SOCIETE RDC-Conflit EPSP-FPMA : Bruno Tshibale crée la confusion

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Pas de conflit des compétences possible à la lumière des textes qui régissent le secteur de l’enseignement en République démocratique du Congo (RDC).

Il n’y a pas de confusion possible entre les attributions dévolues au Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel et celles du Ministère de la Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat. Les textes en la matière sont clairs. Le Premier Ministre veut juste créer une confusion fondée essentiellement sur les considérations tribales et politiciennes.

Les preuves

Pour preuves, aux termes des Ordonnances n°16/100 du 19 décembre 2016 et n°17/005 du 8 mai 2017 portant nomination des vice-Premiers ministres, ministres d’Etat, des ministres, des ministres Délégués et des vice-ministres, il a été recréé le Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel (EPSP) et créé le nouveau Ministère chargé de la Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat (FPMA).

Ces Ordonnances ont consacré la fin de l’existence du Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Initiation à la Nouvelle Citoyenneté et celui de l’Enseignement Technique et Professionnel. L’on a ainsi mis fin à la confusion qui avait caractérisés ces deux ministères autour de l’application de leurs attributions. Il faut ajouter à ces Ordonnances celle n° 17/025 du 10 juillet 2017 fixant les attributions des Ministères.

Ici, le Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel a été chargé notamment de ‘’l’organisation de l’enseignement maternel, primaire, secondaire et professionnel’’ et celui de la Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat de ‘’l’organisation et promotion de la formation professionnelle, métiers et artisanat’’.

En date du 19 septembre 2017, par sa lettre n° 1279/ME/MIN.FP/2017, le Ministre d’Etat, Ministre de la Fonction Publique a, en réaction à la demande du Ministre de la Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat, de rattacher le Secrétariat Général de l’Enseignement Technique et Professionnel à son Ministère, clarifié que l’enseignement technique relève désormais de la compétence du Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel, au regard de l’Ordonnance du 10 juillet 2017 fixant les attributions des Ministères.

Le Premier Ministre, va se saisir du dossier. Il va instruire qu’une Commission interministérielle soit mise en place pour formuler des recommandations idoines en vue d’aplanir les divergences et autres malentendus découlant de la coexistence entre l’enseignement professionnel et la formation professionnelle attribués respectivement au Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel et à celui de la Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat.

Début du tohu-bohu de Tshibala

Sans attendre les recommandations de cette Commission interministérielle et en violation des Ordonnances présidentielles, le Premier Ministre rattache le 02 janvier 2018, le Secrétariat Général de l’Enseignement Technique et Professionnel au Ministère de la Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat considérant que l’Enseignement Technique et Professionnel ne peut être dissocié de la formation professionnelle. Une confusion. Ce qui a provoqué un tohu-bohu.

Le désordre et l’intolérance se sont installés sur toute l’étendue du territoire national dans des écoles organisant en leur sein non seulement l’enseignement technique et professionnel mais aussi l’enseignement général et normal (littéraire, pédagogie, scientifique math physique, scientifique bio-chimie). On a commencé à assister notamment à des nominations des responsables de l’Enseignement Technique et Professionnel en province en l’absence de cadre organique ainsi qu’à la création des structures spécialisées de l’enseignement dont l’Inspection Générale de l’Enseignement Technique et Professionnel sans aucun acte juridique.

Eclairage

Lorsque l’on confronte ces faits à l’éclairage, l’on réalise que c’est la médiocrité qui a été installée à la tête du Gouvernement. Il s’agit d’un gangstérisme traduit en acte par un mercenariat éhonté.

Puisque la Commission interministérielle ad hoc avait notamment pour mission de clarifier les concepts‘’ enseignement professionnel’’ relevant du ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel et ‘’ formation professionnelle’’ relevant du Ministère de la Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat.

 

 

Ce sont les textes de loi qui le stipulent. La lecture de l’Ordonnance n° 71-055 du 26 mars 1971 en son article 2.a., définit la formation professionnelle comme étant ‘’ tout mode de formation permettant aux jeunes qui n’ont pas encore une activité professionnelle, aux personnes en chômage ainsi qu’à toute personne exerçant une activité économique d’acquérir ou de développer des connaissances techniques et professionnelles générales en vue de l’exercice d’une profession, d’obtenir une profession’’.

Tandis que la formation professionnelle a pour but ‘’ de former l’ouvrier qualifié et le praticien aptes à travailler dans le secteur tant public que privé ou pour leur propre compte’’,selon l’article 123 de la loi-cadre n° 14/004 du 11 février 2014 de l’Enseignement National. Ici, c’est bien clair que la formation professionnelle est de courte durée etrelève de l’Education non formelle qui, conformément à la Loi-cadre, ‘’ vise la récupération et la formation des enfants, des jeunes et des adultes qui n’ont pas bénéficié des avantages de l’éducation scolaire en vue de leur insertion dans la société’’.

En République Démocratique du Congo, plusieurs Ministères organisent la formation professionnelle, notamment : Santé, Défense, Jeunesse, Travail, Affaires Sociales et FPMA. Ce qui fait que le Ministère qui a la charge de la formation professionnelle a pour mission de former la population active immédiatement en lui donnant du métier clé à la main, à travers des formations de courte durée pour l’auto-employabilité et la création de petites et moyennes entreprises (entreprenariat) en vue de faire face au besoin de la reconstruction nationale. Ce qui est contraire avecl’enseignement professionnel.

La Loi-cadre de l’Enseignement National, en son article 7.13, le définit comme étant ‘’ un enseignement technique secondaire ou supérieur en relation avec le monde de l’entreprise ou des métiers, qui permet d’acquérir des connaissances et des compétences dans un domaine professionnel’’.

L’Enseignement professionnel relève de l’éducationclassique ou formelle qui est, selon la Loi-cadre, ‘’ organisée et structurée sur base des normes d’accès et des programmes scolaires conçus par progression des degrés d’études sanctionnées par un titre scolaire’’.

La différence est bien établie à ce niveau pour quiconque a fait de bonnes études. On ne peut pas comparer un élève de l’Institut Technique Commercial et Informatique à un apprentis en Information dans un centre de formation !

Par ailleurs, la désignation et la promotion des responsables en province, les mutations des cadres et la création des Structures spécialisées par le Ministère de la Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat, en pleine année scolaire, vont à l’encontre du principe de parallélisme de forme étant donné que l’Ordonnance présidentielle portant attributions des Ministères n’est pas encore modifiée. Aussi, le mandat d’interprétation de l’Ordonnance présidentielle revient à la Cour Constitutionnelle.

Ce dédoublement des services pose la problématique du fonctionnement des écoles mixtes où sont organisés conjointement l’enseignement général et l’enseignement technique. Il se pose aussi la question de la mobilisation des ressources budgétaires supplémentaires pour la prise en charge de nouvelles unités et du fonctionnement de nouvelles autres structures de l’enseignement technique et professionnel.

S’agissant de l’Inspection Générale de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel, c’est un corps qui comprend en son sein des techniciens appelés à travailler dans la complémentarité. Ce Corps a été créé par l’Ordonnance n° 91-231 du 15 août 1991 et cette Ordonnance est encore en vigueur. Aux termes de l’article 2.3 de cette Ordonnance, le Corps des Inspecteurs a notamment pour mission ‘’d’organiser les jurys et l’évaluation pédagogique de l’enseignement primaire, secondaire et professionnel’’.

En outre, en son article 145 alinéa 2, la Loi-cadre de l’Enseignement National stipule : ‘’le contrôle de l’enseignement maternel, primaire, secondaire et professionnel ainsi que la formation continue des enseignants et l’évaluation pédagogique sont exercés par le Corps des Inspecteurs’’.

Cacophonie

L’Arrêté interministériel n° 020/ME/MIN.FP/2018 du 15 mars 2018 et n°098/CABMIN/MIN-FPMA/PUU/FKT/law/2018 du 21 février 2018 portant organisation de la première session du concours spécial pour accès aux fonctions d’inspecteurs de l’enseignement et formation techniques et professionnels consacre le dédoublement du Corps et viole l’ordonnance sus évoquée.

Il vient de créer une confusion dans le secteur de l’enseignement national car, cette inspection n’existe pas sur le plan formel. Il en est de même de Madame la Secrétaire Générale à la Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat qui s’arroge le titre de Secrétaire Général à l’Enseignement Technique/Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat, contrairement à l’Arrêté n° 18/ME/MIN/FP/2017 du 15 août 2017 du Ministère de la Fonction Publique la désignant pour exercer à titre intérimaire les fonctions de Secrétaire Général à la Formation Professionnelle.

C’est ici que l’on invite Tshibala à annuler sa lettre et sa mise en garde contre le Ministre Gaston Musemena surtout que face à l’impératif du développement économique de la République Démocratique du Congo dominé par l’informel, il est impérieux de comprendre la responsabilité de réorganiser et de recadrer toutes les formations professionnelles non structurées de courte durée à travers la République en vue de doter rapidement le pays d’une main d’œuvre qualifiée.

Un domaine où Maurice Tshikuya a eu à démontrer les preuves en donnant du travail aux jeunes désœuvrés. Il est temps de recourir à son expertise pour enfin organiser ce secteur très vital dans l’émergence de la RDC et surtout dans la lutte contre le chômage.

Témoignage

Journaliste réformiste et consultant international en communications, Oscar M. Bisimwa témoigne :

« Je pense que les gens créent à dessein un tohu-bohu au goût de vinaigre à ce sujet, en partant du conflit qui opposait dans le temps le *Ministère de l’Enseignement Technique et Professionnel (ETP)* de Jean NENGBANGBA à celui de *l’enseignement primaire, secondaire et initiation à la nouvelle citoyenneté* de Maker MWANGU.

J’étais Assistant Parlementaire au Sénat, lorsqu’à l’issue d’un débat houleux, les élus des élus recommandaient à Maker MWANGU de céder la gestion et le patrimoine des écoles techniques à Jean NENGBANGBA.

Aujourd’hui, cette question refait surface avec des proportions inquiétantes. La situation est différente et n’appelle aucune imbroglio.

En effet, l’ordonnance de nomination du Gouvernement Tshibala confie à M. Gaston MUSEMENA *l’Enseignement Primaire (1), Secondaire et Professionnelle (3)* et à Monsieur Pierrot UWEKA UKABA le *Ministère de la Formation Professionnelle, Métiers et Artisanat*.

Il est donc entendu que l’enseignement classique même technique de niveau primaire ou secondaire est à la charge du ministère de l’EPSP, alors que les formations (cycle court) sont l’apanage du ministère de l’ETP.

Rabelais ne s’était pas trompé de dire: « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

 

Joël Cadet/CR

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