RDC-Beni : « Toutes les dispositions sont prises pour contenir Ebola » (ministère de la Santé)

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« Toutes les dispositions sont déjà prises pour contenir la fièvre hémorragique à virus Ebola dans le territoire de Beni au Nord-Kivu », a assuré samedi 4 août 2018 le directeur général de la lutte contre la maladie au ministère de la Santé, le Dr Ndjoloko Tambwe Bathé.

« Aujourd’hui, nous avons un laboratoire. Hier [vendredi 3 août] la nuit, nous avons eu les premiers résultats des échantillons ici même à Beni. Nous savons déjà que maintenant on a eu 3 cas à l’hôpital de Beni qui sont positifs et 6 autres à Mangina. Nous enclenchons toutes les machines qu’il faut pour endiguer l’expansion de l’épidémie à Beni », a calmé Dr Ndjoloko Tambwé, lors de la campagne de sensibilisation des couches de la population pour une riposte rapide dans la lutte contre la maladie à virus Ebola.

Il a rappelé que cette campagne n’est qu’à son troisième jour et qu’à ce stade, il serait difficile d’évaluer la riposte.

« Nous ne sommes qu’au troisième jour de l’organisation de la riposte. Nous ne pouvons pas vous dire qu’il y a une bonne évolution ou non, pour la simple raison que nous sommes en train de faire l’état des lieux. Nous ne pouvons pas dire que les choses ne sont pas en train de se mettre en place », a tempéré Dr Ndjoloko.

D’après lui, le virus Ebola est décrit comme extrêmement mortelle pouvant faire jusqu’à plus de 80% de morts parmi ses victimes.

Dr Ndjoloko Tambwe Bathé, a invité la population à la vigilance, à l’observance des règles d’hygiène et à ne pas paniquer tout en orientant tous les cas suspects vers les centres de santé les plus proches.

Il a aussi souhaité que toutes les parties prenantes soient impliquées pour une réponse rapide dans la lutte contre l’Ebola, notamment en sensibilisant la population pour le respect des règles d’hygiène.

Lors de la campagne de sensibilisation, les représentants de toutes les couches de la population et la presse de Beni ont été conscientisés sur la maladie à virus Ebola, son origine, sa gravité, ses modes de transmission et surtout les moyens de prévenir cette épidémie.

Le début de la vaccination contre l’épidémie à virus Ebola a été annoncé pour le mercredi 8 août prochain. Deux centres de traitement de l’Ebola (CTE) sont installés l’un à Mangina et l’autre à l’Hôpital général de Beni.

Ces deux CTE seront totalement fonctionnels dans les trois prochains jours, a déclaré le directeur général de la lutte contre la maladie.

La MONUSCO propose son appui logistique

Une délégation conduite par le ministre congolais de la Santé, Oly Ilunga, et le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations Unies en République démocratique du Congo, David Gressly, s’est rendue à Beni jeudi 2 août 2018 pour organiser la riposte contre la maladie à virus Ebola.

Il y a quelques jours le gouvernement congolais a officiellement annoncé la réapparition de l’épidémie à virus Ebola en RDC, cette fois dans le territoire de Beni dans la province du Nord-Kivu.

Cette délégation spéciale en provenance de Kinshasa et Goma qu’une foule nombreuse est venue accueillir à l’aéroport de Beni-Mavivi était composée du gouverneur de la province du Nord-Kivu, des représentants des agences du système des Nations Unies dont l’OMS, d’une équipe d’intervention rapide du ministère de la santé publique et de partenaires impliqués dans la lutte contre la maladie à virus Ebola, notamment MSF-France.

Dès leur arrivée, une réunion s’est tenue à l’aéroport de Beni pour faire le point de la situation épidémiologique dans la région. Ainsi, comme le révèlent les statistiques : vingt-six cas ont été rapportés dont quatre confirmés et vingt décès communautaires enregistrés parmi lesquels dix-neuf dans l’aire de santé de Mangina, un dans l’aire de santé de Bingo ; neuf malades sont actuellement hospitalisés dans le territoire de Beni.

Par ailleurs, dans le cadre des mesures de santé publique arrêtées au cours de cette rencontre pour la mise en œuvre du plan de réponse élaboré par le gouvernement congolais, des mesures de coordination ont été convenues notamment : l’identification de la ville de Beni comme base de coordination de l’opération de réponse à l’épidémie sur le terrain.

Un comité de crise a également été mis en place pour les quatre zones de santé concernées par la maladie et des dispositions relatives aux mesures de surveillance, de prévention et contrôle des infections, de prise en charge médicale ont été arrêtées afin d’endiguer la maladie et prévenir sa propagation.

Appuyer les efforts du gouvernement

Le Représentant spécial adjoint de la MONUSCO a déclaré que la Mission onusienne se tient prête à appuyer tous les efforts des autorités congolaises selon ses moyens disponibles dans la mise en place logistique de la riposte à la maladie, comme cela avait été le cas précédemment à Mbandaka il y a quelques semaines lors de la précédente épidémie.

A l’issue de réunion, une partie de la délégation composée de M. Gressly, du ministre congolais de la Santé, du gouverneur de la province du Nord-Kivu et des représentants des agences onusiennes s’est rendue à Mangina, localité de 60.000 habitants située à 42 kilomètres au sud-ouest de la ville de Beni et épicentre de la maladie à virus Ebola, pour non seulement marquer sa solidarité avec les populations locales mais également s’enquérir de la situation épidémiologique sur le terrain.

Tandis que l’autre partie est restée sur place à l’aéroport de Beni afin d’identifier deux lieux pouvant accueillir un laboratoire mobile d’analyses d’une part et d’éventuels malades d’autre part.

A l’issue de la visite à Mangina, le ministre de la Santé a indiqué que des laborantins et épidémiologistes de l’Institut National de Recherche Biologique (INRB) allaient rapidement déployer un laboratoire d’analyses non loin de l’aéroport de Beni.

Au micro des radios locales, le gouverneur de la province du Nord-Kivu Julien Paluku a appelé les populations du territoire de Beni à ne pas céder à la panique après l’annonce des cas confirmés d’Ebola, d’éviter les mouvements vers d’autres agglomérations mais aussi d’observer les mesures d’hygiène en mettant l’accent sur le lavage régulier des mains pour prévenir la maladie.

En outre, les défis sécuritaires liés à la présence de nombreux groupes armés dans la région, la province du Nord-Kivu est l’une des plus peuplées de la République démocratique du Congo avec une population estimée à environ huit millions d’habitants dans laquelle s’observe un mouvement dynamique des populations vers d’autres régions, car elle est voisine de la province du Sud-Kivu au sud, du Maniema et de la Tshopo à l’ouest, de l’Ituri au nord et de l’Ouganda à l’est.

L’OMS observe « des risques élevés à l’échelle nationale et régionale »

« L’épidémie d’Ebola dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) présente un niveau de risque de santé publique élevé pour le pays et la région », a déclaré un haut responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Comme nous pouvons le supposer, il semblerait que le risque soit élevé en RDC. Pour la région, il est également élevé compte tenu de la proximité des frontières, en particulier de l’Ouganda », a déclaré le docteur Peter Salama, le directeur général adjoint de l’OMS pour la préparation aux situations d’urgence et les interventions.

« Nous parlons de dizaines de kilomètres mais je souligne que ce sont des informations très préliminaires à ce stade », a-t-il précisé, lors d’un point de presse samedi 4 août à Genève. A l’échelle mondiale, le risque est actuellement considéré comme faible par l’OMS.

Le virus Ebola a été signalé à Mangina, un village situé à 30 kilomètres au sud-ouest de Beni, dans la province du Nord-Kivu (est de la RDC). Sur les 26 cas suspects identifiés, quatre personnes ont été testées positives au virus Ebola dans et autour de Mangina.

Vingt autres personnes sont mortes de fièvres hémorragiques non identifiées dans la région, principalement durant la seconde moitié du mois de juillet.

Le virus sévit dans un environnement complexe sur le plan sécuritaire et humanitaire

Cette nouvelle épidémie d’Ebola a lieu dans une région de la RDC présentant de nombreux défis.

Aux contraintes logistiques, s’ajoute le fait que le virus est apparu dans des zones situées à proximité de forêts tropicales et où règne l’insécurité. Dans ces conditions, l’OMS a averti que les difficultés allaient être maximales pour enrayer la nouvelle épidémie d’Ebola. « Tenter d’éteindre une flambée d’un pathogène mortellement dangereux dans une telle zone, reste un défi », a ajouté Peter Salama. « Ici, c’est le niveau de sécurité 4 pour l’ONU, l’un des plus élevés », a-t-il expliqué.

Pour toutes les équipes de l’ONU déjà déployées sur le terrain, l’urgence est désormais d’identifier les contacts des patients. « L’identification la plus rapide des contacts et des contacts des contacts est l’un des éléments principaux de la lutte contre Ebola », fait remarquer l’OMS.

L’agence onusienne en charge des questions de santé a également souligné les difficultés liées à la présence de nombreux déplacés internes dans la région et aux mouvements de population vers l’Ouganda voisin, où les travailleurs humanitaires sont en état d’alerte pour identifier tout cas suspect.

En mars dernier, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) estimait que plus de 1,3 million de déplacés internes vivaient dans la province du Nord-Kivu sur un total de plus de 4 millions de personnes déplacées au sein de la RDC.

Une inhumation non sécurisée pourrait être à l’origine de l’épidémie (OMS)

L’OMS essaie de mieux comprendre les circonstances de l’apparition d’Ebola au Nord-Kivu.

A ce stade des enquêtes épidémiologiques, tout laisse à croire que la souche de du virus était très probablement la souche Zaïre, la plus mortelle, mais contre laquelle il existe un vaccin expérimental « sûr et efficace » qui a pu être utilisé lors de la précédente épidémie à Badanka, dans la province de l’Equateur (nord-ouest du pays).

Pour l’agence onusienne pour la santé, le décès et les funérailles non sécurisées d’une femme de 65 ans à Mangina pourraient être à l’origine de cette dernière épidémie Ebola. Sept membres de la famille de la personne décédée sont morts peu après et présentaient des symptômes semblables à ceux de la fièvre hémorragique, a expliqué le docteur Peter Salama.

Face à cette nouvelle urgence humanitaire et sanitaire, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) s’est mobilisé aux côtés du gouvernement congolais pour lancer la riposte contre cette dernière épidémie d’Ebola et aider à contenir la propagation de la maladie.

« Outre le déploiement du personnel, nous misons sur des activités de communication pour le développement pour sensibiliser les populations », a déclaré Christophe Boulierac, le porte-parole de l’UNICEF à Genève. M. Boulierac a indiqué que le fonds onusien focalise également son action sur des programmes d’eau et d’assainissement et apporte une aide aux enfants.

La RDC a déjà connu neuf précédentes épidémies d’Ebola sur son territoire où le virus a sévi pour la première fois en 1976.

A Beni, aucun nouveau cas de décès, ni de cas suspect enregistré (ministère de la Santé)

Dans son bilan publié samedi 4 août 2018 sur la situation épidémiologique de la maladie à virus Ebola, le ministère de la Santé dit n’avoir enregistré aucun nouveau cas de décès ni de cas suspects dans le territoire de Beni au Nord-Kivu.

Selon le ministère de la Santé, le bilan reste le même : 43 cas déclarés pour 33 décès dont 3 parmi les cas confirmés.

Le cas emblématique est celui d’une femme de Mangina, l’épicentre de l’épidémie. Agée de 65 ans, cette dame est décédée après une hospitalisation au centre de référence de cette localité.

Après son enterrement, les membres de sa famille qui s’occupaient d’elle ont présenté les mêmes symptômes avant que 7 d’entre eux décèdent à leur tour.
Les premières investigations révèlent qu’en plus des 5 zones de santé du Nord-Kivu où sont apparus des décès ainsi que des cas suspects et confirmés, 2 zones de santé de la province voisine de l’Ituri sont aussi concernées.

Le ministère de la Santé annonce par ailleurs que des laboratoires sont déjà opérationnels dans plusieurs villes des provinces du Nord-Kivu, de la Tshopo et de l’Ituri, pour éviter la propagation de la maladie.

RO/ONU Info/CR

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