RDC : la société civile exige un moratoire suspendant le projet Inga 3

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En République démocratique du Congo (RDC), cinquante-cinq (55) organisations de la société civile regroupées au sein de la CORAP (coalition des organisations de la société civile pour le suivi des réformes de l’action publique), exigent du gouvernement congolais un moratoire suspendant le projet Grand Inga dont la phase Inga 3, qui devait être lancée fin 2016, a été reportée à 2030.

 

« La CORAP partage, avec l’opinion tant nationale qu’internationale, son regret de ne plus continuer à soutenir le développement du Projet INGA 3 dans le contexte politique, social et économique qui caractérise actuellement la République Démocratique du Congo », explique-t-elle dans un communiqué du 30 janvier 2018 lu par le coordonnateur Justin Mobomi, jeudi 3 mai à Kinshasa lors d’une conférence de presse.

 

Pourtant, c’est depuis 2013 que la CORAP apporte son appui au développement de ce grand Projet qu’elle a jugé en son temps « utile pour le pays, tout en formulant à l’endroit des décideurs cinq grandes préoccupations relatives à l’accès de la population à l’information; à l’implication réelle de la société civile à tout le processus; aux études d’impact sociaux et environnementaux du Projet; au dédommagement des victimes de Inga I et II et enfin au quota réel d’énergie à

attribuer à la population congolaise ».

 

En dépit de sa bonne collaboration avec les institutions publiques chargées de ce dossier INGA III, la CORAP s’est « sentie à maintes fois flouée » et a remarqué que l’intérêt de la population en général et celui de la société civile en particulier, n’est pas sérieusement pris en compte ».

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Par conséquent, « la CORAP, tout en continuant à œuvrer pour l’accès de tous a

l’Energie, appelle l’ensemble d’acteurs de la Société Civile, à exiger un Moratoire sur INGA III jusqu’à ce que soit prouvé le bénéficie réel pour la

population congolaise et pour les générations futures et jusqu’à ce que les 5

revendications ci-hauts évoquées trouvent gain de cause ».

 

Campagne se sensibilisation de la population

 

La CORAP a donc décidé d’engager, dès mai 2018, une campagne de sensibilisation de la population sur les enjeux du projet Inga 3.

 

« Le projet Grand Inga démarre par la phase Inga 3. Deux consortiums, chinois et espagnol ont été identifiés. Face à ce défi, il a été constaté que l’élite et la population congolaises ne connaissent pas ces projets et leurs enjeux ainsi que leurs droits d’accès à l’énergie, suivant l’article 42 de la Constitution. La RDC a plus de 100.000 MW d’énergie électrique, mais il n’y a que 15 % de la population ont accès à l’énergie », a déploré Emmanuel Musuyu, secrétaire technique de la CORAP.

 

Pour la CORAP, la campagne de sensibilisation vise à « informer la population sur l’ambition de la RDC à devenir un pays émergent en 2030, susciter un débat de société sur les enjeux et l’avenir du projet Inga en RDC, permettre à la population de faire le monitoring sur l’évolution du projet Inga 3, pousser les autorités en charge d’Inga de mettre en place un mécanisme officiel pour l’accès pour tous à l’information, conformément à la Constitution de la RDC, mener un plaidoyer pour obtenir un moratoire sur le projet Inga ».

 

C’est dans cette optique que seront organisées des ateliers dans les universités et instituts supérieurs, auprès des femmes et jeunes des quartiers populaires, des conférences universitaires et une campagne médiatique sur Inga, l’impression des prospectus,T-Shirts, calendriers, banderoles, réalisée un documentaire et des banderoles, avec le lancement officiel du site internet sur les énergies « Congo Energie ».

 

« Inga 1 et Inga 2 sont gérés par la SNEL (Société nationale d’électricité). Il y a des milliers de journaliers depuis des années sans y être engagés », a encore précisé le secrétaire technique de la CORAP.

 

« La campagne de sensibilisation va s’étendre d’abord à Kinshasa, au Kongo Central et au Grand Katanga.

 

A en croire l’ingénieur hydrologue Anderson Mwamba, « les grands projets ne profitent jamais aux populations. Elles profitent plutôt à l’exportation ». D’où, suggère-t-il, « il faut y réfléchire ensemble ».

 

« Sur les 351 MW d’Inga 1 et les 1.424 MW d’Inga 2, seuls respectivement 234 MW et 700 MW ont profité aux populations.  Il y a des alternatives à exploiter, notamment les micro barrages à créer, à l’instar de celui  de Rutshuru au Nord-Kivu », a-t-il conclu.

 

Le site d’Inga dispose d’un potentiel hydroélectrique de près de 46.000 MW pouvant alimenter le pays entier et une bonne partie de l’Afrique. Le projet Inga 3, à lui seul, a prévu de produire 4.800 MW dont 2.500 MW pour la République sud-africaine, 1000 MW pour les industries minières et le reste pour la population congolaise.

 

Inga 3 : la Société civile craint un nouvel endettement pour la RDC

 

Déjà en décembre 2015, la CORAP avait élevé la voix pour réclamer son implication dans l’un des plus grands projets de barrage au monde, Inga 3 Basse Chute(BC), qui doit permettre à la RDC de produire 4 800 mégawatts, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires de troisième génération.

 

Au cours d’un entretien avec la presse, son coordonnateur Justin Mobomi, avait relevé le paradoxe dans la planification de la vente de l’électricité d’Inga 3 BC proposée par l’étude de faisabilité rendue publique au mois de septembre 2013.

 

« Il s’établit pour le moment comme suit : 2.500 MW à la République sud-africaine, 1.300 MW à l’industrie minière du Katanga et 1.000 MW à la SNEL. Ces derniers consisteraient en 600 MW garantis et 400 MW variables en fonction de l’étiage du fleuve Congo, avait précisé Matata Ponyo dans une correspondance adressée au président de la Banque Mondiale à Washington… », avait-il indiqué.

 

Face à cette classification, la Société civile avait conclu qu’« Inga 3 apparait plus comme un projet commercial que social. Pour elle, la meilleure répartition aurait été de satisfaire les besoins locaux à la hauteur de 50% de la production du projet ».

 

« Ceci pour réaliser le vœu du Chef de l’État exprimé lors de son adresse à la nation par le biais du Congrès le 14 décembre 2015, souhaitant l’amélioration du taux de desserte en électricité de notre pays qui, quoiqu’étant passé de 9 à 15% ces 3 dernières années, reste encore faible par rapport à la moyenne africaine de 30% », avait souligné Justin Mobomi.

 

Consciente de l’intérêt socio-économique de Inga 3, la Société civile avait rappelé que les aspects de la gouvernance, de la transparence, de la dignité humaine et du respect des normes socio-environnementales, et de faisabilité techniques sont des exigences pour la mise en œuvre des grands projets de développement et doivent être pris en compte.

 

Ainsi, dans le lot des préalables avant l’entame des travaux d’Inga 3, elle avait cité l’indemnisation des familles dépossédées par la construction d’Inga 1 et 2. Ensuite, le dédommagement des personnes qui seront affectées par Inga 3 dans la vallée de Bundi, considérée comme un grenier agricole. Autre recommandation de la Société civile : son implication dans toutes les phases de ce processus de réalisation de ce barrage, car certaines réunions se tiennent déjà en son absence.

 

« Nous sommes faiblement impliqués, alors que la population doit être informée en temps réel afin d’éviter des dettes monstres du genre 14 milliards USD que la RDC a contractés pour la construction de Inga 1 et 2. Les conséquences de cette irrationalité sont visibles jusqu’à ce jour… », avait indiqué le coordonnateur du CORAP.

 

Toujours dans ce registre, la Société civile avait rappelé au gouvernement ses engagements pris auprès de la Banque Mondiale de l’impliquer au Conseil d’administration de l’Agence pour le développement et la promotion d’Inga (ADEPI), structure chargée de la mise en œuvre du projet Inga 3 BC et des phases ultérieures du Grand Inga, dont elle sera notamment l’autorité concédant pour l’attribution des concessions.

 

« L’Adepi doit rester ouverte aux revendications de la Société civile qui tient à ce que ce projet puisse bénéficier en premier lieu aux populations congolaises. Elle devrait déjà diligenter des études cumulatives d’impacts environnementaux pour le projet Grand Inga », avait-elle conclu.

 

Angelo Mobateli

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