Politique

RDC-Présidentielle : F. Matungulu appelle la Cour constitutionnelle à « écouter la population », CENCO et USA interrogateurs

Le professeur Freddy Matungulu, candidat à la présidentielle de décembre 2018 en République démocratique du Congo (RDC), invite la Cour constitutionnelle à « écouter la population congolaise » dans son travail de traitement des recours des candidats invalidés.

« Nous demandons à la Cour de nous écouter, d’écouter la population congolaise, de faire un travail qui nous permette de revenir comme il se doit sur la voie de +l’inclusivité+ de ce processus électoral », a déclaré le candidat présenté par le regroupement politique SYENCO mardi 28 août 2018 à Radio Okapi.

Vendredi 24 août, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a jugé « irrecevables » six dossiers des candidatures à l’élection présidentielle. Certains ont été écartés pour défaut de nationalité d’origine, la non traçabilité de paiement des frais de dépôt de candidature. D’autres pour conflit d’intérêt, défaut de qualité et condamnation judiciaire.

D’avis que ces invalidations ont été faites « à la tête du client », Freddy Matungulu précise :

« C’est ça qui nous préoccupe le plus. Il ne faut pas que ce processus électoral qui connait déjà beaucoup de difficultés voie sa fiabilité et sa crédibilité remises en cause par ce travail bâclé fait par la CENI », s’inquiète le président du parti politique de l’opposition Congo na Biso, qui dit « soutenir tous les candidats qui ont déjà saisi la Cour pour introduire leurs recours ».

« Je crois que les avocats qui travaillent pour nos collègues de l’opposition qui ont été invalidés sont de personnalités de très haut rang avec l’expertise qu’il faut. Ils sauront développer les arguments nécessaires pour arriver à nous imposer ce retour à ‘’l’inclusivité’’ du processus électoral », espère-t-il.

CENCO : « Les élections biaisées nous maintiendront dans la crise »

Mgr Marcel Utembi, président de la CENCO a affirmé lundi 27 août 2018 que les élections biaisées maintiendront le pays dans la crise.

Intervenant par vidéoconférence au Conseil de sécurité réuni pour parler de la situation de la RDC, le président de la CENCO a reconnu que certains progrès ont été réalisés jusqu’ici dans la préparation des élections en RDC mais que « la joie présente aura été éphémère et illusoire si le processus électoral en cours n’aboutit pas à l’organisation des élections transparentes, crédibles, inclusives et apaisées ».

Parmi les progrès réalisés, Mgr Marcel Utembi a notamment cité le dépôt des candidatures aux différents scrutins, la décision du chef de l’Etat de ne pas se représenter et la désignation du candidat du FCC à l’élection présidentielle.

Pour éviter que la crise ne s’installe, la CENCO recommande aux autorités congolaises et à la CENI de « publier le plus tôt possible des listes provisoires des personnes enrôlées afin de rassurer le peuple congolais de l’effectivité des personnes réellement enrôlées sans empreintes digitales ; la recherche d’un consensus sur l’utilisation ou non de la machine à voter, en favorisant les concertations tripartites entre la CENI, la Majorité et l’opposition autour des experts ;  le parachèvement de la mise en œuvre de l’Accord de la Saint-Sylvestre, notamment en appliquant le reste des mesures de décrispation ».

La CENCO recommande aussi au gouvernement d’éviter « de forcer l’interprétation des lois et de manipuler la justice dans le but d’exclure de façon arbitraire certains candidats de la compétition électorale ». La Conférence des évêques catholiques plaide aussi pour la facilitation de l’observation des élections aux organisations nationales et internationales qui en ont la compétence et qui expriment le vœu de participer au rendez-vous électoral du 23 décembre 2018.

Implication de la communauté internationale

Après avoir déploré le fait que la forte mobilisation de la femme congolaise enregistrée lors des élections de 2006 a sensiblement baissé pour diverses raisons, la porte-parole de l’ONG Rien sans les femmes, Mme Solange Lwashiga Furaha, invitée à faire entendre la voie de la femme au cours de cette réunion du conseil de sécurité a relevé certains défis.

Elle cite notamment les défis sécuritaires qui endeuillent surtout la femme, le refus des autorités congolaises de recevoir le financement extérieur des élections, le manque de compromis autour de la machine à voter et la question relative au fichier électoral.

« Nous recommandons au Conseil de sécurité de l’ONU de pousser le gouvernement congolais à comprendre l’importance de l’appui de la communauté internationale dans l’organisation des élections et la crédibilisation de ces dernières ainsi que la prévention des violences électorales. Qu’il réactive aussi le rôle logistique et sécuritaire de la MONUSCO », recommande Mme Solange Lwashiga Furaha.

Le président de la CENI qui devait également prendre la parole à cette occasion pour donner des précisions aux membres du Conseil de sécurité autour du processus électoral en cours, n’a pas pu le faire, à cause d’un « problème d’agenda ».

Nikki Haley : « Les organisateurs préparent-ils des bulletins de vote en papier en guise d’un plan alternatif ? »

L’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Mme Nikki Haley, a prononcé une allocution à l’occasion d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation en RDC le 27 août 2018, dont le contenu ci-après :

« Aujourd’hui, à 118 jours des élections – le gouvernement de la RDC dispose de moins de quatre mois pour achever l’organisation d’élections libres, équitables et crédibles. Heureusement, nous avons déjà franchi une étape importante. Le président Kabila n’a pas présenté sa candidature à la présidence avant la date limite, de sorte qu’il ne peut pas légalement se représenter ou occuper légitimement les fonctions de président après janvier 2019.

Les États-Unis se félicitent de l’annonce selon laquelle le président Kabila ne briguera pas un troisième mandat. Il s’agit d’une étape importante sur la voie d’une transition pacifique du pouvoir. L’histoire jugera favorablement la décision du Président Kabila si elle conduit à des élections libres, équitables et crédibles qui se traduiront par une démocratie durable pour le peuple congolais, ce qui sera, nous l’espérons, l’héritage qu’il fera sien dans les mois à venir.

Bien que nous reconnaissions les progrès, nous ne pouvons pas nier les signaux  rouges et les questions restées sans réponse. À moins de quatre mois du scrutin, comment la CENI transportera-t-elle le matériel électoral dans plus de 90 000 bureaux de vote? Y aura-t-il suffisamment de machines à voter ou les autorités vont-elles prolonger le vote de plusieurs jours, voire plusieurs semaines?

Les autorités peuvent-elles recharger des machines à voter avec seulement une autonomie de 12 heures? Les organisateurs des élections ont-ils largement testé les machines? Les électeurs, dont beaucoup n’ont jamais utilisé un écran tactile, sauront-ils comment les utiliser? Les organisateurs préparent-ils des bulletins de vote en papier en guise d’un plan alternatif si les machines à voter électroniques échouent?

Ces questions posent des problèmes, mais il existe des solutions. Les autorités congolaises devraient permettre à la MONUSCO de fournir un soutien logistique et de transport. La MONUSCO dispose déjà d’actifs que la mission est prête à déployer. Les autorités congolaises devraient également laisser les électeurs utiliser des bulletins de vote en papier; Il s’agit d’une méthode de vote fiable, testée, transparente et facile à utiliser.

La RDC peut et doit utiliser les mêmes opérations qu’elle a mises en œuvre avec succès en 2006 et en 2011, notamment avec le soutien des Nations Unies. Les bulletins de vote en papier ont été assez bons pour que le président Kabila soit élu, et ils devraient être, comme garde-fou, suffisamment bons pour élire son successeur.

J’ai eu l’occasion de rencontrer le président Kabila l’année dernière. S’il était ici aujourd’hui, je lui dirais qu’il est louable que le gouvernement de la RDC veuille financer seul ses élections, mais est-ce faisable ? Est-ce réaliste ? Est-ce même nécessaire ?

Que la CENI accepte l’aide logistique de la MONUSCO n’est pas une insulte à la souveraineté de la RDC. Au lieu de cela, la RDC gaspille de précieuses ressources pour acheter des capacités qui sont déjà à sa disposition. Pendant ce temps, mon gouvernement et d’autres consacrent des dizaines de millions de dollars à une aide humanitaire vitale pour ce pays.

Il est troublant que le président Kabila et la CENI refusent cette aide. Nous respectons la RDC en tant qu’État membre souverain des Nations unies. Mais cela ne peut qu’éveiller des soupçons lorsque le gouvernement congolais refuse l’aide qui aiderait à faire d’élections libres, équitables et crédibles une réalité, tout en continuant à accepter l’aide humanitaire que beaucoup d’entre nous continuent de lui donner.

Il doit exister un espace politique où les candidats puissent faire campagne, les citoyens se rassembler et les membres de l’opposition parler librement, sans crainte. L’opposition ne peut faire l’objet de violences, d’intimidations, de harcèlement, ni être réduite au silence. Les partis politiques doivent pouvoir rivaliser sur un même pied d’égalité. Nous ne connaîtrons jamais la volonté du peuple congolais en l’absence d’un environnement propice  pour ces élections.

Nous avons 118 jours. Ces problèmes peuvent être résolus. Il reste assez de temps. Nos soupçons s’avèreront peut-être injustifiés. Il s’agit toutefois en dernier lieu du choix du gouvernement congolais. Les espoirs d’autodétermination de plus de 80 millions de citoyens congolais dépendent des décisions que le président Kabila et la CENI prendront dans les jours et les semaines à venir.

Le moment de choisir est venu. Nous leur demandons de choisir l’aide de la MONUSCO. Choisissez des élections libres, équitables et crédibles le 23 décembre. Choisissez une transition pacifique du pouvoir en janvier 2019. Choisissez ainsi un avenir meilleur pour des générations de Congolais à venir ».

 

RO/CR

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