Conférence de Genève: 528 millions de dollars de dons promis pour la RDC

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Organisée vendredi 13 avril 2018 à Genève (Suisse) à l’initiative de l’ONU et l’Union européenne qui insistaient sur les énormes besoins humanitaires de la RDC, la conférence des donateurs a réuni 528 millions de dollars de promesses de dons, malgré le boycott du gouvernement congolais. Pourtant, c’est seulement un tiers de la somme nécessaire pour financer les actions cette année. Au total, 1,5 milliard de dollars avaient été sollicités pour venir en aide à 13 millions de personnes en 2018.

C’est très proche du chiffre de 530 millions annoncé dès l’ouverture de cette conférence par le patron du bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, Mark Lowcock. Le chef d’Ocha assure que c’est mieux que ce qu’il espérait et que ça permettra un meilleur financement des opérations en 2018.

Mais il y avait très peu de ministres dans la salle, c’était pourtant censé être une réunion au niveau ministériel. Très peu de représentants du continent africain aussi, sans doute à cause du boycott lancé par Kinshasa.

22 donateurs sur 54 Etats ou institutions participants

Des représentants de l’Union africaine et du Botswana se sont exprimés. L’Angola et la Tunisie ont envoyé des représentants. Plusieurs pays africains ont apporté leur soutien de principe à la conférence, pas de promesses de dons. Et notamment deux pays voisins qui accueillent des dizaines de milliers de réfugiés congolais, l’Angola et la Zambie.

Le gros de l’effort est toujours fourni cette année encore par les pays occidentaux, l’Union européenne apporte à elle seule 77 millions de dollars. Au final, sur les 54 Etats-membres présents, 22 pays et organisations ont fait des promesses de dons d’un montant presque équivalent à tout ce qui avait pu être donné sur toute l’année dernière.

L’un des très rares ministres à être présent à Genève, c’est d’ailleurs le vice-Premier ministre belge. « L’absence de la RDC à cette conférence est non seulement regrettable, elle est incompréhensible », a lancé sans détour Alexander de Croo. Son pays, la Belgique, compte apporter 25 millions de dollars cette année alors que le gouvernement congolais menace déjà de boycotter les ONG qui accepteront ce financement belge.

209 millions levés depuis janvier

Le commissaire européen Christos Stylianides a protesté contre l’idée d’une « fake news », d’une fausse information, quant à l’ampleur de la crise en RDC. Il dit avoir lui-même observé lors d’une récente visite la gravité de la situation. Malgré tout, les rares représentants congolais d’ONG se disent inquiets de voir que les besoins humanitaires ne seront pas couverts, cette année encore.

Déjà l’an dernier (2017), les dons n’étaient pas suffisants pour couvrir les besoins. Le plan d’action humanitaire n’avait été financé qu’à hauteur de 56%. Et c’est parce que c’était insuffisant que l’ONU, l’UE et les Pays-Bas ont organisé cette conférence. Or, les besoins humanitaires ont doublé depuis. Enfin, la somme de 528 millions reste quelque peu théorique, ce ne sont que des promesses de dons.

Personne n’était en mesure de dire si les 209 millions déjà levées depuis janvier faisaient tout ou partie de la cagnotte du jour. Il faut dire que les annonces des Etats étaient parfois assez compliqués, couvrant une ou deux années, portant sur l’urgence ou des problématiques de développement. Ocha croit savoir que d’autres donations pourraient intervenir dans les prochains mois, reste que c’est moins d’un tiers de la somme qui aurait été nécessaire en 2018.

Le patron d’Ocha a par ailleurs annoncé que des discussions sont en cours pour organiser un nouvel évènement où et quand le gouvernement congolais le souhaite. Ce serait le résultat des échanges entre le président Joseph Kabila, le chef du HCR, Filippo Grandi, et la représentante spéciale du secrétaire général pour la RDC, Leila Zerrougui.

 « Investir au Congo pour le bien-être de la population mondiale »

A la toute fin de la réunion, le représentant de l’OMS dans cette réunion, Michael Ryan, a insisté sur l’importance de répondre aux besoins sanitaires du Congo. Selon l’OMS, en 2016, environ 5% de la population avait réellement accès tous les soins primaires de santé et avec la crise, la situation c’est encore détérioré.

« Le résultat des violences et de l’instabilité, c’est que des structures de santé ont été détruites et que les personnels soignants ont eux aussi étaient déplacés. Ce qui diminue encore la proportion de la population à avoir accès aux soins de santé. Et la conséquence, c’est que la mortalité pour différentes maladies va augmenter de manière significative dans un futur proche, notamment à cause du manque d’accès aux soins, l’aggravation des conditions de vie et du déplacement des populations.

En 2017, le Congo a déjà dû faire face à de nombreuses épidémies, notamment le choléra, ebola, la fièvre jaune et la rougeole. La détérioration de la situation humanitaire a empêché les campagnes de vaccinations dans différentes zones.

C’est terrible de penser que 10% des cas les plus sévères de paludisme, on les retrouve au Congo. Le Congo est en pleine tempête, avec une très grande biodiversité, une forte concentration de population, des déplacements, la pauvreté et un système de santé extrêmement faible. C’est un mélange toxique qui augmente le risque d’épidémies, pas seulement pour le Congo, mais pour la planète entière. Investir au Congo, ce n’est pas uniquement investir pour améliorer la vie des Congolais, mais c’est important pour la survie, le bien-être et même la sécurité de la population au niveau mondial ».

L’Acaj salue la collecte de 528 millions USD

Dans un communiqué du 14 avril 2018, l’Association congolaise pour l’accès à la justice (Acaj) a salué la mobilisation, par les Nations unies, de 528 millions de dollars américains pour assister les personnes vulnérables en RDC.

« Nous félicitons les Nations unies pour cette initiative et les donateurs internationaux pour leur générosité, malgré la campagne de boycott menée par les autorités congolaises », a déclaré Me Georges Kapiamba, président de l’Acaj. La Communauté internationale, a-t-il conseillé, devra davantage soutenir la population congolaise qui lutte actuellement pour se doter des dirigeants capables d’améliorer ses conditions de vie.

L’Acaj a encouragé toutes les organisations humanitaires à poursuivre leur assistance au profit des personnes vulnérables. Elle a, par ailleurs, recommandé au gouvernement congolais de normaliser les relations diplomatiques avec les Nations unies et tous les bailleurs internationaux.

La RDC veut être « associé aux décisions sur la manière dont ces fonds promis seront utilisés »

En République démocratique du Congo (RDC), les autorités ont réagi suite à la conférence des donateurs. 528 millions de dollars ont été promis, vendredi 13 avril, à Genève, pour l’aide humanitaire dans le pays. L’événement a été boycotté par Kinshasa.

Joint par RFI, Léonard She Okitundu, ministre congolais des Affaires étrangères, dit accepter la solidarité internationale et veut être associé aux décisions sur la manière dont ces fonds promis seront utilisés.

L’annonce a été faite par les trois organisateurs de l’événement, à savoir les Nations unies, l’Union européenne et les Pays-Bas qui espéraient mobiliser entre 1,7 et 2,2 milliards de dollars pour aider les 13 millions de Congolais dont 4,5 millions de déplacés, selon l’ONU.

La conférence a réuni 528 millions de dollars de promesses de dons, environ un tiers de ce qui était attendu et considéré comme nécessaire par les Nations unies. Le gouvernement congolais a boycotté la conférence car il jugeait que les estimations qui ont servi de base à la réunion étaient surévaluées et donnaient une mauvaise image du pays. Aujourd’hui, Kinshasa entend contrôler la manière dont ces fonds seront utilisés.

« La RDC ne se désolidarise pas de la solidarité internationale. Il n’en est pas question. Nous étions contre le fait d’avoir été exclus dans la détermination des termes de référence de la conférence, mais nous ne sommes pas contre la mobilisation de la solidarité internationale. Il faut qu’on soit au clair sur ce point-là parce que la situation humanitaire en RDC n’est pas moins préoccupante, même s’il y a eu une exagération dans l’évaluation de la situation réelle », a déclaré, à RFI, Léonard She Okitundu, ministre congolais des Affaires étrangères.

A la question de savoir si la RDC allait laisser les humanitaires travailler dans le pays, avec l’argent qui a été mobilisé à Genève, Léonard She Okitundu rappelle que l’argent « mobilisé » est encore au stade de promesses mais au cas où cette somme serait réunie, « encore une fois, on ne peut pas dissocier le gouvernement de la République démocratique du Congo dans la gestion de cette manne. Il faudrait qu’on s’entende sur la manière d’utiliser cette manne qui est perçue de la part des donateurs », a tenu à préciser le ministre congolais des Affaires étrangères.

 

 

RFI

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