDC ne peut pas être une stratégie de développement. C’est un aveu d’échec et d’impuissance de notre pays, qui sera confiné à l’éternel rôle de client-consommateur.
Étant donné ces enjeux régionaux dans le secteur aérien, qui engagent l’avenir et le développement de notre propre compagnie nationale, il serait plus judicieux de conclure un accord de partenariat entre RwandAir et Congo Airways afin que notre compagnie puisse également desservir Kigali, en établissant éventuellement des correspondances pour des destinations hors continent.
La relance notre propre industrie productive doit être le fil conducteur qui nous guide dans les relations avec nos voisins. Ce ne sont pas les ressources qui nous font défaut. Dans un passé pas très lointain, Air Zaïre fut l’une des plus grandes compagnies régionales. Nous pouvons encore le faire…

Me Charles KABUYA

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