Politique

RDC-ONU : les points noirs du message de Joseph Kabila à New York

Oubli ou omission : toujours est-il que des millions de Congolaises et de Congolais ayant sacrifié leur sommeil pour attendre le discours de leur président à la tribune des Nations Unies, le mardi 25 septembre 2018, au-delà de 23 heures, ont tiqué en l’entendant saluer la mémoire du Secrétaire général honoraire Kofi Annan, et ne pas faire autant pour les morts de Beni. A défaut, une minute de silence aurait réconforté de nombreux cœurs meurtris.

Les Casques bleus,  forces-tampon entre l’armée et les forces rebelles

Comme si cela ne suffisait pas, le Chef de l’Etat a remué le couteau dans la plaie de plus d’un originaire du Nord-Kivu, en exhumant le dossier du retrait progressif des troupes onusiennes du territoire national. Même s’il est indiscutable que de la Monuc (Mission des Nations Unies au Congo) à la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo), les « résultats sont mitigés » au chapitre du rétablissement d’une paix durable, il serait injuste de ne pas reconnaître aux Casques bleus le mérite d’avoir planté le décor de la cessation des hostilités déjà en 1999, en traçant une ligne de démarcation entre belligérants rebelles et gouvernementaux.

Au moment où l’armée congolaise n’existait que de nom, entre 2003 et 2006, ce sont les Casques bleus qui servaient de forces-tampon entre elle et les mouvements rebelles, dont les responsables politiques siégeaient dans les institutions de la République mais que la moindre étincelle pouvait renvoyer dans les territoires occupés entre 1998 et 2003. Si l’on peut se féliciter aujourd’hui d’avoir un pays plus ou moins réunifié politiquement et administrativement, c’est en grande partie grâce aux sacrifices humains et matériels des éléments de la Monuc et de la Monusco.

La Monusco aux côtés des FARDC pour chasser les rebelles du M23

Par la suite, les militaires onusiens n’ont cessé d’être aux côtés des FARDC, tantôt pour combattre les forces négatives étrangères, tantôt pour traquer les groupes armés internes. On ne peut oublier le concours logistique apporté par les troupes onusiennes à celles du gouvernement pour chasser les rebelles du M23 d’abord de la base de Rumangabo et ensuite de la ville de Goma en 2012.

D’où, en cette période de nouvelle dérive sécuritaire en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Nord-Katanga et dans le Grand Kasaï, d’aucuns voient d’un mauvais la relance de la requête du retrait progressif de la Monusco. Pour nombre de compatriotes, l’armée nationale devrait donner des preuves suffisantes de contrôle effectif de la situation sécuritaire sur l’ensemble du territoire national avant d’exiger le désengagement des troupes onusiennes.

Même si ces dernières ne travaillent pas à la satisfaction totale des autorités congolaises, le commun des mortels les considèrent comme un mal nécessaire pour la sécurisation de la RDC en période électorale.

Processus électoral : schéma du pourrissement

Pour ce qui du processus électoral, plusieurs facteurs poussent à douter de son caractère irréversible. On a plutôt le sentiment que le pouvoir en place a choisi le schéma du pourrissement du climat électoral, avec la très controversée machine à voter, un fichier électoral pollué avec la présence de plus de 6 millions d’électeurs sans empreintes digitales, l’exclusion des prisonniers politiques emblématiques ou en exil, l’autorisation sélective des manifestations publiques, l’incertitude du financement des élections par le Trésor public congolais, etc.

Situation socio-économique : désespoir des Congolais d’« en bas »

Enfin, au plan économique et social, les Congolais d’« en bas » attendent désespérément les signaux de la marche du pays dans la voie de l’émergence.

Avec des infrastructures routières, ferroviaires, portuaires, aéroportuaires, sanitaires, scolaires, administratives, culturelles et sportives d’une autre époque, le chômage qui touche plus de 80% de la population, les faillites en chaines des  entreprises publiques et privées…nos compatriotes ont du mal à croire que le pays va bien.

Par conséquent, le message livré par Joseph Kabila à partir de New York a plus déçu que réjoui des millions de Congolaises et Congolais.

Kimp/CR

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