RDC-Sortie de crise: Adolphe Muzito propose la révision de l’accord du 31 décembre

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Par Oscar BISIMWA

Dans sa 19ème Tribune publiée ce 24 juin 2018 et disponible sur congoreformes.com, l’ancien Premier Ministre dévoile trois plans, tous néfastes pour le pays, élaborés par le régime en place, profitant de la situation confuse actuelle, pour se pérenniser au pouvoir.

• Le Plan A consisterait à organiser des élections frauduleuses avec le fichier électoral contenant près de 20 millions de cas douteux comme le relève l’audit de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ; avec une machine à voter contestée, non seulement par la majorité de Congolais, mais aussi par le pays du fabricant, et avec une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) toute acquise à la cause du pouvoir en place. La présence naïve de l’Opposition à
une telle élection ne servirait que de faire valoir.

• Le Plan B : consistant pour le pouvoir d’aller aux élections sans l’Opposition, en l’amenant à les boycotter de manière à les gagner pour régner seul, comme cela s’est déjà passé dans certains pays d’Afrique.

• Le Plan C : aller de glissement en glissement au nom du principe selon lequel les institutions en place ne sont remplacées que par celles qui seront élues.

Pour être plus explicite, parlant de la tricherie, Adolphe Muzito dénombre trois moyens dont le décor est déjà planté : il s’agit du fichier électoral, de la machine à voter et de la composition de la CENI.

(i) Le fichier électoral (la base des données des congolais inscrits et qui remplissent les conditions d’élire les candidats et/ou de se faire élire) était déjà contesté et vient en plus de révéler ses failles après l’audit de l’OIF.
« En effet, l’audit de l’OIF y épingle les irrégularités ci-après :
• 16,6 % d’enrôlés sans empreintes digitales. Ceci représente, pour le 42 millions d’enrôlés, 6 millions 972 mille.
• 25% d’enrôlés avec des pièces d’identités
douteuses (cartes d’élèves, d’étudiants ou de
pension, pièces d’identités trop faciles à obtenir).
Cela signifie 10 millions 500 mille.
• 680 mille 375 enrôlés dans la province du Nord-Ubangi sans pièce d’identité ni témoin.
• 500 mille cartes d’électeurs vierges qui n’ont pas été restituées après l’opération d’enrôlement. Pour ce dernier cas, l’OIF recommande une enquête pour
connaître la direction que ces cartes auraient prise et demande la poursuite des coupables.
Le total de tous ces cas d’irrégularité représente 44,41 % soit 18 millions 652 mille et 375 électeurs
frauduleusement introduits sur le fichier électoral.
L’OIF, à qui on a sollicité l’expertise technique, recommande la correction de toutes ces irrégularités avant d’aller au vote… Je suis certain que les 18,6 millions de cas suspects que révèle l’OIF sur le fichier électoral sont destinés à donner un vote frauduleux aux candidats d’une famille politique ; le candidat Président de la République de cette famille, qui qu’il soit, avec 18,6 millions des voix, est déjà élu avant même les élections. En outre, ces 18,6 millions d’électeurs permettent à 44 listes d’atteindre le
seuil de 420 mille électeurs. Ainsi, la famille politique qui bénéficierait du vote frauduleux de ces cas suspects, si elle s’accorde, par exemple, ne fût-ce que 10 élus par liste, elle aurait d’office 440 députés nationaux sur 500 qui composent l’Assemblée nationale ! Ceci est inacceptable dans une République dite Démocratique.
(ii) La machine à voter que la CENI a introduite sur ordre, machine qui n’était prévue dans aucune disposition légale, sans consulter et surtout sans concertation avec les forces politiques qui concourent au suffrage, ne facilite pas les choses. Cette machine fabriquée par la société sud-coréenne, Miru Systems, pose problème d’autant plus que les échos en provenance du pays de son fabricant, la Corée du Sud, ne sont pas encourageants :
• En fin mars-début avril, l’Ambassade de la Corée du Sud à Kinshasa, réagissant à un article publié dans la revue Jeune Afrique n° 2982 et diffusé sur son site le 15 mars 2018, informait par courriel que son gouvernement avait expliqué au fabricant les risques potentiels en cas d’exportation de cette machine en RDC où le gouvernement pourrait prendre prétexte de donner des résultats indésirables aux élections prochaines.
• Par ailleurs, l’Ambassade informait par ce même courriel que l’Association mondiale des organes de gestion des élections (A-WEB), une organisation sud-coréenne qui fournissait un soutien technique à la CENI congolaise, « a rompu ses liens avec le Congo, suivant la position du gouvernement coréen » en décembre 2017.
• Il faut dire que ces prises de position en provenance du pays fournisseur de la machine à voter ne font qu’exacerber les suspicions que nourrissait déjà la majorité des Congolais contre cet appareil introduit par la CENI à la surprise de tout le monde. Lors de ma dernière tournée en Europe, j’ai expliqué pourquoi il fallait retirer ladite machine.
(iii) La CENI, elle-même pose problème. Elle a été à maintes reprises suspectée par l’Opposition comme jouant le jeu du pouvoir en place auquel elle serait totalement acquise. L’enrôlement de 18,6 millions d’électeurs suspects révélés par l’audit de l’OIF, d’une part, et l’introduction unilatérale de la machine à voter controversée, d’autre part, indiquent que les responsables de cette institution portent une grosse
responsabilité de toutes ces irrégularités qui
compromettent de toute évidence l’organisation d’élections crédibles. Ma position est la restructuration de la CENI avant les élections, si on veut que celles-ci soient crédibles et qu’au final,elles soient acceptées par la population congolaise.

I.2. Le plan B : Pousser l’Opposition au boycott
Le plan B consisterait à organiser les élections sans
nettoyage du fichier électoral, avec imposition de la machine à voter et le maintien de la composition actuelle de la CENI,espérant ainsi pousser l’Opposition à refuser de participer à
de telles élections où elle ne servirait que de faire valoir.
Lorsqu’il aura obtenu la non-participation de l’Oppositionaux élections, le pouvoir va y aller seul (avec quelques
opposants marginaux) et les gagner haut la main. Ce plan a déjà été appliqué dans d’autres pays africains. La conséquence ce sont les troubles dans le pays et l’aggravation de la crise.

I.3. Le plan C : La glissade
La glissade consisterait pour les dirigeants actuels à se complaire dans la conservation du pouvoir alors même que les Congolais n’auraient pas droit à la parole. Car, pour ce pouvoir, seule la souveraineté internationale de l’Etat qu’il revendique tant, vaut, celle du peuple, nullement.
Chacun de ces plans n’a pour objectif que la conservation du pouvoir par la fraude ou par la force », note le Député élu de Kikwit dans la province du Kwilu.

Pour une sortie de crise, Adolphe Muzito part du postulat qu’en dépit de son argumentation fallacieuse, que le Président conserve le pouvoir pour assurer la continuité des affaires de l’Etat, la première institution a perdu sa légitimité issue de l’Accord de la Saint-Sylvestre et, par conséquent, ne dispose plus à lui seul l’initiative des propositions de sortie de crise. Ainsi, propose-t-il la démarche ci-après :
a) la nécessité du réajustement de l’Accord de la Saint-Sylvestre en conservant ses acquis ci-après :
• la non révision de la Constitution ;
• le rejet d’un troisième mandat pour le Président
Kabila ;
• la direction du gouvernement par la vraie opposition, d’autant plus que la sous composante qui en fait partie a depuis lors intégrée la Majorité ;
• la libération de tous les prisonniers politiques ;
• la fin de la logique des règlements des comptes judiciaires de type politique entre acteurs ;
• le respect du droit pour tout congolais de participer au niveau de l’élection de son choix ;
• la décrispation politique.
b) Le nettoyage du fichier électoral par l’OIF ;
c) La restructuration de la CENI.
En tant que citoyen, je combats un chef de l’Etat qui a
perdu toute légitimité et qui se complait à rester au
pouvoir sans mandat du peuple, et je demande :
– aux Congolais :
o de quitter cet état d’amnésie collective et d’user de tous les moyens pacifiques pour empêcher l’’exécution de l’un quelconque de ces plans ;
o de rejeter la machine à voter, le fichier électoral vicié et une Ceni partielle.

– aux forces politiques et sociales alternatives organisées
du pays :
* de se mobiliser pour l’intérêt du pays en renforçant l’unité autour de l’objectif de rejet de ces 3 plans maléfiques ci-haut décrits et de revenir aux sentiments qui les avaient animés aux deux rendez-vous de l’UA et de la CENCO.
– à la CENCO, de reprendre et de continuer à jouer son rôle des bons offices dans le cadre de sa mission traditionnelle d’éclairer la population ;
– au Comité Laïc de Coordination (CLC), de maintenir la vigilance et de garder cet élan d’éveil de conscience qui
l’anime ;
– aux Etats voisins dont la stabilité et la sécurité dépendent de celle de la RDC, de prendre en main le destin de l’Afrique et de s’impliquer dans la résolution de la crise congolaise ;
– aux Instances sous régionales et régionales (SADC,
CEEAC, CIRGL,…) ainsi qu’à l’UA de s’impliquer dans le travail de réajustement de l’Accord de la Saint-Sylvestreet dans le respect de ses acquis et résolutions ;d’assurer, comme garants, le suivi de sa stricte application. L’ordonnance présidentielle, aujourd’hui caduque, ayant convoqué le dialogue de l’UA n’a-t-elle pas prévu le parrainage de l’UA à travers son représentant audit dialogue ?
– à tous les pays attachés à la démocratie d’unir leurs efforts pour la résolution de la crise congolaise ;
– à l’OIF, d’user de son influence et de mettre son expertise à la disposition de la Centrale électorale congolaise afin de régler le problème du fichier électoral ;
– à l’ONU, d’évaluer ses résolutions sur la crise congolaise (Résolution 2277), notamment celle qui a conduit à l’Accord cadre d’Addis-Abeba qui demandait à l’Envoyé spécial de Secrétaire général de l’ONU pour la Région des Grands Lacs d’accompagner le processus du dialogue entre les congolais.

De la bouche nauséabonde d’un vieillard peut sortir une recette salvatrice et des conseils indispensables devant Une situation confuse, dit une sagesse africaine. Adolphe Muzito aura été de cette classe intellectuelle qui, depuis quelques années ne cesse de tirer la sonnette d’alarme à travers ses célèbres tribunes et son Université populaire, pour éviter au pays une descente fatale en enfer. Le Premier Ministre honoraire a insi joué son rôle citoyen, reste aux dirigeants, aux acteurs politiques et sociaux, au peuple congolais et à la communauté internationale de s’approprier l’appel de Muzito, pour jouer chacun, le rôle qui est le sien dans la normalisation de la situation de la République démocratique du Congo.

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