Politique

RDC : les médias se meurent en silence

En République démocratique du Congo (RDC), les médias se meurent, faute d’organisation. Pour éviter la disparition des organes de presse, la réflexion devrait porter sur le passage de la gestion d’une simple rédaction à celle d’une entreprise de presse.

 

Déjà, dans son rapport de la première journée de la rencontre de Bondeko à Kinshasa, en septembre 2003, l’Union nationale de la presse au Congo (UNPC) a fait remarquer que la génération actuelle des journalistes évolue en « amateur en quête du sensationnel et s’illustre dans la mauvaise gestion des organes de presse ».

 

Cette situation est toujours d’actualité. Ca, les médias en RDC n’ont pas d’avenir, faute d’organisation. Et leur chiffre d’affaires est en baisse, selon le constat sur le terrain auprès de plusieurs médias contactés. Ils sont devenus des «médias d’annonces ou de faits » et non des médias qui veillent sur les événements.

 

Pour sortir de cette situation, les médias de la RDC sont obligés de faire l’auto-évaluation de leur organisation, en se basant sur les quatre lettres piliers de médias, à savoir IPAC. Ces quatre lettres viennent de verbes Informer, Promouvoir, Administrer et Conserver. Elles sont au centre de la gouvernance, de l’efficacité des médias et, surtout, pour l’augmentation de leur chiffre d’affaires. Ces sont des verbes-clés qui sont des piliers du fonctionnement des medias.

 

Un media ne peut fonctionner sans informer, sans promouvoir ses annonceurs, sans administrer son personnel et sans conserver sa documentation et ses archives.

 

En République démocratique du Congo, seule la lettre I (informer) – et, peut-être aussi P (promouvoir) –  semblent fonctionner. Tandis que les deux autres lettres notamment A (administrer) et C (conserver) ne sont pas  utilisées.

 

Les Médias existent depuis l’époque coloniale: presse écrite (1891), radio (vers 1940), télévision (1966). Actuellement, nous avons les média en ligne (fin des années 1990) et la Télévision numérique terrestre (TNT, non encore opérationnelle). Il convient de faire remarquer qu’il existe deux versions de médias en ligne: l’électronique ou la version papier et la version exclusivement en ligne.

 

Dans les nouveaux médias, l’émulation et la rapidité  sont plus recommandées que dans le journalisme classique. Malheureusement, pour la RDC, aucune institution universitaire ne prend en compte les nouveaux médias de TIC (Technologies de l’information et de la communication) dans la formation des étudiants.

 

Lors d’une conférence organisée à Kinshasa, au Centre culturel américain, les participants voulaient savoir ce que gagnent les éditeurs des journaux en Afrique lorsque le site web américain www.allafrique.com utilise leurs informations. M. William Strassberger du bureau Afrique du Département d’Etat aurait dit lors d’une conférence du 6 mai 2009 sur la presse écrite face à l’Internet et aux nouvelles technologies de l’information: « Ce site web avait pris les engagements avec certains éditeurs africains afin qu’ils placent leurs informations dans son site. Mais payant ». Vrai ou faux?

 

Tous ces médias produisent des informations destinées au public. Il convient de signaler que le traitement de l’information en journalisme est comparable à un repas préparé par un cuisinier à partir de différentes sortes d’ingrédients pour son public. L’appréciation de la qualité d’un repas dépend d’un consommateur à un autre. Il y a ceux qui considèrent  que le repas était fort pimenté, et d’autres pas assez. Certains autres diront que c’est très bien. Des consommateurs qui n’aiment pas la vérité disent toujours que la sauce a été trop pimentée.

 

Mais, avant de présenter sa sauce, le journaliste collecte et diffuse, en passant par le traitement. Dans la recherche de l’information, le journaliste collecte beaucoup d’informations (données) pour une situation donnée. Pendant le traitement, il choisit les éléments d’informations qu’il estime indispensables pour leur qualité, leur crédibilité et leur adaptation au contexte, ces éléments devant impérativement valoriser l’information qu’il va publier. Dans cette démarche, il doit respecter les six questions fondamentales.

 

Et les directives  de présenter une information dépendent surtout du support a utilisé. En journalisme, l’information est aussi une source financière pour le journaliste et la rédaction.

 

Selon les observations faites dernièrement au cours d’un colloque organisé dernièrement dans un institut supérieur de la place sur l’avenir du journalisme, il ressort que l’écriture journalistique en RD Congo est en perte de vitesse. Car les médias diffusent des informations avec beaucoup de fautes de français (grammaire, syntaxes de mode et de temps, conjugaison, expressions incorrectes, etc.). Cet état des choses est dû, selon les spécialistes de médias, à la mauvaise formation en cours des langues au niveau de l’école secondaire ; le manque de motivation des étudiants au métier de journalisme ; et le mauvais encadrement des étudiants par les enseignants.

 

Hormis les problèmes ci-haut évoqués, il s’opère  aussi, en RDC, la mutation de la formation du journalisme professionnel au journalisme scientifique qui pose problème. C’est-à-dire que la théorie domine la pratique. Il convient aussi de signaler que la plupart d’universités qui forment les étudiants en journalisme, orientent ceux-ci plus vers l’approche audiovisuelle que vers la presse écrite. C’est pour cette raison que la presse écrite est en train de disparaître, faute de bons journalistes qui maîtrisent l’écriture.

 

Certains observateurs pensent que la formation actuelle est plus dans la médialogie (Science qui étudie les médias) que dans l’écriture communicationnelle. Pourtant, l’écriture est la racine pivotante des Sciences de la communication et de l’information (SIC).

 

Medias sans vision            

 

S’agissant de la promotion (P), en République démocratique du Congo, les médias n’ont que des services de publicité et non de marketing.  Ce service de « marketing » est parfois incapable de faire la chasse aux pubs. Cela est même prouvé dans le mémoire (B+5) de Galvanie Nsimba Pinzi de l’Université catholique du Congo (UCC) qui constate, lors de son enquête, que la majorité de publicités diffusées dans les médias de Kinshasa n’est pas l’effort des agents de marketing, mais plutôt des annonceurs eux-mêmes et parfois des journalistes.

 

Selon cette étudiante, « pour ce qui est de la recherche de la publicité, les agents de ce service sont sédentaires, attendant la publicité au bureau. C’est la notoriété de ces médias qui fait que les annonceurs viennent jusqu’à leurs bureaux avec leurs annonces ».

 

Scientifiquement, l’immobilisme dans le service de marketing dans la presse serait dû au manque de méthodes et techniques de marketing appropriées,  comme l’analyse Swot en marketing. Swot consiste à étudier les forces, les faiblesses, les opportunités et les menaces dans l’organisation.

 

Il faut signaler qu’il existe une différence entre le marketing et la publicité. Le marketing, selon Sophie Anneau Guillemain, est « une démarche méthodique et permanente qui consiste à étudier le marché sur lequel se situe l’entreprise, à coordonner réflexions et actions pour créer et développer une offre adaptée aux besoins de consommateurs, et garantir ainsi la satisfaction de sa clientèle et la rentabilité de l’entreprise ».

 

Tandis que la publicité désigne « l’ensemble des techniques et moyens mis en œuvre pour faire connaître et faire valoir un bien, un service, une entreprise, une institution ou une personne ». La publicité est dans les 4 P du marketing mixte : Produit, Prix, Place et Promotion.

 

Au regard du fonctionnement d’actuels services de « marketing », ceux-ci n’ont qu’une responsabilité  d’annoncer et de discuter la grille tarifaire avec l’annonceur et faire le recouvrement. D’où les propriétaires de médias ont l’obligation de réorganiser le service de marketing afin d’augmenter le chiffre d’affaires de leurs entreprises.

 

Pour y arriver, il est nécessaire que les médias engagent un personnel qualifié en marketing avec deux approches de marketing (marketing communicationnel et économique) afin de redéfinir la politique de marketing dans une entreprise de médias.

 

En outre, parmi les sources financières d’une entreprise de presse, il y a aussi la vente de journaux. Actuellement à Kinshasa, les journaux ne se vendent plus, faute d’acheteurs. Même les institutions officielles ne sont plus abonnées. Elles recourent aux photocopies des journaux afin d’élaborer leurs revues de presse.

 

L’Administration est un cas très négligé dans la majorité de médias de Kinshasa. Pourtant, elle est le cerveau moteur d’un système. Elle permet à une structure de faire le contrôle et d’orienter le système. Il est parfois difficile aux médias de Kinshasa de trouver des dossiers sur les identités de leur personnel.

 

D’après le Rapport d’activités de l’ONG African Media Institute (Ami) 2004, le service du personnel est quasiment inexistant dans les médias congolais. Très souvent, c’est le Directeur de publication qui fait office de chef du personnel. À ce titre, il doit remplir les formalités de déclaration aux impôts et à la sécurité sociale, mais comme les organes de presse privés en RDC fonctionnent sans convention collective, cette fonction est sans importance.

 

 Apport de la lettre C dans les médias

 

Les médias en Afrique, en général, et  en RDC, en particulier, ont le devoir de bien conserver leurs archives. Un média sans  ses archives égales à un média sans backgrounds comme nous informe le blog spécialisé en documentation (archives, bibliothèque, documentation et bibliologie) www. http://archivistebateko.canalblog.com.

 

À Kinshasa, la plupart de médias n’arrivent pas  à bien gérer et conserver leurs archives. Cette situation est générale en RDC, car les Congolais n’ont pas la culture des archives.

 

Étant donné que les hommes de médias sont généralement des ‘‘intellectuels’’, il est nécessaire que les propriétaires de médias militent pour l’organisation des archives de médias. Au moment où les médias à travers le monde luttent pour conserver leur quatrième pouvoir en informant, analysant, rappelant et veillant sur les événements, en RDC, les médias ne font qu’annoncer des informations.

 

Ne savez-vous pas que la force des médias internationaux, notamment AFP, Reuters, France 24, RFI,…se trouve dans la conservation de leurs archives et dans leur promptitude à diffuser l’actualité dans laquelle ils incèrent le background y afférent ?

 

Les archives et la documentation dans les médias jouent un rôle de sentinelle et de veille. Elles sont le métaschème de la rédaction. Leur mission est de définir la politique de conservation et gestion des documents. Dans cette approche, il faut conserver tous les documents utilisés par la rédaction (les conducteurs, les discours, les rapports, les anciennes productions, photo…).

 

Dans le service de marketing et commercial, il est recommandé de classer les factures avec les pages de photocopie des journaux ou les documents du texte de l’annonceur) et, dans le service d’administration, d’analyser bibliologiquement le dossier du personnel en le classant par rapport aux indices préétablis. Sans oublier la conservation des documents essentiels de l’entreprise.

 

Ce service fait d’office d’intermédiaire entre sa rédaction et ses chercheurs. Il a aussi l’obligation de veiller sur la collaboration (dépôt obligatoire d’exemplaires des éditions) de sa rédaction avec la bibliothèque nationale (dépôt légal) et l’Institution des archives nationales. Aujourd’hui, les Congolais peuvent-ils retrouver facilement les archives du journal Umoja ou Le Palmarès (…) ? Dans quelle rédaction à Kinshasa peut-on trouver le Code d’éthique et de déontologique professionnelles ainsi que la Loi sur la liberté de la presse en RDC…?

 

La vie des médias en République démocratique du Congo évolue dans une période vraisemblablement trouble parce que ceux qui sont censés informer et former le public, ne sont pas généralement chevillés sur la rigueur, la compétence et le savoir. La conséquence directe est que les propositions faites au public, en termes de contenu, etc., ne sont contribuent pas souvent à l’essor du journaliste. On décèle à cet effet dans le chef des journalistes, l’absence de la culture de lecture et de la conservation des documents.

 

De même, aucun effort n’est ressenti auprès des jeunes éditeurs et propriétaires des médias, pour relever le niveau de connaissance des archives des médias. Il faut signaler que l’esprit de conservation a existé. J’ai travaillé avec des anciens journalistes qui sont encore vivants à l’instar de MM. Angelo Mobateli, Florent N’Lunda N’Silu, Ben-Clet Kankonde… Ils ont excellé dans la conservation de leurs documents, notamment de reportage, des textes légaux… Et cela profitait à toute la rédaction qui recourait à ces archives personnelles en cas, notamment, de replonger le lecteur dans le background.

 

C’est pour cela que les organisations qui  soutiennent des médias en RDC s’impliquent dans la sauvegarde et, surtout, la création de la culture de conservation des archives de médias. Allusion est faite notamment à l’ONG Journaliste en danger (JED), à l’Observatoire des médias congolais (OMC), à OLPA, Fédération internationale des journalistes (FIJ), à l’Union de la presse nationale du Congo (UNPC), au Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC)  et aux partenaires extérieurs  tels que l’USAID, la FIJ, l’UNICEF, l’OMS, Reporter sans frontières, l’OIF, le PNUD et la MONUSCO.

 

Delphin Bateko M., chercheur indépendant

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