RDC-Marches anti-Kabila : polémique sur le nombre de morts, mise au point de la CENCO

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Une polémique enflait mardi 02 janvier 2018 à Kinshasa sur le nombre de victimes de la répression dimanche par les forces de l’ordre des marches contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila en République démocratique du Congo, à l’appel d’un collectif catholique.

Au total, douze personnes ont été tuées, selon les organisateurs. « Une dizaine de morts ont été répertoriés : 11 à Kinshasa et un à Kananga » dans le centre du pays, a déclaré à l’AFP Jonas Tshombela, un porte-parole des organisateurs.

La « violente répression » de ces marches a occasionné « la mort d’au moins cinq personnes, plusieurs blessés et l’arrestation de plus de 120 personnes », selon un communiqué du secrétariat général des Nations unies, revoyant à la baisse un premier bilan de huit morts donné dimanche par de source onusienne à Kinshasa.

« Aucun mort » n’a été enregistré en marge de ces marches, écrit dans un communiqué parvenu mardi à l’AFP le porte-parole de la police, le colonel Rombaut-Pierrot Mwanamputu.

Dimanche, l’officier avait donné un bilan de trois civils tués. Ces personnes n’étaient pas des manifestants mais des « pillards » et des « bandits » qui ont trouvé la mort loin des lieux des manifestations, a-t-il noté mardi.

De son côté, le gouvernement de la RDC fait état d’un policier tué le même jour dans « l’attaque » d’un commissariat de police.

Dimanche, des marches de catholiques exigeant l’application d’un accord de sortie de crise – signé le 31 décembre 2016 entre la majorité et l’opposition sous l’égide des évêques catholiques – ont été réprimées par les forces de sécurité.

Pour les Nations unies, cet accord demeure « l’unique voie viable devant mener à la tenue d’élections, à une alternance pacifique au pouvoir et à la consolidation de la stabilité en République démocratique du Congo ».

L’internet a été rétabli dans la nuit de lundi à mardi, après trois jours d’interruption décidée par le gouvernement à la veille de ces marches.

Le climat politique est très tendu en RDC, en raison de la profonde crise politique née du maintien au pouvoir du président Kabila dont le mandat a expiré depuis le 20 décembre 2016. M. Kabila dirige la RDC depuis 2001.

Une série d’élections dont la présidentielle censée élire son successeur est prévue pour le 23 décembre 2018 mais l’opposition exige une « transition sans Kabila » dès à présent.

La Francophonie dénonce des « attaques inqualifiables »

La secrétaire générale de la Francophonie a dénoncé lundi 01 janvier 2018 les « attaques inqualifiables et désolantes » contre des fidèles et des citoyens dimanche en République démocratique du Congo, exhortant les autorités de ce pays à garantir le droit de manifester.

« Mes pensées vont aux familles et aux proches endeuillés, aux blessés, aux personnes incarcérées. Les attaques lancées contre des fidèles rassemblés dans des lieux de culte » et contre « des citoyens (…) voulant que tout soit mis en oeuvre (…) pour préparer sereinement la tenue d’élections crédibles » en RDC « sont inqualifiables et désolantes », a déclaré la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean, dans un communiqué. « Participer à une manifestation est un droit fondamental », a-t-elle souligné.

Rappelant « les règles de conduite auxquels les forces de maintien de l’ordre doivent se soumettre dans l’encadrement républicain des manifestations », la secrétaire générale a également exhorté les acteurs politiques et de la société civile de RDC à « préserver le caractère pacifique de leurs revendications ».

Huit personnes ont trouvé la mort dimanche en RDC et une centaine d’autres ont été arrêtées, en marge de manifestations – à l’appel de catholiques congolais et auxquelles s’étaient associées l’opposition et la société civile – contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, dont le mandat a pris fin en décembre 2016.

Dans ce pays majoritairement chrétien, les forces de sécurité ont réprimé des messes dans des églises à coups de gaz lacrymogène, et empêché ces marches qui avaient été interdites par les autorités.

Dans ses voeux aux Congolais, M. Kabila a assuré que la publication de l’échéancier qui prévoit la tenue de la présidentielle le 23 décembre 2018 « conduit de manière irréversible vers l’organisation des élections ». Mais les catholiques ont décidé de manifester car il y a un an un accord était signé, sous l’égide des évêques, prévoyant des élections fin 2017 pour organiser le départ de M. Kabila.

« Rien ne saurait entamer la volonté et les efforts vers une sortie de crise en République démocratique du Congo », affirme lundi la secrétaire générale de la Francophonie, rappelant la « détermination » de son organisation à oeuvrer pour des « élections libres, transparentes et crédibles en RDC ».

L’Organisation internationale de la Francophonie, basée à Paris, compte 58 Etats et gouvernements membres (dont la RDC), et 26 pays observateurs. L’OIF a notamment pour objectif de « promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’homme ».

MISE AU POINT ET INDIGNATION DE LA CENCO  RELATIVES A LA MARCHE DU 31 DECEMBRE 2017 ORGANISEE PAR LE COMITE LAÏC DE COORDINATION DE L’ARCHIDIOCESE DE KINSHASA

  1. L’annonce de la marche du 31 décembre 2017 par le Comité Laïc de Coordination (CLC) de l’Archidiocèse de Kinshasa, a suscité dans certains médias une campagne d’intoxication visant à semer la division au sein de l’Episcopat. Les propos de certains évêques membres de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) et du Nonce Apostolique ont été délibérément déformés leur faisant dire d’avoir condamné l’initiative de cette marche à Kinshasa et dans certains diocèses. Ce qui n’est pas vrai. En vérité, les diocèses qui n’ont pas relayé cette marche ne l’ont pas pour autant désapprouvée.
  2. La CENCO dénonce vigoureusement cette pratique d’instrumentalisation et cette manœuvre de diviser l’Episcopat. Elle rassure l’opinion que les évêques de l’Eglise famille de Dieu en RDC restent solidairement unis en ce moment difficile que traverse notre pays.
  3. A propos de la dite marche, la CENCO est profondément choquée par les actes ignobles qui s’en sont suivis. Elle déplore l’atteinte à la vie humaine et présente ses condoléances aux familles des victimes innocentes. Elle condamne l’atteinte à la liberté de culte garantie dans tout Etat démocratique, la profanation de certaines églises et l’agression physique des fidèles dont les servants de messe et les Prêtres.
  4. La CENCO condamne avec la dernière énergie le recours à la violence par certains agents de l’ordre, violence non justifiée qui a occasionné la mort d’hommes. Nous le rappelons, la vie humaine a un caractère sacré et inviolable. Aussi, la CENCO demande-t-elle une enquête sérieuse et objective pour établir les responsabilités sur les pertes en vie humaine et les agressions physiques.
  5. La CENCO saisit cette occasion pour rappeler à tous les compatriotes que l’unique voie pacifique de sortie de cette crise artificielle c’est la mise en œuvre intégrale et complète de l’Accord de la Saint-Sylvestre qui, en dépit des graves entorses subies, demeure d’actualité.

Fait à Kinshasa, le 02 janvier 2017

 Fridolin AMBONGO BESUNGU  Marcel UTEMBI TAPA Archevêque de Mbandaka Archevêque de Kisangani

Vice-Président de la CENCO Président de la CENCO

Mise au point du Comité laïc de coordination

  1. Le Comité Laïc de Coordination remercie les partis politiques, les Mouvements Citoyens, les Organisations de la Société Civile, les Associations de défense des droits de l’homme, les Syndicats, … qui ont adhéré à la marche pacifique qu’il organise le 31 décembre 2017 et encourage ceux qui ne l’ont pas encore fait, de le faire.

Cette marche n’est pas une affaire du seul Comité Laïc de Coordination, tout le peuple congolais doit se l’approprier. Chacune de nos organisations est appelée à déployer toute l’énergie dont elle est capable pour sa réussite. Néanmoins, cette marche doit être soumise aux règles strictes de la non-violence.

  1. Aussi, invitons-nous la population à n’accepter aucune forme de violence: pas de pneus brûlés, pas de barricades, pas de propos violents, pas d’injures, pas de jets des pierres et autres projectiles, pas d’actes de vandalisme, …
  2. Nous l’invitons également à ne pas considérer les Policiers, les Militaires et autres Agents des Services de Sécurité comme ses ennemis; et réciproquement les Policiers, les Militaires et autres Agents des Services de Sécurité à ne pas considérer celle-ci comme leur ennemi.
  3. Le Comité Laïc de Coordination informe l’opinion nationale et internationale que LA MARCHE DU 31 DECEMBRE 2017 est une MARCHE PACIFIQUE. Ce jour-là, des femmes et des hommes de la République Démocratique du Congo vont marcher pacifiquement en priant et en entonnant des cantiques ; les Chrétiens avec leurs Chapelets, Bibles, Crucifix, «» et les autres avec des rameaux de paix.
  4. Nous demandons ainsi à la Police Nationale Congolaise et aux autres Services de Sécurité de les encadrer et de les protéger tout au long de leur parcours.
  5. Peuple congolais, le Comité Laïc de Coordination vous invite à marcher pacifiquement à partir de là où vous serez le 31 décembre 2017, votre rué, votre quartier, votre paroisse, … Les autres précisions vous seront communiquées dans les jours qui viennent.
  6. Enfin, Congolaises et Congolais, comme il se doit, le Comité Laïc de Coordination vous souhaite une bonne et heureuse année 2018 même si l’Histoire retiendra qu’au lieu de célébrer les festivités de fin d’année 2017, nous, peuple congolais, avons choisi de marcher pacifiquement ce 31 décembre 2017 pour revendiquer notre liberté, notre dignité et la prospérité à laquelle nous avons tous droit.

Fait à Kinshasa, le 25 décembre 2017

Pour le Comité Laïc de Coordination

Prof. Thierry Nlandu Mayamba

Prof. Isidore Ndaywel E. Nziem

 

AFP/CR

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