RDC-USA : Je t’aime … moi non plus…

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Le Congo-Kinshasa a toujours été voulu comme un pion sur l’échiquier géopolitique occidental en Afrique. Dès son indépendance il a été au cœur des luttes hégémoniques de l’époque de la guerre froide. En conséquence on nous a confisqué le droit de décider nous-mêmes de notre destin après l’indépendance nominale de 1960. Ceux qui s’opposèrent à la perpétuation de la tutelle sur notre pays furent implacablement éliminés, et certains le payèrent de leur vie.

Tout d’abord pion majeur après la prise de pouvoir de Mobutu, le Zaïre sera une pièce essentielle du dispositif américain en Afrique où son rôle géopolitique sera à son apogée au moment de la guerre d’indépendance en Angola.

La réorientation politique et économique amorcée par Mobutu, sous l’influence des jeunes universitaires gauchistes, entraîna quelques premières frictions avec les USA. En effet, la posture nationaliste et souverainiste induite par l’ouverture à la Chine communiste (chose grave à l’époque), la politique d’authenticité, la nationalisation de L’UMHK ou encore la zaïrianisation fut regardée d’un mauvais œil par le tuteur américain et piqua au vif la Belgique qui était déjà engagée dans un bras de fer avec le régime.

C’est ainsi que se succédèrent des épisodes de crispation, avec notamment le refroidissement des relations avec la Belgique jusqu’au point de rupture, et surtout la tentative de coup d’état avec complicité américaine en 1974, qui aura comme conséquence l’expulsion de l’ambassadeur américain, déclaré persona non grata par Kinshasa (le Zaïre est le seul pays africain à avoir osé renvoyer un ambassadeur américain).

Cependant, les liens ne furent pas coupés, le célébrissime secrétaire d’état Henry Kissinger se rendra en personne à Kinshasa. D’ailleurs l’idylle avec l’Occident reprit au moment des guerres du Shaba, contexte de guerre froide oblige… Sous l’impulsion de la France giscardienne le régime fut sauvé par deux fois.

Même le ton critique du président démocrate Jimmy Carter ne suffira pas pour détrôner le Zaïre de son rôle de pion majeur, véritable patron géopolitique de la région, base arrière de la lutte contre l’influence de l’est en Angola et au Congo-Brazzaville.

L’arrivée du président Reagan à la Maison Blanche (où il recevra en grande pompe Mobutu) ne fera que conforter cette situation. Il en sera de même avec Georges Bush senior qui passe pour être un proche du président zaïrois depuis les années où il avait dirigé la CIA (il devait certainement partager beaucoup de secrets avec lui, vu le rôle peu reluisant que cette agence a joué dans le destin contrarié de notre pays…)

Le glas du régime de Mobutu sera sonné par la fin de la guerre froide. Bill Clinton portera l’estocade à un régime rongé par 32 années de mauvaise gouvernance, avec au final un effondrement économique sans précédent, le délabrement des infrastructures, et surtout,  une dictature féroce sur fond de culte de la personnalité à outrance.

C’est ainsi que le Zaïre tomba de son piédestal au profit de deux petits états de l’est africain  (l’Ouganda et le Rwanda) qui étaient jusqu’alors presque ses vassaux.

Quelles  leçons tirer de la montée, puis de la chute du Zaïre ?

Premièrement, le régime de Mobutu a failli par incompétence. Le système s’est auto-phagocyté en perpétuant ses tares : népotisme, corruption, détournement des fonds publics, impunité, velléité politique etc. Lorsqu’on ajoute à cela l’absence d’une armée républicaine équipée et motivée, le régime était mûr pour tomber.

En deuxième lieu, on remarquera qu’à aucun moment de notre histoire les américains ne se sont préoccupés de la situation économique et sociale des populations congolaises, et encore moins de la démocratie et des libertés publiques.

Ils ont appuyé et soutenu leur pion Mobutu sans se soucier de son peuple. Seuls leurs intérêts géopolitiques et économiques étaient la priorité. Aujourd’hui leur soudaine focalisation sur la démocratie et les libertés laisse perplexe, car dans le même temps les USA continuent à soutenir et à armer des régimes qui font pire que notre jeune démocratie.

Il suffit juste de regarder par-dessus nos frontières pour se rendre compte que des régimes se perpétuant de manière inique et violente sont des partenaires privilégiés des Usa. Il règne chez les nouveaux parrains de la région, choisis par Bill Clinton (l’Ouganda et le Rwanda), une dictature de fer pour l’un et sanguinaire pour l’autre. Apparemment tout cela n’émeut pas le parangon de la démocratie au Congo qu’est devenu l’Amérique…

Si les Usa cherchent des pays à sanctionner pour manquements aux devoirs démocratiques, il leur suffit de jeter un œil sur la liste de leurs amis, qui en regorge…

Pourquoi la RDC ?

Il est manifeste que depuis la rupture d’avec le Rwanda et l’Ouganda initiée par LD Kabila les Usa n’ont plus les yeux de Chimène pour la RDC, qu’ils voyaient cornaquée par ces deux pays pour contrôler ses richesses. La poursuite de cette politique souveraine n’est pas de leur goût et ils semblent prêts à tout tenter pour favoriser l’arrivée d’un pouvoir plus tourné vers leurs intérêts.

Le cynisme régnant en maître dans les relations internationales on pourrait dire que c’est de bonne guerre. Sauf qu’il ne faudrait pas que nos intérêts et notre souveraineté soient sacrifiés sur l’autel de ceux des autres. Le seul fait de voir cette puissance, qui ferme les yeux un peu partout dans le monde, se focaliser sur le débat politique congolais avec partialité doit nous interpeller. Le fanatisme politique ne doit pas nous aveugler.

Par notre attitude haineuse, nous favorisons aujourd’hui l’affaiblissement de notre pays, et donc le manque de considération qu’on nous porte et la stigmatisation à outrance dont nous faisons l’objet. C’est cette attitude que j’appelle « le syndrome VITA-IMANA »,  et qui fait que les supporters de l’un ou l’autre camp s’en vont au stade encourager une équipe étrangère lorsqu’elle joue contre leur adversaire local… Nous pouvons ne pas être d’accord entre nous, mais nous ne devrions pas transiger avec le respect dû à notre pays qui est traité par les autorités américaines comme une vulgaire colonie de leur pays, sous les applaudissements incitatifs de certains congolais dénués de toute dignité.

N’oublions pas que Lumumba fut assassiné par les belges et la CIA, mais que les exécutants étaient des congolais emplis d’une haine qui confinait à la barbarie.

Cette haine entre nous est notre faiblesse majeure, par laquelle on nous manipule, et elle pourrait constituer un réel danger pour notre unité….

 

Me Charles Kabuya

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